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Le portrait du président Erdogan lors d'une manifestation de soutien après l'échec du coup d'État. Oliver Berg / DPA / AFP
Le portrait du président Erdogan lors d'une manifestation de soutien après l'échec du coup d'État. Oliver Berg / DPA / AFP

Le putsch manqué en Turquie a aussi des conséquences en Afrique

Les autorités turques veulent fermer les écoles et les hôpitaux dirigés par le mouvement de l'opposant Fetullah Gülen, notamment au Nigeria et en Somalie.

Comme un caillou plat lancé sur l'écume du Bosphore, le putsch militaire manqué du 15 juillet en Turquie fait des ricochets lointains. Cette fois, c'est en Afrique que les autorités veulent intervenir. D'après Quartz, l'ambassadeur turc Hakan Cakil a exigé la fermeture de 17 écoles turques du Nigeria, qui seraient en lien avec le mouvement Gülen, accusé par Ankara d'être à l'origine de l'opération de renversement du régime.

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Le mouvement Gülen est dirigé par l'opposant éponyme Fetullah Gülen, exilé aux États-Unis depuis 1999. Selon l'ambassadeur, il se servirait de ces écoles nigérianes pour lever des fonds et financer des «activités illégales». Le gouvernement turc ne prend pas la chose à la légère, et considère la fermeture des écoles comme un «enjeu de sécurité nationale».

«Nous sommes en train de lancer des procédures légales pour retirer le mot "turc" du nom de ces écoles, a déclaré Hakan Cakil, selon le Premium Times. Ce ne sont pas les écoles du gouvernement turc, elles pervertissent la population et offrent des bourses aux enfants de la haute bureaucratie pour les renvoyer en Turquie après qu'elles ont eu leur diplôme.»

«Le Nigeria est un État souverain»

Les écoles concernées n'ont pas tardé à réagir. «Nous ne voulions pas répondre, car ces déclarations comportent de fausses informations, a expliqué Orhan Kertim, directeur des Nigerian Turkish International Colleges, dans un communiqué repris par le Premium Times. Mais il est de notre devoir d'expliquer aux Nigérians les motivations du gouvernement turc à travers cette décision.» `

Le directeur a appelé à ne pas tenir compte des propos de l'ambassadeur, en rappelant que les écoles turques du Nigeria ont été fondées par des investisseurs pour former des jeunes actifs au sein de la société nigériane. «Le Nigeria est un État souverain, et l'appel à la fermeture de la part de l'ambassadeur turc est non seulement un affront à la souveraineté de la nation mais également une preuve d'ignorance crasse», a ajouté Orhan Kertim.

«Erdogan, le Nigeria n'est pas une colonie de la Turquie. Gardez votre persécution du mouvement Gulen dans le territoire turc»

Ce n'est pas la première fois que le Nigeria est dans le viseur du gouvernement turc, puisque le journal Yeni Safak affirmait le 25 juillet que la branche nigériane d'UBA, l'une des plus grandes banques d'Afrique de l'Ouest, était impliquée dans le financement du coup d'État. Plusieurs millions de dollars auraient circulé via ses réseaux, comme l'explique Quartz. La direction de la banque avait nié en bloc, évoquant une «spéculation médiatique fallacieuse», selon le Daily Post.

Les hôpitaux fermés en Somalie

En Somalie, la traque continue également. Le président Hassan Mohamud, un des plus grands alliés du président turc Recep Tayyip Erdoga, avait affiché clairement son soutien«il est inacceptable de détourner le chemin démocratique sur lequel s'était engagé le peuple turc dans les récentes années de son histoire.» Dans son pays, ce soutien s'est traduit par la répression de nombreuses organisations dès les premières heures suivant le retour au calme en Turquie.

Des écoles et un hôpital ont ainsi été fermés, car elles faisaient partie de la Nile Academy et de Kimse Yok Mu, des organisations proches de Fetullah Gülen. «Nous étions choqués, raconte un docteur turc de l'hôpital Deva à Mogadiscio, au Financial Times. Combien de fois nous ont-ils dit qu'on faisait du bon travail ici. Comment est-ce que cela a pu arriver?».

«En Somalie, trois écoles ont aussi été fermées. La Turquie dit qu'elles vont toutes rouvrir lorsqu'elles auront une nouvelle direction, mais Kimse Yok Mu va se battre pour reprendre son hôpital»

Pour Ahmet Han, professeur associé à l'université Kadir Has d'Instanbul, la situation est complexe dans les pays où le mouvement Gülen est bien installé. «Dans beaucoup de pays, la pénétration est profonde dans les systèmes et les structures, explique-t-il au Financial Times. Effacer cette image ne sera pas un travail facile.» En Turquie, plus de 1.000 écoles, ainsi que des hôpitaux et des organismes de bienfaisance, ont été fermés, et au moins 13.000 personnes ont été détenues à la suite de la tentative de coup d'État.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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