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RDC: le retour de l'opposant historique peut-il débloquer la crise politique?

Le retour au pays de l'opposant historique congolais Étienne Tshisekedi, 83 ans, pourrait selon des politiques locaux débloquer le processus de "dialogue national" vers des "élections apaisées", pour lequel font pression la communauté internationale comme l'église.

M. Tshisekedi, président du "Rassemblement", coalition de forces d'opposition nouvellement créée en Belgique, est rentré à Kinshasa mercredi après deux ans d'absence, notamment pour raison médicale, accueilli chaleureusement par plusieurs centaines de milliers de partisans massés de l'aéroport jusqu'à sa résidence située 15 km plus loin.

"L'espoir de toute la classe politique est que le retour d'Étienne Tshisekedi vienne enlever le doute quant à la participation du Rassemblement" au "dialogue national" proposé par le pouvoir, a déclaré à l'AFP André-Alain Atundu, porte-parole de la Majorité présidentielle (MP).

Le "Rassemblement" a pourtant tout récemment récusé le facilitateur désigné par l'Union africaine (UA) Edem Kodjo, pour l'organisation de ce dialogue politique national, l'accusant de jouer le jeu du président congolais.

L'opposition espère désormais que la popularité de son vieux chef de file permettra de mettre la pression pour obtenir des avancées face au président Joseph Kabila, soupçonné de vouloir demeurer au pouvoir au-delà de la fin de son mandat en décembre, au mépris de la Constitution, en commençant par retarder l'élection  présidentielle.

"L'accueil délirant réservé à Tshisekedi est un message adressé au facilitateur Edem Kodjo", qui doit en tirer les conséquences politiques, souligne ainsi le député Martin Fayulu, président d'un petit parti d'opposition membre du "Rassemblement".

"Le soutien populaire à M. Tshisekedi exprime des attentes" des Congolais et devrait pousser le facilitateur à "recentrer" sa perception des forces en présence, renchérit le sénateur d'opposition Jacques Djoli.

- 'vaincre les réticences ' -

Côté majorité, le sénateur Léonard She Okitundu juge pour sa part que M. Tshisekedi doit maintenant "vaincre les réticences des anti-dialogue" de son camp.

Dans le pays comme au sein de la communauté internationale, de nombreuses voix s'élèvent pour que les parties entament vite les discussions, afin d'éviter que le pays ne plonge, à nouveau, dans le chaos, après autant d'efforts consentis pour le sortir de deux guerres de l'est (1996-1997 et 1998-2003).

Les évêques catholiques ont appelé l'opposition à amorcer le dialogue, tout en pressant la majorité d'accéder aux demandes de celle-ci en libérant davantage de prisonniers politiques et d'opinion.

L'ONU, l'Union africaine, l'Union européenne ou encore les USA ont également invité toutes les forces politiques et sociales à aller au "dialogue national".

A ce stade, M. Tshisekedi a rallié un maximum des forces de l'opposition qui boudaient le dialogue convoqué par M. Kabila, au nom de la résolution 2277 du Conseil de sécurité exigeant le respect des délais fixés dans la Constitution congolaise pour l'organisation des élections.

La majorité de la population de Kinshasa, où M. Kabila n'a jamais été populaire, est acquise à la cause de l'alternance. Et au fur et à mesure que la fin du mandat du président approche ce sentiment "se transforme en rêve", juge le politologue Bwebwa Kalala, de l'Université catholique au Congo.

Or, si cette foule était "manipulée" par les "faucons de l'opposition",  "il y a risque de reproduire les émeutes de janvier 2015 contre le pouvoir dans un format plus grand", craint l'enseignant.

En janvier 2015, la répression de manifestations d'opposition contre une tentative de modification de la loi électorale avait fait plus de 40 morts selon des ONG.

Soucieux d'éviter le chaos, M. Kodjo, qui a qualifié d'"injustes" les accusations du Rassemblement, a multiplié ces derniers jours les contacts, promettant d'obtenir l'adhésion d'un "maximum de participants" au "dialogue national".

M. Tshisekedi, lui, s'adressera à ses partisans dimanche, lors d'un grand meeting avec la quasi-totalité des forces politiques opposées à tout report de la présidentielle et/ou à un troisième mandat du président Kabila.

AFP

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