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Beaucoup d'esclaves ont contribué à la construction de la Maison blanche à la fin du XIIIe siècle. Hanna Rosen / Flickr
Beaucoup d'esclaves ont contribué à la construction de la Maison blanche à la fin du XIIIe siècle. Hanna Rosen / Flickr

Faut-il rémunérer les descendants des esclaves qui ont construit la Maison-Blanche?

Après la confirmation que des esclaves avaient aidé à construire la résidence présidentielle, le débat divise aux États-Unis.

La controverse ne date pas d'hier, même si Michelle Obama en a rajouté une couche en début de semaine. Lors de son soutien à Hillary Clinton le lundi 25 juillet, la First Lady a déclaré qu’elle «se réveille chaque matin dans une maison construite par des esclaves Une phrase qui n’est pas tout à fait exacte, comme nous vous l’expliquions sur Slate.fr, mais qui a été approfondie par l’association historique de la Maison-Blanche dans une publication spéciale mercredi 27 juillet.

Selon l’association, non seulement des esclaves ont pris part à la construction de la résidence présidentielle des États-Unis, mais ils y servaient également, comme l’explique Time. Sept présidents étaient propriétaires d’esclaves à la Maison-Blanche, parmi lesquels Thomas Jefferson et James Madison, à une époque où la construction du bâtiment n’était même pas terminée.

«Lorsque Mr Madison a été nommé président, nous avons emménagé dans la Maison-Blanche. L’aile est n’était pas finie et l’avenue n’était pas encore pavée, elle était dans un état lamentable», racontait l’esclave Paul Jenning dans son livre Les souvenirs d’un homme de couleur, cité par Time. Le magazine rappelle que les esclaves ont également contribué à la reconstruction de la Maison-Blanche après sa destruction en 1812.

Bien entendu, en tant qu’esclaves, les travailleurs noirs qui ont participé à la construction n’ont pas été payés. «Leurs noms de famille n’étaient pas notés sur les documents officiels, puisqu’ils avaient le même statut légal que les chiens», rappelle Michael Daly dans le Daily Beast. Mais leurs propriétaires ont reçu une rémunération de 60 dollars par an, ce qui fait imaginer au journaliste ce que l’Amérique devrait réellement aux esclaves. Avec les intérêts cumulés sur les 224 ans de la Maison-Blanche, on arrive à la somme astronomique de 83 millions de dollars.

Retrouver les descendants d'esclavagistes

«Il ne s’agit pas de réparations, il s’agit juste de payer honnêtement des gens pour le travail honnête qu’ils ont fourni», explique Michael Daly. Le problème étant de trouver les descendants d’esclavagistes qui devraient mettre la main à la poche. Mais «les propriétaires sont connus, et cela pourrait être un bon début.» Ainsi, les noms de William Beall, Ignatius Boon ou encore James Hoban, le superviseur de la construction de la Maison-Blanche, se retrouvent dans les documents.

«Je pense qu'une belle forme de réparation serait d'accorder une exonération sur les prêts étudiants aux descendants d'esclaves. Et oui, on peut retracer ça»

Mais pour les autres, c’est plus compliqué. «Ceux qui ont réellement travaillé sur le projet sont morts depuis de nombreuses générations», rappelle Charlie McKenna sur le site conservateur Media Research Center TV, d'autant que taxer les descendants d'esclavagistes pose d'autres problèmes d'ordre financier, comme de savoir quel impact cette transaction a eu à l'époque sur la fortune actuelle des descendants. Sans compter que ces derniers n'ont rien demandé à personne. «Ils n'ont jamais été impliqués là-dedans, on ne peut pas leur faire porter la dette d'un crime qu'ils n'ont pas commis», s'offusque le journaliste conservateur.

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Faudrait-il faire payer cette dette à toute la population américaine? «Ce serait certainement injuste, objecte Michael McKenna. Surtout que tout le monde n’a pas d’ancêtres propriétaires d’esclaves, loin de là.» Enfin, il explique qu'une telle campagne de réparations pourrait ouvrir la porte à d'autres doléances venues de toutes les communautés qui ont été exploitées au cours de l'Histoire américaine. «Où serait la limite, qui déterminerait la justice des réclamations? Ce serait le désordre», ajoute Michael McKenna.

À la suite des propos de Michelle Obama, le sulfureux commentateur Bill O'Reilly de Fox News avait lui aussi tenu à participer au débat et avait déclenché une polémique en expliquant que les esclaves de la Maison-Blanche étaient malgré tout «bien nourris et logés de manière décente.»

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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