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Des militants écoutent un discours du mouvement Black Lives Matter. PETER PARKS / AFP
Des militants écoutent un discours du mouvement Black Lives Matter. PETER PARKS / AFP

Quand les Afro-Américains imaginent (plus ou moins) sérieusement leur «Blaxit»

Dans un contexte difficile marqué par les violences policières, la question de l'émigration se pose pour de plus en plus de Noirs américains.

Et si les Noirs américains quittaient l'Amérique? Cela peut ressembler à une plaisanterie. Mais à l'heure où la perspective que Donald Trump soit élu président des Etats-Unis en novembre prochain, et où le mouvement Black Lives Matter est toujours d'actualité, la tentation existe. Elle a même un nom: le «blaxit», calqué sur le «brexit» du Royaume-Uni hors de l'Union européenne. Lancé sur The Salt Collective, le mot est à la mode sur Twitter chez les Afro-américains, surtout après avoir suivi la convention du parti républicain à Cleveland.

«Ivanka [Trump, fille de Donald]: "Mon père respecte toutes les couleurs et tous les genres."
*en train de me préparer pour mon blaxit*. »

L'idée a également surgi dans un contexte de violences policières particulièrement récurrentes. L'exemple le plus récent concerne Charles Kinsey, un éducateur de 47 ans qui s'est fait tirer dessus par la police à Miami, alors qu'il était à terre. L'homme tentait de ramener un de ses patients, autiste, et avait tenté à plusieurs repris d'expliquer le problème aux policiers.

Un an de paperasse pour pouvoir partir

Mais est-ce si facile que ça de quitter les États-Unis? La journaliste Dayvee Sutton n'en est pas si certaine. «La vérité, c'est qu'à chaque élection présidentielle, des Américains menacent de quitter le pays, et qu'en fait personne ne le fait», écrit-elle sur The Root. Soit parce qu'ils n'ont plus envie, soit parce qu'il faut au moins un an de paperasse pour finalement lever l'ancre. La journaliste rappelle qu'à peine un Américain sur deux (46%) dispose d'un passeport valide.

À lire sur Slate.fr: Je suis noire américaine, pas afro-américaine

Où partir, c'est la deuxième question que soulève Dayvee Sutton. Faire un «retour» en Afrique semble compliqué, car personne ne sait vraiment dans quel pays aller. «Des endroits comme Oslo, en Norvège, Paris ou encore Rio de Janeiro sont amusants et offre en plus une meilleure qualité de vie pour les Américains de couleur, assure-t-elle. Mais ces destinations sont chères!»

L'Amérique privée de jazz et de chocolat?

Dayvee Sutton préconise donc des pays qui ont déjà développé un réseau d'expatriés, et où la vie est moins chère, comme l'Amérique du Sud. Mais dans tous les cas, il faudra fournir un casier judiciaire du FBI, et la procédure pourrait prendre entre quatre et six semaines, et une somme d'argent plutôt élevée (entre 750 et 1.000 dollars). «Donc si vous envisagez de quitter les États-Unis en cas d'élection de présidence Trump, notez simplement que vous allez devoir endurer encore un an au moins sur le sol national», prévient Dayvee Sutton.

À lire aussi : Les Afro-américains à la recherche de leurs ancêtres

Mais si certains sont déjà en train de préparer leurs valises, pour la plupart des internautes afro-américains, le Blaxit est surtout l'occasion de rappeler avec humour l'apport de la culture noire aux États-Unis, et ce qui arriverait si le pays en était privé. Plus de coton, de rap, de café ou même de voix de Morgan Freeman, les Noirs les emporteront dans leur nouveau pays, baptisé «Blacklandia», «Republic of Noir» ou encore «Council of Onyx People».

«Je voulais juste ajouter que nous allons reprendre la voix de James Earl Jones en Dark Vador. Vous allez tout devoir refaire au doublage.»

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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