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Depuis plus de deux ans, 218 jeunes filles sont prisonnières de Boko Haram au nord-est du Nigeria. PIUS UTOMI EKPEI / AFP
Depuis plus de deux ans, 218 jeunes filles sont prisonnières de Boko Haram au nord-est du Nigeria. PIUS UTOMI EKPEI / AFP

#Bringbackourgirls victime d'une nouvelle récupération politique

Chris Christie, soutien du candidat républicain Donald Trump, a reproché à son adversaire démocrate Hillary Clinton d'avoir permis l'enlèvement des jeunes filles nigérianes par Boko Haram.

Les Nigérians commencent à être fatigués. Après leur ancien président Goodluck Jonathan, qui avait détourné le slogan #Bringbackourgirls en vue de se faire réélire, ce sont maintenant les Républicains américains qui veulent surfer sur l'enlèvement, en avril 2014, de plus de 200 jeunes filles par Boko Haram à Chibok. Le 19 juillet, lors de la Convention nationale du parti à Cleveland, le gouverneur Chris Christie l'a utilisé d'une manière surprenante pour critiquer le bilan d'Hillary Clinton en tant que secrétaire d'État.

«Au Nigeria, Hillary Clinton s’est battue pendant deux ans pour empêcher un groupe affilié à Al Qaeda d’être inclus sur la liste des groupes terroristes à surveiller. Qu’est-il arrivé à cause de cette action imprudente par une candidate qui s’est autoproclamée championne des femmes à travers le monde? Ces terroristes ont enlevé des centaines de jeunes filles innocentes, il y a deux ans», a déclaré le gouverneur.

Selon Christie, même si Clinton a quitté ses fonctions en 2013, le fait de ne pas avoir considéré Boko Haram comme un groupe terroriste auparavant lui aurait laissé le champ libre pour enlever les jeunes filles de Chibok. Mais comme le souligne Quartz Africa, le gouverneur n'a pas vraiment compris l'enjeu. «Il n'y a aucune preuve que Clinton ait joué un rôle ou se soit "battue" pour que Boko Haram ne soit pas sur la liste», explique le Washington Post.

«Laissez-les hors de votre "politique"»

En réalité, le gouvernement nigérian lui-même s'était opposé à la désignation de Boko Haram comme organisation terroriste, qui lui aurait donné une stature internationale et aurait facilité sa demande de soutiens, comme le notait le Washington Post en 2014. Mais c'est surtout la récupération politique très douteuse qui a déclenché la colère des militants. Oby Ezekwesili, ancienne ministre fédérale et porte-parole de la campagne #Bringbackourgirls a dénoncé une «piètre glorification de la tragédie».

«Si vous ne pouvez pas mobiliser une action pour secourir nos filles de Chibok, laissez-les hors de votre "politique".»

Le gouverneur américain s'est également attiré les foudres des militants en suggérant que le hashtag #BringBackOurGirls avait été lancé par Barack Obama et son gouvernement, alors que celui-ci est né sur les réseaux nigérians. «C'est la preuve qu'il n'a jamais suivi ou éprouvé de la compassion pour cette tragédie, ou a même pris la peine de connaître les faits et la mobilisation que cela a déclenché», a fustigé Oby Ezekwesili dans un communiqué.

«Utiliser les filles de Chibok, qui ont passé deux ans en captivité est le plus bas du bas dans lequel j'aie vu un politicien tomber.»
«Cela fait 827 jours que les filles de Chibok ont été enlevées et Chris Christie commence soudainement à s'y intéresser.»

À lire aussi: Boko Haram est au bord de l'explosion

En mai 2016, l'armée nigériane a confirmé qu'Amina Ali, une des jeunes filles, s'était échappée et avait été retrouvée dans la forêt de Sambisa, dans l'état de Borno. Les 218 autres sont toujours captives depuis plus de deux ans, malgré les propositions de négociation entre le gouvernement de Muhammadu Buhari et les islamistes de Boko Haram.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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