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Faute d'argent, le Nigeria ne peut plus jouer les marieurs

La chute du prix du baril a de lourdes répercussions économiques au Nigeria et affecte tous les secteurs, même les plus inattendus: les femmes célibataires ne trouvent plus de maris. 

Dès 2012, l'Etat de Kano, dans le nord du Nigeria, avait mis en place un programme matrimonial pour aider les femmes, notamment divorcées, à se (re)marier en offrant l'argent de la dot, mais aussi des meubles pour le foyer, comme le veut la tradition dans cette région.  

Depuis le début de ces "mariages de masse", tel qu'a été nommé ce programme d'aide sociale, 4.461 couples ont échangé leurs voeux. Mais la crise économique qui frappe de plein fouet le Nigeria a poussé le gouvernement à interrompre le projet.  

Quelque 10.000 femmes sont toujours enregistrées à Kano, capitale du nord du Nigeria, et "attendent qu'on leur présente des candidats potentiels lorsque le programme reprendra", explique Abba Sufi, le directeur de la Hisbah, police "morale" et religieuse de la ville, où l'on applique la sharia. 

Parmi elles figurent "des femmes divorcées ou célibataires en âge de se marier, qui peuvent s'inscrire directement vers nous ou sur les réseaux sociaux", poursuit M. Sufi, afin que l'instance religieuse leur présente des prétendants. 

Mais dans le nord du pays, où la polygamie est légion et le taux de natalité très élevé, le mariage coûte cher et les candidats se font rares. 

- Record de divorces-

Kano, cité millénaire de l'islam, compte aujourd'hui le nombre de divorces le plus élevé dans le pays. 

Autrefois grande cité commerçante du Sahel et ville industrielle dynamique, Kano a commencé à s'enfoncer dans la grande pauvreté avec les fermetures de ses usines textiles au milieu des années 1980.

La crise économique s'est accélérée ces dernières années avec l'émergence du groupe jihadiste Boko Haram, et la ville de 10 millions d'habitants détient le triste record du plus haut taux de chômage dans le pays (21,6% en 2011).

L'appauvrissement des familles et la perte de vitesse des valeurs traditionnelles ont entraîné la multiplication des divorces. Dans cette société conservatrice et patriarcale, l'homme a tous les pouvoirs, comme celui de jeter une de ses femmes à la rue.

Dans le cadre de ce programme de "mariages de masse", aucune nouvelle union ne pouvait être brisée sans le consentement de l'épouse, de l'Etat et de la Hisbah, sous peine d'emprisonnement.

"Les femmes préfèrent passer par ce programme pour trouver un mari, car elles savent qu'il ne pourra pas divorcer sans leur accord", explique le directeur de la police religieuse. 

Pour les femmes divorcées, qui se retrouvent avec la charge des enfants, il est souvent très difficile de se remarier et cette aide gouvernementale était un coup de pouce indispensable pour espérer commencer une nouvelle vie. 

Mais le Nigeria, dont le budget dépend à 70% de ses exportations de pétrole, est aujourd'hui au bord de la récession. L'Etat peine à payer les salaires des fonctionnaires. Le naira, la monnaie nationale, s'est effondrée, causant une grave pénurie de devises étrangères dans le pays. 

Hajara Umar, mère divorcée de trois enfants s'est inscrite auprès de la Hisbah il y a deux ans. Mais l'aide financière désormais disparue, personne ne s'est présenté.

"Nous ne demandons pas grand chose, juste le strict minimum pour commencer une nouvelle union", souffle-t-elle. 

Une autre femme, qui ne souhaite pas révéler son identité, a "grand besoin" de se remarier. Divorcée depuis 5 ans, elle se dit "inquiète de voir le programme retardé à cause de la crise économique". 

Ce projet social, lorsqu'il a été mis en place, était aussi considéré comme un moyen aussi d'empêcher Boko Haram à recruter des jeunes désoeuvrés et sans foyer pour remplir leurs rangs. 

"Il serait inimaginable d'y mettre un terme définitif car son impact social est immense", se lamente M. Soufi. 

Sans argent et sans accès à l'éducation, les enfants de parents divorcés se retrouvent laissés à eux-mêmes, tombant facilement dans la drogue et la délinquance. 

Pour redémarrer le programme, la Hisbah compte désormais sur des dons. Mais en pleine morosité économique, même le secteur privé peine à mettre la main à la poche. 

AFP

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