mis à jour le

Sida en Afrique du Sud: "Sugar daddies" et "bienfaiteurs" dénoncés

Lebogang Motsumi, 27 ans, se rappelle parfaitement le jour où elle a appris qu'elle avait contracté le virus du sida à la suite d'une relation avec un homme de dix ans son aîné, son soit-disant "bienfaiteur": "C'était le 15 août 2009, à 13 heures".

"J'étais tellement ignorante. Je pensais que le HIV avait un visage" - maigre, pauvre et mourant - "et je n'étais pas ce visage", explique cette Sud-Africaine à l'AFP.

Lebogang entretenait alors une relation avec un "sugar daddy" ou "bienfaiteur", un homme plus âgé qui troque cadeaux et argent contre rapports sexuels. 

Ces "papas gâteau" représentent une véritable menace dans la lutte contre le sida, affirment les experts, qui les ont ouvertement pointés du doigt lors de la 21e conférence internationale sur le sida cette semaine en Afrique du Sud.

"Je veux une tolérance zéro pour ces hommes qui exposent des adolescentes au VIH", a lancé le directeur d'Onusida, Michel Sidibé.

Le taux très élevé de contamination chez les jeunes femmes et adolescentes en Afrique du Sud, qui compte 7 millions de personnes vivant avec le VIH, est en partie attribuable aux hommes plus âgés, selon les experts. 

Dans ce pays d'Afrique australe, 2.000 jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans contractent le virus chaque semaine, et les adolescentes de 15 à 19 ans ont huit fois plus de risque d'être séropositives que les garçons du même âge.

"Ce n'était pas de l'amour", reconnaît a posteriori Lebogang qui a fréquenté plusieurs "sugar daddies". "Je savais que quand j'étais avec tel type, j'aurais tant d'argent et tout ce que je voulais. A ce moment-là, je voulais m'intégrer, je voulais les mêmes baskets que ma copine", raconte-t-elle. 

- Cercle vicieux -

Pour comprendre la propagation du virus, des chercheurs se sont penchés sur les séquences génétiques du VIH dans une communauté du KwaZulu-Natal, la province sud-africaine la plus durement frappée par l'épidémie.

Les résultats ont révélé un cycle d'infection. "Trois jeunes femmes sur cinq - des adolescentes et des femmes d'une petite vingtaine d'années - ont contracté le VIH auprès d'un homme dans la trentaine, de 8 à 10 ans leur aîné", explique à l'AFP le professeur Salim Abdool Karim.

Le sexe intergénérationnel alimente un cercle vicieux de contamination: des hommes transmettent le virus à des femmes plus jeunes, qui le transmettent à des hommes plus tard dans leur vie, et ainsi de suite, poursuit-il. 

Dans ces relations, la dynamique de pouvoir est faussée: les jeunes femmes ont peur de demander des rapports protégés, augmentant sensiblement le risque de contracter le virus. 

"Tu ne veux même pas parler de préservatif. T'as peur que le gars pense que t'es une fille facile" avec des m½urs légères, témoigne Lebogang. "Au fond de toi, tu sais que tu devrais. Mais il contrôle les rapports: quand et comment".

Le gouvernement sud-africain reconnaît ouvertement le problème. "A bas les +bienfaiteurs+ ! A bas les +sugar daddies +!", martelait en juin le vice-président Cyril Ramaphosa au lancement d'un programme de sensibilisation pour lutter contre le phénomène.

La campagne prévoit notamment d'impliquer parents, enseignants et personnel de santé. Ils ont trop souvent, regrette Lebogang, un discours moralisateur au lieu de donner simplement des informations.

"Beaucoup de parents sont dans le déni, constate le ministre sud-africain de la Santé, Aaron Motsoaledi. Tous les parents veulent croire que leur fille ne fait rien, que c'est un ange. C'est bien naturel. Les parents oublient qu'ils ont eu des relations sexuelles, avant ou après le mariage, mais c'est pourtant le cas, ce sont des êtres humains."

Lebogang compte faire différemment avec sa fille de six ans. "Je vais lui parler ouvertement", assure-t-elle. "Je lui donnerai les informations dont elle a besoin pour faire les bons choix. Je ne veux pas lui inculquer ma morale, mais je lui dirai: +Si tu veux sortir avec des hommes plus âgés, tu dois connaître les risques+". 

Aujourd'hui déjà, Lebogang se consacre à la prévention auprès des adolescentes, notamment dans les écoles, en insistant sur le port du préservatif, quelque soit l'âge du partenaire.

AFP

Ses derniers articles: Amical: la Côte d'Ivoire plonge un peu plus la Russie dans le doute  Attentat de Grand-Bassam: un des cerveaux, chef de l'attaque  Procès de Simone Gbagbo en Côte d'Ivoire: ses avocats n'assisteront pas 

Afrique

AFP

Une campagne massive de vaccination contre la polio en Afrique

Une campagne massive de vaccination contre la polio en Afrique

AFP

Afrique du Nord/Proche-Orient: un jeune sur cinq veut émigrer

Afrique du Nord/Proche-Orient: un jeune sur cinq veut émigrer

AFP

Sauver l'année scolaire, un enjeu majeur au Gabon et en Afrique centrale

Sauver l'année scolaire, un enjeu majeur au Gabon et en Afrique centrale

sida

AFP

Bénin: le combat des maternités contre la transmission du sida aux bébés

Bénin: le combat des maternités contre la transmission du sida aux bébés

AFP

AfSud: des volontaires testent un vaccin expérimental contre le sida

AfSud: des volontaires testent un vaccin expérimental contre le sida

AFP

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida