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Les Africains aussi font du tourisme, ici à Robben Island en Afrique du Sud. The Exhibition List
Les Africains aussi font du tourisme, ici à Robben Island en Afrique du Sud. The Exhibition List

Où les Africains partent-ils en vacances?

De Tanger au Cap, en passant par Abidjan, les classes moyennes africaines n'ont pas les mêmes destinations favorites, lorsqu'elles ont les moyens de s'évader.

Le 6 juin dernier, plus de trois cents représentants d’agences de voyages africaines étaient reçus par l'office de tourisme de Dubaï, pour une visite de six jours des infrastructures et des sites de la ville. «Ce voyage avait un objectif double, expliquait le directeur de la corporation du tourisme. Montrer que Dubaï est une destination de choix pour un des plus grands continents du monde, et que c’est aussi une ville où on peut séjourner toute l’année».

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L’émirat séduit les Africains, mais est-il pour autant leur destination de vacances préférée? Difficile à dire, surtout que la plupart des habitants du continent, qu’ils soient citadins ou ruraux, profitent généralement des périodes de congé pour retourner au village, ou simplement rester chez eux. «Partir en vacances loin ou près de son lieu de travail n'est pas encore une tradition bien ancrée au sein de la classe moyenne africaine», explique Isaïe Dougnon, chercheur à l'université de Bamako.

Des enfants kényans profitent des vacances pour faire du skateboard dans le parc de Shangilia à Nairobi. Fredrick Lerneryd / AFP

Il est encore plus rare de voir des familles entières voyager. «Ce sont souvent les enfants qui partent, explique François, un étudiant de Cotonou, au Bénin. Mais ce sont des vacances de deux semaines tout au plus.» En Afrique de l'Ouest, les écoles privées organisent des colonies de vacances dans la sous-région de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). «Les parents aux ressources moyennes trouvent plus valorisant d'envoyer les enfants en vacances que faire partir toute la famille», ajoute Isaïe Dougnon. 

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Au Maghreb, les familles partent plus volontiers en famille. En Algérie, par exemple, les vacanciers vont plutôt partir du côté de la Tunisie, son voisin direct et avec lequel les relations sont plutôt amicales, à l'inverse du Maroc. «Les prix ne sont pas très élevés, la langue est la même et il n'y a pas trop de paperasse à remplir, explique Said Khammar, un informaticien qui a travaillé dans le domaine du tourisme. Mais les plus riches vont choisir des destinations pour lesquelles ils n'ont pas besoin de visa, comme la Malaisie.»

En Côte d’Ivoire, la destination favorite reste la France, et Paris en particulier, qui représente 55% des billets vendus par l’agence Africvoyages d’Abidjan, malgré la difficulté pour obtenir un visa. Sur le continent, le Maroc est la première destination touristique pour les Abidjanais, avec 5% des billets, suivi de près par le Sénégal (4,7%) et le Togo (3,3%).

 


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Le Maroc se targue d’accueillir chaque année 200.000 touristes du continent, et parmi eux 45.000 Sénégalais, selon l’Office national du tourisme. Un chiffre qui pourrait doubler d’ici les trois prochaines années. Le royaume chérifien est d'ailleurs la première destination touristique… des Marocains, selon le 360, qui note qu'en 2013, 53% des habitants passaient leurs vacances d'été au pays, notamment à Marrakech, après le mois de Ramadan. Les autres voyagent essentiellement en Turquie ou en Espagne.

«Une politique de promotion de tourisme interne»

Au-delà du cliché, les classes moyennes africaines partent donc bien en vacances. «Il faut distinguer trois types de voyages : domestique, continental et vers d’autres continents», précise le docteur Maylis Chauvin, géographe et chercheure associée à LAM-CNRS. On note  par exemple en Afrique de l’Est une augmentation depuis une dizaine d’années des séjours domestiques vers les parcs nationaux et le littoral. Au Sénégal également, où la plage de Ngor est devenue «un espace de récréation, d'exposition des corps, de baignade, alors que cet usage est quasi inexistant dans d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest», selon Saskia Cousin, anthropologue et maîtresse de conférence à l'université Paris-Descartes. «Il y a une vraie politique de promotion de tourisme interne à l'Afrique, explique Isaïe Dougnon. Les colonies de vacances ont pour but en partie de promouvoir ce goût du voyage chez les jeunes africains et qu'ils n'aient pas l'unique envie d'aller qu'en Europe.»

La foule sur la plage de Ngor, à Dakar (Sénégal), le dernier dimanche de Ramadan. Saskia Cousin

«Il faut aussi noter le lien entre voyage de tourisme et espace diasporique, ajoute le Dr Chauvin. Certains habitants des pays de l'Afrique de l'Est vont avoir tendance à rendre visite aux membres de leurs familles en Europe du Nord, principalement l'Angleterre ou encore dans les pays scandinaves comme la Suède.» Certains pays africains misent aussi sur un retour au pays des émigrés, notamment à travers la commémoration de l'esclavage. C'est le cas des anciens ports négriers de Ouidah (Bénin) et de Bimbia (Cameroun) ou encore de l'île de Gorée, au Sénégal.

«On ne peut pas définir une tendance, mais il y a des éléments structurants»

Parfois le tourisme africain est très local, et économique. L'Afrique du Sud accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs africains, dont la grande majorité des pays de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe), comme le Swaziland ou le Mozambique. Mais la xénophobie qui s'est emparée du pays a entraîné une vague d'inquiétude parmi ces pays. Le Mozambique a décidé de boycotter en 2015 le Tourism Indaba, un salon international organisé à Durban.

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«On ne peut pas définir une tendance sur le continent, conclut le Dr Chauvin. Mais il y a quelques éléments structurants.» Ainsi, les voyages ne sont pas seulement domestiques, et peuvent être liés à des objectifs secondaires, comme des voyages d'affaires. «L'élite africaine en profite pour faire un peu tourisme dans les pays où les rencontres ont lieu, remarque le Pr Dougnon. Le Mali par exemple, était, sur ce plan, une bonne destination avant la crise de 2012.» De la même façon, les voyages commerciaux en Asie permettent de joindre l'utile à l'agréable : «Beaucoup de personnes voyagent en Chine, Singapour, Hong Kong ou Dubaï pour acheter et importer des produits, et en Inde pour les soins, et qui en profitent pour visiter», explique le Dr Chauvin. 

Le tourisme africain a-t-il donc vraiment le vent en poupe? Oui, même si cela n'a pas beaucoup d'impact sur l'Afrique elle-même, selon le Pr Dougnon: «beaucoup de pays africains comptent toujours sur les touristes étrangers (européens, japonais et américains).» La faute à des revenus encore trop faibles, et des situations politiques instables dans beaucoup de pays d'Afrique, qui empêchent de constater des vagues de touristes venus des autres pays du continent

Sans compter que le continent peine encore à attirer ceux qui ont fait leur vie en Europe ou en Amérique.

«L’un des enjeux de développement du tourisme africain en Afrique passe par l’offre de loisir pour les émigrés et expatriés africains qui rentrent dans leur pays pour les vacances, et dont les enfants ne se contentent plus des visites familiales», conclut Saskia Cousin.

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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