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Le camion qu'a utilisé le chauffeur tunisien pour foncer dans la foule. VALERY HACHE / AFP
Le camion qu'a utilisé le chauffeur tunisien pour foncer dans la foule. VALERY HACHE / AFP

La Tunisie aussi se sent touchée au cœur par l'attentat de Nice

Le chauffeur du camion qui a tué 84 personnes à Nice le 14 juillet était un Tunisien résidant en France.

Il est l'homme qui, en agissant seul - si cela est bien confirmé -, a tué le plus de personnes lors d'un attentat perpétré en Occident, selon CNN. Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans résidant en France depuis plusieurs années, est le chauffeur qui a tué 84 personnes au volant d'un camion de 19 tonnes, jeudi 14 juillet sur la Promenade des Anglais à Nice. Il a été formellement identifié suite à l'analyse d'une partie de ses papiers, retrouvés dans le véhicule blanc utilisé lors de l'attentat.

Mohamed Lahouaiej Bouhel est né dans le village de Msaken à proximité de Sousse. 

Un portrait de lui a été publié par nos collègues de Slate.fr. Son voisinage décrit cet habitant des quartiers Nord de Nice comme un homme «pas très religieux»«qui aime les filles et la salsa», rapporte la journaliste de France Info, Mathilde Lemaire. Elle ajoute que cet homme en instance de divorce, père de trois enfants et fâché depuis plusieurs années avec sa famille, avait été placé sous contrôlé judiciaire quinze jours plus tôt. Détenteur d'un permis poids lourd, ce chauffeur-livreur se serait «endormi au volant» et aurait «percuté plusieurs véhicules».

A lire sur Slate.fr: Que sait-on sur le chauffeur du camion responsable de l'attaque de Nice?

Une dizaine de voisins interrogés par l'AFP ont décrit le locataire de l'appartement comme étant «solitaire» et «silencieux». L'homme montait toujours dans son logement avec son vélo et garait aussi à proximité une petite camionnette de travail. 

«Attaque lâche»

Sur l'autre rive de la Méditerranée, le président tunisien Béji Caïd Essebsi a transmis ses condoléances à la France.

Le chef d'Etat tunisien a également dénoncé un «acte barbare qui ne fait la différence ni entre les religions, ni entre les nationalités, ni entre les pays. J'espère que cet attentat trouvera face à lui une France forte et que nous arriverons (...) à faire face à ce terrorisme-là, qui est le mal du siècle. La meilleure réponse, c'est être solidaire» dans une lettre à son homologue François Hollande. Le ministère tunisien des Affaires étrangères a également publié un communiqué pour exprimer sa tristesse et son soutien à la France:

«La Tunisie condamne fortement l'attaque terroriste lâche qui a visé la ville de Nice» et «exprime ses vives condoléances à la France et à son peuple», peut-on lireLe ministère des Affaires étrangères a également apporté «son soutien total à la France dans ses efforts visant à lutter contre le fléau du terrorisme.»

Une large diaspora

La Tunisie a été touchée au coeur par cet attentat. D'abord car une forte diaspora tunisienne est  installée à Nice, soit environ 10.000 ressortissants selon le journal local Nice-Matin. Le ministère des Affaires étrangères tunisien a d'ailleurs annoncé la création d'une cellule au sein du consulat général pour recevoir les appels des membres de la communauté tunisienne établie dans la ville. 

L’ambassadeur de Tunisie en France a confirmé sur les ondes de Mosaïque FM la mort de trois Tunisiens dans l’attentat de Nice. Le premier, un jeune homme originaire de Kasserine du nom de Bilel Labbaoui, avait déjà été cité parmi les victimes, reconnu par un témoin oculaire. La seconde victime se nomme Mohammed Ben Abdelkader Toukabri, mais la dernière victime n’a pas encore été identifiée.

Le journaliste tunisien Lotfi Laâmari, qui était sur la Promenade des Anglais lors de l'attentat, a brièvement raconté au site du Tuniscope la violence de la scène

Trois victimes tunisiennes

La Tunisie est-elle aussi confrontée à grande échelle au terrorisme. Lors de l'année 2015, trois attaques majeurs ont secoué le pays, au musée du Bardo à Tunis le 18 mars 2015, puis sur la plage de Sousse où 37 personnes ont péri en le 26 juin 2015 lorsqu'un homme seul avait ouvert le feu sur des touristes, et enfin lors d'une attaque à la bombe qui avait tué 13 membres de la garde présidentielle le 25 novembre 2015. Les trois attaques avaient été revendiquées par l'Etat islamique.

A relire: Comment la Tunisie est devenue un foyer de recrutement pour l'EI

Le pays a également vu partir plusieurs milliers de ses citoyens rejoindre les rangs de l'Etat islamique en Libye ou en Syrie, entre 5.000 et 6.000 personnes selon plusieurs estimations. La crise économique, le chômage de masse et la déstabilisation de la Libye voisine sont des critères souvent avancés pour expliquer la radicalisation d'une frange de la jeunesse tunisienne. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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