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"Les soldats

"Les soldats près de la frontière battent les gens pour les forcer à rebrousser chemin": Mary Modo a réussi à passer en Ouganda, mais les milliers de Sud-Soudanais qui essaient de fuir leur pays vers le sud n'ont pas tous la même chance.

"Nous sommes passés, mais quand nous sommes arrivés à la frontière, les soldats m'ont obligée à laisser là-bas tout ce que j'avais", raconte cette mère de cinq enfants, âgée de 40 ans.

"Je n'ai gardé que deux casseroles, les vêtements que mes enfants et moi avions, avec un de rechange chacun, et mon sac à main", ajoute-elle.

Effrayés par les combats des derniers jours à Juba, la capitale du Soudan du Sud, des milliers de Sud-Soudanais attendaient mercredi de franchir la frontière avec l'Ouganda.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que 20.000 personnes sont bloquées du côté sud-soudanais, dans le sud du pays, attendant de traverser l'étroit pont métallique qui surplombe la rivière Unyama quand la frontière sera ouverte.

Elles se sont rassemblées là, craignant que les violents combats qui ont frappé Juba de vendredi à lundi, avant qu'un cessez-le-feu ne soit annoncé, marquent un retour à la guerre qui a ravagé le pays depuis décembre 2013.

Rien ne dit pourtant que la frontière, à 200 km au sud de Juba, sera ouverte un jour. Pour l'heure, les soldats sud-soudanais ne laissent passer que quelques rares personnes, après les avoir dépouillées de tous leurs biens.

Dans le centre de transit de Numanzi, Angelino Nyandiit Michael, une femme d'ethnie nuer âgée de 26 ans, décrit les événements qui l'ont obligée en début de semaine à fuir sa maison à Torit, à environ 100 km au sud-est de Juba, avec ses cinq enfants.

"La guerre a éclaté et les soldats sont arrivés et ont brûlé le marché de Torit", explique-t-elle. "Ils ont tué plusieurs personnes. Je ne sais pas combien car j'ai dû courir, mais peut-être 20."

"J'ai attrapé mes enfants et j'ai couru dans la brousse", poursuit-elle. "A part les vêtements que nous portions, je n'avais que mon châle avec moi."

- Deux-tiers d'enfants -

"J'ai marché jusqu'à la frontière en une journée. J'ai vu des soldats de la SPLA (l'armée gouvernementale, ndlr) sur la route, mais ils ne m'ont rien dit. J'attendrai en Ouganda jusqu'à ce que les combats soient finis."

Elizabeth Nyayien Bamom, 24 ans, partage le même abri. D'ethnie nuer elle aussi, elle est enceinte de huit mois et a déjà trois enfants. 

Elle aussi a vu le marché de Torit brûler et s'est enfuie. "Les soldats de la SPLA, la police et les rangers ont détruit le marché", affirme-t-elle.

"En courant, je suis tombée parce que je suis enceinte". "J'ai attaché mon ventre avec un tissu, mais c'était très douloureux. J'ai dû marcher pendant une journée et mes hanches me faisaient très mal."

"Mon bébé va naître en Ouganda, mais une fois que le HCR me mettra dans un endroit où rester, la vie sera plus facile", espère-t-elle.

Selon Titus Jogo, un responsable ougandais chargé d'enregistrer les réfugiés, le nombre d'arrivants a diminué, passant de 200 chaque jour avant les combats, à 100 depuis vendredi.

"Le gouvernement sud-soudanais ne veut pas que les gens sachent qu'il y a un problème avec les déplacés. Ils violent le droit de leur peuple à demander asile", déclare-t-il.

Ceux qui ont franchi la frontière sont emmenés d'abord dans un centre de transit avant de rejoindre le camp de réfugiés de Pagarinya.

"La plupart de ceux qui arrivent en Ouganda en provenance du Soudan du Sud sont des femmes et des enfants", détaille Sardhanand Panchoe, un employé du HCR, dans la ville voisine d'Adjumani. Deux-tiers d'entre eux sont des enfants, d'après lui.

Il explique que son équipe est déjà "en état d'alerte" depuis décembre, alors que l'accord de paix signé en août 2015 ne s'est pas traduit par une réelle amélioration de la situation sécuritaire.

Mais "se préparer à l'arrivée possible de milliers de nouveaux arrivants, c'est une deuxième urgence dans l'urgence", s'inquiète-t-il. "Nous travaillons pour éviter ça."

AFP

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