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Zimbabwe: le pasteur anti-Mugabe poursuivi pour tentative de renversement du gouvernement

Le pasteur Evan Mawarire, qui s'est imposé comme le leader du nouveau mouvement citoyen contre le président zimbabwéen Robert Mugabe, a été inculpé de tentative de renversement du gouvernement mercredi, au nouveau jour d'une grève générale, qui a été peu suivie contrairement à la semaine dernière.

Portant autour du cou un drapeau zimbabwéen, devenu le symbole de la résistance, Evan Mawarire a comparu devant un tribunal d'Harare mercredi, au lendemain de son arrestation. Devant la cour, plusieurs centaines de ses partisans étaient venus lui témoigner leur soutien.

Le pasteur baptiste est accusé d'avoir mené une "campagne visant à renverser ou tenter de renverser le gouvernement par des moyens anticonstitutionnels", selon un document officiel remis à la cour.

Selon le parquet, les charges sont basées sur les vidéos qu'Evan Mawarire, père de famille de 39 ans, a postées sur internet. Il y a dénoncé la corruption du régime Mugabe, en place depuis 1980 et qui a plongé le pays dans une grave crise économique depuis le début des années 2000.

Dans un premier temps, mardi, le pasteur avait été inculpé d'incitation à la violence. Son avocat, Harrison Nkomo, a dénoncé mercredi l'"illégalité" de la procédure. "En amont de son arrestation, il n'a pas été informé des nouvelles charges pesant sur lui", a-t-il affirmé.

Devant le tribunal, l'un de ses partisans, Mark Baard, a estimé qu'il était "temps de se réveiller". "C'est vraiment dégoûtant ce que le gouvernement nous fait. Nous devons donner le pouvoir au peuple. Ce gouvernement doit partir", a-t-il lancé.

Des dizaines d'avocats de l'association des Avocats du Zimbabwe pour les droits de l'Homme ont aussi symboliquement apporté leur soutien au pasteur en lui proposant, mercredi au tribunal, leurs services.

-  300 arrestations -

Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, Evan Mawarire s'est rapidement fait un nom en postant en avril une vidéo où il dénonçait l'incurie du gouvernement. 

Il a lancé le mouvement anti-Mugabe #TheFlag (LeDrapeau), très actif sur les médias sociaux. Il fait partie des organisateurs de la grève générale du 6 juillet, qui avait été bien suivie, et avait de nouveau appelé à la paralysie du pays ce mercredi et jeudi.

Mais la mobilisation a été faible mercredi. Les écoles et commerces étaient ouverts à Harare, où la police anti-émeutes patrouillait.

Le régime "s'est assuré d'avoir arrêté les personnes qui se font le plus entendre et qui sont les moins peureuses. C'est la raison pour laquelle la mobilisation n'est pas aussi forte que la semaine dernière", a estimé Onias Marongwa, employé dans un supermarché de la capitale.

Dans la ville de Masvingo (sud-est), la plupart des commerces étaient aussi ouverts, selon Takafira Zhou, à la tête du Syndicat progressiste des enseignants.

"La machine du régime est très visible", a-t-il déclaré à l'AFP. "L'appel à la grève est peu suivi car les grévistes la semaine dernière ont eu leur salaire amputé et ils craignent le pire s'ils sont perçus comme provocateurs", a-t-il ajouté.

Depuis la semaine dernière, environ 300 personnes ont été interpellées dans le pays, selon Amnesty International, qui voit dans l'arrestation d'Evan Mawarire "un projet bien calculé de s'en prendre à la liberté d'expression et de rassemblement". 

Le mouvement citoyen de contestation - rare dans un pays contrôlé d'une main de fer par Robert Mugabe - illustre la frustration croissante de la population face à la crise économique qui n'en finit pas. Les banques sont à cours de liquidités, tout comme le gouvernement. De nombreux fonctionnaires ont reçu leur salaire de juin seulement la semaine dernière.

Mardi soir, le ministre de l'Intérieur, Ignatius Chombo, avait accusé des "ambassades étrangères" d'alimenter le mouvement anti-Mugabe.

Dans une caricature publiée mercredi dans le journal d'Etat The Herald et intitulée la "French Connection", l'ambassadeur de France au Zimbabwe, Laurent Delahousse, est représenté accroupi tenant à la main une boîte d'allumettes devant une carte du Zimbabwe.

Interrogé mercredi par l'AFP, ce dernier a qualifié d'"absolument ridicules et sans fondement" les accusations le liant au pasteur Mawarire. "Je n'ai jamais eu le moindre contact avec lui", a-t-il affirmé.

AFP

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