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Le pasteur Evan Mawarire, à l'origine de la mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux. Jekesai Njikizana / AFP
Le pasteur Evan Mawarire, à l'origine de la mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux. Jekesai Njikizana / AFP

Comment la vidéo virale d'un pasteur a fait souffler un vent de révolte au Zimbabwe

Née sur Twitter et Facebook après une vidéo publiée par un pasteur désespéré, la contestation du régime de Mugabe prend de l'ampleur.

«On s’est longtemps demandé si Mugabe était toujours en possession de tous ses moyens. On peut certainement en douter, mais pas du fait qu’il sait toujours très bien comment fonctionnent les valeurs de paix et d’unité qu’il prône dans son récent discours. Ce qui en fait le pire des hypocrites.» L’auteur de cette tribune publiée en février sur The Zimbabwean (média d’opposition basé à Londres), répond au pseudonyme de Concerned Zim Citizen.

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Mais ce n'est pas dans les colonnes des médias d'opposition que l'activiste est le plus actif. Sur Twitter, il est devenu l’un des fers de lance de la contestation zimbabwéenne face à la politique du président Robert Mugabe, au pouvoir depuis 36 ans. Début juillet, une grève générale a été lancée, grâce au hashtag #ZimShutdown2016, que l'on peut traduire par le «blocage de Zim». Une deuxième grève de deux jours sera lancée le 13 juillet après que les exigences des manifestants n'ont pas été prises en compte.

Au départ du mouvement, il y a eu cette vidéo postée en avril sur Facebook par le pasteur Evan Mawarire. Au bord des larmes, il commente les couleurs du «drapeau magnifique» qu’il porte autour du cou. «On m’a dit que le vert représentait la végétation, les cultures… Des cultures, je n’en vois pas dans mon pays», soupire-t-il. Le jaune, c’est l’or et les minéraux, mais «combien en reste-t-il, à qui ils l’ont vendu et combien?», s’exclame le pasteur. Le rouge, sang versé pour la patrie, et le noir n’ont pas beaucoup plus de sens pour Evan Mawarire. «Parfois je regarde ce drapeau et je me demande si c’est l’histoire de notre futur ou le souvenir de notre triste passé.»

La vidéo, qu’il poste avec le hashtag #ThisFlag (ce drapeau) en précisant qu’il n’est «qu’un citoyen» fait plus de 150.000 vues et libère la parole des Zimbabwéens.

«Tout le monde était frustré, mais avait peur de parler, explique un internaute anonyme au journal anglais The Guardian. Ça nous a donné du courage. Maintenant, personne ne se soucie d’être arrêté, battu ou séquestré… On préfère mourir pour offrir un meilleur lendemain à nos enfants que de les faire traverser les mêmes souffrances.»

Le smartphone, une arme à 1 dollar

Au Zimbabwe, régulièrement épinglé par l’ONU et Amnesty International, la situation est critique depuis de nombreuses années, entre la famine et sécheresse dans les régions rurales, et la corruption qui règne dans les villes. «Il n’y a plus de liquide dans les banques, et nous devons faire la queue pendant des heures pour trouver 100 dollars sur notre propre compte», explique Amanda Atwood au Guardian. D’autant qu’au sommet du pouvoir, le président Mugabe affiche sa démesure lors de banquets gigantesques et applique une forte censure sur les médias et tout ce qui vient de l’Europe et des Etats-Unis.

Une liste des importations interdites au Zimbabwe: eau en bouteille, cirage, fertilisants, etc.

Le gouvernement n’a d’ailleurs pas tardé à imputer le mouvement aux ambassades occidentales, notamment française. Après avoir méprisé la contestation, il a tenté de bloquer les réseaux sociaux, notamment WhatsApp. En vain, puisque les internautes ont pu partager des VPN (réseaux virtuels privés) et des méthodes de cryptage pour contourner l’interdiction et poster toujours plus de messages et de mèmes.

«Quand Mugabe consulte son compte Twitter aujourd'hui: "Les Zimbabwéens ont cessé de vous suivre".»

«Leurs stratégies habituelles ne marchent pas car l’arme de destruction massive est un smartphone, plus du wifi ou de la mémoire, et ça ne coûte qu’un dollar, explique le cyber-activiste Fuzzy Goo au Guardian. Les réseaux sociaux ont ouvert un espace démocratique où nous pouvons directement nous confronter aux officiels et partager rapidement l’information.» Et l'information circule aussi en shona, la langue majoritaire des classes populaires, qui a ses propres hashtags: #Chabvondoka («c’est une révolte»), #Tajamuka (« nous sommes éveillés»), #Hatichada («nous n’en voulons plus» ou encore #Hatichatya («nous n’avons plus peur»).

«N'abandonnons pas. Le Zimbabwe sera libéré par les Zimbabwéens»

Mardi 12 juillet, le gouvernement a pourtant fini par arrêter le pasteur Mawarire à son domicile, dans le quartier d'Avondale, à Harare. Il est accusé d'avoir «incité à la violence» et d'avoir en sa possession un casque de police abîmé et une matraque qu'il aurait volée lors des dernières manifestations.

«Nous demandons que TOUS les leaders politiques dénoncent l'arrestation du pasteur Evan.»

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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