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Le président égyptien al-Sissi, le 20 février 2016 à Charm el-Cheikh. MOHAMED EL-SHAHED / AFP
Le président égyptien al-Sissi, le 20 février 2016 à Charm el-Cheikh. MOHAMED EL-SHAHED / AFP

Sans honte, la justice égyptienne dénonce les crimes policiers aux Etats-Unis

La répression policière n'a jamais été aussi forte en Egypte, où de nombreux opposants sont torturés et emprisonnés.

Depuis l'arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi en 2013, l'Egypte s'est peu à peu transformée en un Etat policier où toute opposition politique est réprimée de façon implacable. Cinq ans après la révolution de 2011, le sentiment de liberté qui a animé la place Tahrir est parti en lambeaux. 

Nous vous racontions sur Slate Afrique comment la police égyptienne avait procédé à de très nombreuses arrestations quelques jours avant le 25 janvier 2015, date du cinquième anniversaire de la révolution, pour empêcher toute commémoration populaire et politique en faveur du Printemps arabe. Un travail de mémoire qui ressemble par certains côtés à celui exécuté par la fictive Police de la pensée dans le livre «1984» de George Orwell. 

Torture et procès collectifs

Le régime égyptien craint plus que tout d'être renversé par la rue égyptienne, celle-là même qui a soutenu le coup d'état d'al-Sissi contre l'ancien président Mohamed Morsi. Alors, la police égyptienne fouille les comptes Facebook et Whatsapp des activistes et interdit même tout objet culturel qui pourrait «inciter» à la révolte, dont des dessins animés de... Tom et Jerry.

À lire aussi: Comment les activistes égyptiens s'organisent face à la «répression préventive»

Mais surtout, les forces de sécurité égyptiennes torturent et assassinent des opposants. Dans son rapport 2015/16 des droits humains dans le monde, l'ONG Amnesty international résumait ainsi la situation politique interne:

«La situation des droits humains n’a cessé de se dégrader. Le gouvernement a imposé des restrictions arbitraires à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique et il a promulgué une nouvelle loi antiterroriste. Des détracteurs du gouvernement ainsi que des dirigeants de l’opposition et des militants ont été arrêtés et placés en détention; certains ont été soumis à une disparition forcée. Les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive contre des manifestants, des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants. Les détenus étaient régulièrement torturés et maltraités. Les tribunaux ont prononcé des centaines de condamnations à mort et de lourdes peines d’emprisonnement à l’issue de procès collectifs manifestement inéquitables».

Parmi d'autres, le meurtre d'un étudiant italien, Giulio Regeni, dont le corps sans vie avait été retrouvé quelques jours après son enlèvement avec des traces de torture, avait marqué l'opinion mondiale. 

«Le visage sanglant des Etats-Unis»

Mais les autorités égyptiennes, vivement critiquées depuis plusieurs mois, ont trouvé la parade: dire que c'est pire chez les autres. Comme le rapporte le magazine américain Foreign Policy, la justice égyptienne a déclaré, par la voix du vice-président de la Commission parlementaire des droits de l'homme égyptienne, que les citoyens noirs tués par la police américaine à Bâton-Rouge et Dallas montraient «le visage sanglant des Etats-Unis et son usage politique de la question des droits de l'homme pour mettre la pression sur d'autres nations.»

Un autre membre de la justice égyptienne, Ilhami Agina, a demandé, dans une lettre, au ministère de l'Intérieur de mettre la pression sur l'ambassadeur américain, toujours selon Foreign Policy:

«Obama, qui est venu au Caire en 2009 pour nous faire un long discours sur les droits de l'homme, a peut-être oublié que c'est l'Amérique qui a besoin d'une réforme radicale.»

                                                  ***********

Mise à jour du 13 juillet 2016: Dans un rapport publié le 13 juillet 2016, l'ONG Amnesty International accuse le pouvoir égyptien de tortures et d'enlèvement, notamment des adolescents suspendus par les jambes, des jeunes hommes frappés et électrocutés, citoyens séquestrés pendant des mois... Le Caire nie une pratique généralisée de la torture, reconnaissant seulement des «incidents isolés».

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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