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Des plateformes pétrolières d'Israël en mer Méditerranée. AHIKAM SERI / AFP
Des plateformes pétrolières d'Israël en mer Méditerranée. AHIKAM SERI / AFP

Question pétrole, la Méditerranée ne sait pas sur quel pied danser

La France a annoncé un moratoire immédiat sur la recherche d’hydrocarbures en Méditerranée, contrairement à d'autres pays.

Au printemps 2016, Ségolène Royal a annoncé «un moratoire immédiat sur la recherche d’hydrocarbures en Méditerranée». Cette décision est une suite logique à l’annonce, au mois de janvier, d’un refus total d’accorder toute nouvelle autorisation de recherche d’hydrocarbures conventionnels.

C’est donc au terme de plusieurs années d’indécision sur la question, de consultations publiques, de manifestations pour ou contre et de recours juridictionnels, que la ministre de l’Environnement a fermé définitivement la porte à ce serpent de mer politique, qu’on voyait réapparaître à l’occasion de certaines campagnes électorales. Il convient cependant de nuancer les effets de cette décision: seuls deux projets d’exploration étaient établis dans les eaux méditerranéennes françaises. Il s’agissait du permis de recherche «Rhône Maritime», au large des calanques marseillaises, et du projet de Centre d’essais et d’expertise en mer profonde, porté par la société Abyssea au large des îles d’Hyères.

Le premier avait d’ailleurs vu sa demande de renouvellement rejetée par le gouvernement à l’automne 2015, ce qui laissait présager une possible diminution d’intérêts du gouvernement français sur l’éventuelle richesse en hydrocarbures des sols méditerranéens.

Méga-gisements de gaz

Si l’ambition du moratoire sur le sol français annoncé par la ministre est toute relative, l’intérêt de sa déclaration réside dans sa volonté d’en réclamer l’extension à l’ensemble de la Méditerranée.

Car si la France reste mesurée dans l’exploitation du sous-sol de ses eaux méditerranéennes, certains de ses voisins cherchent et exploitent abondamment les hydrocarbures offshore. La Méditerranée apparaît notamment comme un nouvel eldorado gazier, avec la découverte, ces dernières années, de gisements d’envergure, comme ce fut le cas en 2015 au large de l’Égypte. L’Italie, l’Égypte, l’Espagne, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Grèce, la Lybie ou encore Israël ont donc choisi de profiter de cette source de richesse longtemps insoupçonnée qui leur assurera indépendance énergétique et poids géopolitique.

Une course aux hydrocarbures a ainsi été lancée dans la dernière décennie, et quelques centaines de plateformes fleurissent aujourd’hui en Méditerranée, sans pour autant atteindre la densité observée en mer du Nord ou dans le Golfe du Mexique.

Israël, par exemple, longtemps dépendant énergétiquement, a mis à jour deux très importants gisements de gaz au large de ses côtes: le bien-nommé Léviathan, et Tamar; ils devraient, pour la première fois, permettre au pays d’exporter du gaz. Le bassin du Levant révélant progressivement ses richesses, il y a là une nouvelle donnée géopolitique à prendre en considération dans cette région déjà asphyxiée par les conflits.

Notons que la découverte récente de plusieurs gisements en mer Méditerranée est principalement due à l’évolution des technologies, rendant de moins en moins difficiles les activités offshore. On fore de plus en plus loin et de plus en plus profond. L’ancien secrétaire de l’Organisation maritime internationale (IMO), Efthimios Mitropoulos a d’ailleurs qualifié l’exploitation d’hydrocarbures offshore d’une formule en 4D: «Deep, Distant, Dangerous, Difficult» («Profond, lointain, dangereux et difficile»).

Une manifestation à Bregançon en France contre des prospections sous-marines pétrolières, en avril 2012. BORIS HORVAT / AFP

Des risques avérés pour l’environnement marin…

Ces activités, certes bénéfiques pour l’économie des États exploitants, ne sont pas sans risque pour l’environnement méditerranéen. Au-delà d’une catastrophe possible, à l’image de l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en 2010 – dont les côtes de Louisiane paient encore le prix et qui a considérablement fragilisé la position économique de la compagnie pétrolière BP –, la pression environnementale quotidienne n’est pas anodine.

Les méthodes de recherche utilisent notamment des ondes qui pourraient être à l’origine de l’échouage des cétacés. La pollution sonore et lumineuse des plateformes désoriente d’autre part les animaux qui fuient alors la zone d’exploitation. Enfin, les rejets quotidiens de différentes substances, dus au fonctionnement normal d’une plateforme ou conséquences d’accidents mineurs, polluent les eaux.

Et certaines caractéristiques de la Méditerranée accentuent encore ces nuisances. En raison de sa topographie semi-fermée, la concentration de substances polluantes reste en effet élevée. De plus, l’activité sismique soutenue dans certaines régions, ainsi que la force des évènements météorologiques constituent des facteurs de risque supplémentaires qui peuvent fragiliser les plateformes, majorer un accident ou rendre plus difficiles les manœuvres de réaction à la catastrophe.

Il faut également rappeler que la Méditerranée abrite une biodiversité abondante, variée, mais fragile. L’impact d’un épisode polluant majeur représenterait donc une réelle catastrophe environnementale pour ce réservoir important de la biodiversité marine et côtière mondiale.

…et pour l’homme, espèce côtière vulnérable

Notons enfin qu’il ne s’agit pas uniquement de protéger un environnement dont certains refusent de se préoccuper. Une éventuelle dispersion d’hydrocarbures, salissant les plages et polluant les eaux, aurait des effets néfastes sur l’activité touristique, très intense en Méditerranée, ainsi que sur les pêches, artisanales ou industrielles.

Pour funeste rappel, BP a dû payer cinq milliards de dollars pour «compenser les conséquences économiques» de la catastrophe de Deepwater Horizon (2010). Une marée noire en Méditerranée toucherait durablement une population littorale dont les revenus résident principalement dans les bienfaits de la mer, de ses richesses et ses beautés…

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Par Clio Bouillard, Doctorante contractuelle, CERIC, Université Aix-Marseille

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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