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Ouganda: la quête de reconnaissance de la communauté juive

Dans une pièce éclairée à la bougie, le rabbin Gershom célèbre en ce vendredi soir le Kiddouch, une cérémonie de sanctification d'un jour saint, tandis que son épouse Tzieorah ôte le linge protégeant le pain traditionnel juif.

"Chabbat shalom!" lancent les invités en arrivant: la scène est familière à toute famille de confession juive dans le monde, à cette différence près qu'ici, dans ce village de l'est de l'Ouganda, le repas du Chabbat est composé d'un ragoût de chèvre, de bananes vertes pilées et d'ananas du jardin pour le dessert.

Gershom est le leader spirituel des Abayudaya, une petite communauté de Juifs africains installée à proximité de la ville de Mbale, sur les contreforts du mont Elgon, non loin de la frontière avec le Kenya.

Les Abayudaya espèrent que la visite lundi en Ouganda du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sera synonyme de liens accrus avec les Juifs du monde entier.

- Fondateur charismatique -

Le fondateur de la communauté, Semei Kakangulu, était un officier ougandais converti par les missionnaires protestants mais qui se tourna ensuite vers le judaïsme au début du 20e siècle.

"Il découvrit la vraie religion et la vraie signification du jour du Chabbat, le fait que la circoncision était obligatoire et il commença à observer le régime alimentaire cacher. Il devint un Juif", résume Joab Jonadab, le frère du rabbin Gershom. 

L'influence de Kakungulu grandit rapidement au sein de sa communauté. "Mon père fut un de ses premiers disciples", raconte Gershom. "A la fin de la première année, il y avait 8.000 nouveaux Juifs".

Mais lorsque leur leader charismatique mourut en 1928, les Abayudaya perdirent de nombreux adeptes, convertis par des missionnaires chrétiens zélés. La communauté fut réduite à moins de 1.000 personnes.

Dans les décennies suivantes, les Abayudaya survécurent dans un relatif isolement et, sans liens avec le monde juif extérieur, développèrent un culte syncrétique, mélangeant par exemple les prières juives avec des mélodies africaines.

Pour autant, leur volonté de reconnaissance n'a jamais faibli et leur persévérance fut récompensée une première fois courant 2015.

"L'année dernière, l'Agence juive pour Israël nous a reconnus en tant que Juifs pour la première fois. Nous espérons que notre Premier ministre Netanyahu lèvera les restrictions pour les visas afin que nous puissions nous rendre en Israël, y étudier et prier", explique Israel Siridi, le "mohel" de la communauté, en charge des circoncisions. 

- La répression sous Amin Dada -

Quelques jours avant la visite de M. Netanyahu, Gershom a réuni les membres de la communauté sous un acacia pour leur annoncer une bonne nouvelle: un rabbin israélien venait de lui écrire pour lui annoncer que le ministre de l'Intérieur était sur le point "de reconnaître officiellement les Abayudaya en tant que Juifs".

La communauté espère aussi que cette reconnaissance leur offrira une protection supplémentaire, elle qui fut persécutée dans les années 70 sous la dictature d'Idi Amin Dada. 

"Quand Amin Dada était président, il interdit le judaïsme (...) Ses soldats détruisirent notre synagogue, nos aînés furent jetés en prison, torturés et tués", rappelle M. Jonadab. "Amin disait que l'Afrique est pour les Africains et il ne nous voyait pas assez Africains". 

A présent, la communauté se porte plutôt bien, grâce, selon Jonadab, au président ougandais Yoweri Museveni et à ses 30 ans au pouvoir marqués par la stabilité du pays.

Mais, comme le rappelle Gershom, "les Abayudaya demeurent une toute petite communauté".

"Vivre comme nous le faisons, une petite communauté de Juifs isolés au coeur de l'Afrique, pose un problème de sécurité. C'est pourquoi la reconnaissance par Israël a tellement d'importance à nos yeux". Si un malheur s'abattait sur les Juifs d'Ouganda, alors le monde entier en serait informé". 

AFP

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