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Roger Milla célèbre son but en Coupe du monde face à la Roumanie, le 14 juin 1990. GERARD FOUET / AFP
Roger Milla célèbre son but en Coupe du monde face à la Roumanie, le 14 juin 1990. GERARD FOUET / AFP

Et Roger Milla inventa la célébration de but

En club ou en sélection, les footballeurs actuels rivalisent d’originalité pour célébrer leur but. Une tradition pas si ancienne, et qui doit beaucoup au vieux Lion Indomptable.

Au fil des buts qu'ils ont marqués face à l'Islande en quarts de finale de l'Euro (5-2) dimanche 3 juillet, les Français ont régalé leurs supporters à coup de célébrations chorégraphiées avec minutie. Comme le dab, un mouvement issu de la culture hip hop américaine, réalisé par le milieu de terrain des Bleus Paul Pogba après son but de la tête sur corner

Cette habitude de fêter des buts par des gestes symboliques n'est pas nouvelle dans le football. Les mouvements de célébration chorégraphiés ont commencé à se répandre de manière massive sur les terrains dans les années 1990, et l'un des illustres pionniers de cette mode est un mythique joueur africain. 

Tout commence au stade San Nicola de Bari, le 14 juin 1990. À la 76e minute de jeu d'un match de Coupe du monde, l’attaquant camerounais Roger Milla se défait du marquage du défenseur roumain Ioan Andone et fusille le gardien Silviu Lung d’une frappe du gauche. Mais au lieu de fêter sobrement son premier but dans la compétition, le vétéran de 38 ans se précipite vers le poteau de corner droit et exécute un petit mouvement de makossa, face aux supporters, et bientôt rejoint par ses coéquipiers. Dix minutes plus tard, il récidive; même but, même pas de danse. Le monde découvre Milla, les Lions Indomptables, Manu Dibango et surtout la célébration de but.

«Ça m'est venu sur le moment»

Qu’on s’entende bien: Roger Milla n’est pas vraiment le premier à fêter son but. Mais alors que Pelé, Maradona ou encore Johan Cruyff se contentaient auparavant de saluer le public, lever le poing ou sauter sur le dos de leurs partenaires, le Vieux Lion érige ce soir-là la célébration au rang d’art. «Ça m'est venu sur le moment, à l'instinct, racontera-t-il à la BBC. Je ne pouvais pas le prévoir, parce que je ne savais pas si l'entraîneur allait me faire rentrer, et que j'allais marquer!».

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D'autant plus qu'à l'époque, le Vieux Lion, officiellement retraité en 1988, a déjà fêté son jubilé, qui a attiré près de 150 000 spectateurs. Mais sous la pression populaire, le président Paul Biya finit par le convaincre d’être le numéro 9 des Lions Indomptables en Italie. Et grâce au parcours plus qu’honorable du Cameroun (éliminé en quart de finale par l’Angleterre), Roger Milla aura l’occasion de danser quatre fois.

La célébration, une marque de fabrique

Vingt-six ans plus tard, trouver une célébration originale est devenue une véritable étape dans la construction de l’image, voire de la légende d’un joueur.  En 1994, l’image de l’attaquant brésilien Bebeto fait le tour du monde: papa depuis quelques jours, il se mime en train de bercer son enfant, entouré par ses coéquipiers Mazinho et Romario. En quarts de finale de l’Euro 2008, l’attaquant turc Semih Sentürk égalise dans les dernières secondes contre la Croatie, puis invite le public au silence… La Turquie se qualifiera aux tirs aux buts.

À l’inverse, certains joueurs ont quasiment déposé un brevet sur leur célébration de but, comme l’Italien Francesco Totti, qui suce son pouce en hommage à ses enfants, ou l’ancien attaquant du PSG Pauleta, qui mime le vol d’un aigle. Chez les Bleus, Dimitri Payet semble s’être attaché à sa célébration christique, quand Antoine Griezmann imite lui le rappeur Drake. Sans oublier le «Matuidi Charo», inventé par le rappeur Niska… et repris logiquement par le principal intéressé, Blaise Matuidi, milieu de terrain de l'équipe de France et du PSG.

Que reste-t-il alors de l’héritage de Roger Milla, noyé entre les gestes sulfureux de certains et les glissades sur les genoux reprises par à peu près tout le monde? Si le rappeur MHD lui rend hommage dans son morceau homonyme (et remet d’ailleurs au goût du jour le makossa), l’Afrique du foot ne l’a pas non plus oublié. À Arsenal, c’est par la danse qu’Adebayor le Togolais communiait avec Touré et Eboué les Ivoiriens, souvent accompagnés par Thierry Henry. Les Nigérians Obafemi Martins, à l'Inter Milan, ou Julius Aghahowa, au Shakhtar Donetsk, se sont fait une spécialité des saltos arrières (sept d'affilée pour Aghahowa lors du match Nigeria-Suède, record à battre). Alors que les Ghanéens Kevin-Prince Boateng (au Milan AC) et Michael Essien (à Chelsea) préféraient sortir leurs plus belles grimaces.

Plus récemment, le Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang, sacré meilleur joueur africain de l’année 2015, reste une référence en matière de style et de célébrations originales. Un peu comme Robert Kidiaba, le gardien congolais du TP Mazembe, dont on vous laisse découvrir la célébration de but ici

Mais le plus bel hommage à Roger Milla reste sans doute celui de Samuel Eto'o qui après avoir marqué un but avec Chelsea en 2014, s'est rué sur le poteau de corner pour en faire... une canne de vieillard. Un moyen, aussi, de se moquer indirectement de son coach José Mourinho, qui le jugeait trop vieux. 

Paul Verdeau

Journaliste à Slate Afrique. 

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