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Afrique du Sud: soupçons de censure

Spots de campagne de l'opposition suspendus, critiques contre le président Jacob Zuma éludées, interdiction de filmer les manifestations violentes: à cinq semaines d'élections municipales à haut risque pour le gouvernement, la télévision publique sud-africaine est soupçonnée de rouler pour le pouvoir, au point d'être accusée de censure.

"Pendant des mois j'ai renoncé aux valeurs qui me sont chères en pensant à tort que je serai plus efficace au sein de la SABC qu'à l'extérieur. Ce qu'il se passe à la SABC est mal et je ne peux plus faire partie de cela". 

C'est par ce communiqué lapidaire que Jimi Matthews, le PDG de la radio et de la télévision publique sud-africaine a annoncé lundi sa démission du premier média du pays.

Quelques jours plus tôt, trois salariés de la chaîne avaient été mis à pied pour avoir exprimé leur désaccord face à la ligne éditoriale.

La goutte d'eau de trop, dans un vase prêt à déborder depuis plusieurs mois, après une série de décisions de la SABC qui semble promouvoir une couverture plutôt favorable du gouvernement. 

Principale cible des critiques, Hlaudi Motsoeneng, chef des opérations mais véritable patron du groupe, proche de l'ANC, dont les méthodes sont réputées brutales. 

"Si vous n'adhérez pas à la politique de la SABC, c'est dommage! Il y a deux solutions: soit vous partez soit on vient vous trouver, nous n'allons pas nous excuser pour ça", a-t-il lancé au sujet des employés du groupe mardi, lors d'une conférence de presse. 

Fin mai, la chaîne a annoncé qu'elle ne couvrirait plus les destructions de biens publics lors des manifestations. Une consigne mise en pratique lorsque la SABC a assuré le service minimum lors des émeutes qui ont secoué la capitale Pretoria et fait cinq morts. 

Quelques jours plus tôt, le principal parti d'opposition, l'Alliance Démocratique (DA), a menacé de saisir la justice car la télévision publique refusait de passer ses clips de campagne en vue des élections municipales du 3 août.

"Ils ont retardé de quelques jours la diffusion de notre spot. Nous pensons que c'est parce que celui de l'ANC n'était pas prêt", confie à l'AFP Phumzile van Damme, la responsable de la communication de l'Alliance Démocratique.

- Un cap franchi -

Plus tôt cette année, la SABC a banni la lecture des gros titres des journaux de la presse écrite, parfois critiques envers le pouvoir, dans les émissions de radio du groupe.

"La SABC a joué un rôle majeur pour stabiliser la position de Jacob Zuma au pouvoir. Par exemple, ils sélectionnent désormais des analystes moins critiques envers l'ANC, dans leurs émissions", explique à l'AFP, Susan Booysen professeur à l'université sud-africaine du Wits.

Et fin février, des médias locaux avaient aussi rapporté que les appels des auditeurs critiques du président Zuma seraient désormais filtrés à la radio publique. 

"En cette année d'élections, Hlaudi Motsoeneng mène une campagne de censure politique pour protéger l'ANC de toute couverture médiatique négative", assure Phumzile van Damme. 

"Les gens disent qu'on censure les informations. Je ne sais pas ce que c'est la censure. Il n'y a pas de censure à la SABC", s'est défendu avec aplomb Hlaudi Motsoeneng, précisant que "tout le monde était heureux" au sein du groupe. 

Dans un communiqué publié mercredi, le ministère sud-africain de la Communication, dont dépend la SABC, a réaffirmé son soutien au conseil d'administration du groupe. "Certains individus veulent politiser ces questions et c'est regrettable qu'ils cherchent à marquer des points politiques là-dessus", précise le texte.  

Plusieurs journalistes sud-africains de différents médias ont néanmoins appelé à manifester vendredi devant les locaux de la SABC, pour dénoncer les "attaques contre la liberté d'expression". 

Pour Susan Booysen, cette situation au sein du diffuseur public est "typique" des périodes électorales. "Mais cette fois on a franchi un cap. Il y a un peu de paranoïa au sein de l'ANC car les élections vont être serrées", ajoute t-elle. 

Selon les derniers sondages publiés par l'institut Ipsos, l'ANC pourrait perdre trois grandes villes lors des élections municipales du 3 août.

Menacé par la DA à Pretoria, Johannesburg et Port Elizabeth (sud-est), le parti pourrait faire face à un premier revers d'envergure depuis son arrivée au pouvoir en 1994, à la fin de l'apartheid.  

AFP

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