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Trois ans après la chute de Morsi, main de fer et désenchantement en Egypte

Trois ans après la forte mobilisation ayant entraîné la chute du président islamiste Mohamed Morsi, les espoirs de démocratie se sont évanouis en Egypte face à une répression tout azimut menée au nom de la stabilité.

Le 30 juin 2013, des millions d'Egyptiens défilaient dans les rues du Caire et d'autres villes du pays pour exiger le départ d'un président jugé autoritaire et source de divisions.

Quatre jours plus tard, pour la seconde fois en moins de trois ans, l'armée entre en scène et destitue le président Morsi démocratiquement élu un an plus tôt.

Le chef de l'armée de l'époque, Abdel Fatah al-Sissi, prendra ensuite la tête du pays et sera élu en mai 2014 avec près de 97% des voix lors d'un scrutin boycotté à la fois par l'opposition islamiste et libérale.

"Lorsque je repense au 30 juin 2013, je crois que nous avons été manipulés et mobilisés par une partie de l'Etat lui-même", regrette l'avocat Gamal Eid, défenseur des droits de l'Homme.

Les manifestants ont été utilisés "non pas pour faire tomber les Frères musulmans et instaurer la démocratie, mais pour que l'armée - maillon du régime Moubarak - s'empare du pouvoir", déplore le directeur du Réseau arabe pour l'information sur les droits humains.

Durant l'été 2013, une implacable répression s'abat sur les partisans du président islamiste issu de la confrérie des Frères musulmans, dont les principaux cadres - Morsi le premier - sont arrêtés.

Elle atteint son paroxysme le 14 août lorsque les forces de sécurité tuent en quelques heures des centaines de pro-Morsi au Caire. Plus de 40 policiers ont également été tués ce jour-là à travers le pays.

- Répression -

La répression s'est ensuite élargie aux militants pro-démocratie fers de lance de la révolte contre Hosni Moubarak en 2011.

Des centaines d'islamistes, dont M. Morsi, ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs qualifiés par l'ONU de "sans précédent dans l'Histoire récente" du monde.

Comme plusieurs défenseurs des droits de l'Homme, M. Eid a été accusé d'avoir reçu des financements étrangers illégaux et est soumis à une interdiction de quitter le territoire. 

Appeler à manifester peut conduire en prison, comme partager sur Facebook une vidéo qui se moque du président ou porter un tee shirt contre la torture. 

"Sans exagérer, la situation actuelle des droits de l'Homme est la pire que l'Egypte ait connue dans l'histoire contemporaine" affirme M. Eid, dont l'organisation estime à quelque 60.000 le nombre de prisonniers politiques, en majorité des islamistes. 

Le gouvernement nie pour sa part l'existence de prisonniers "politiques", affirmant que les personnes détenues - notamment des journalistes - ont tous commis des crimes.

"90% de ceux qui sont en prison, c'est pour des affaires criminelles" a déclaré M. Sissi début juin, en promettant d'étudier le cas des 10% restant.

- Stabilité -

Le président ne cesse d'affirmer que l'instauration d'une démocratie en Egypte prendra des décennies, tout en assurant que son pays jouissait d'une liberté d'expression sans précédent.

"Ma priorité c'est de faire vivre les gens, les 90 millions d'Egyptiens. Et je ne les empêche pas d'exprimer leur opinion, je ne pourrais pas faire ça", a-t-il récemment déclaré.

Mais défenseurs des droits de l'Homme et journalistes affirment voir leurs marges de manoeuvre se réduire de jour en jour. Comme l'a illustrée l'arrestation le mois dernier de trois membres du syndicat des journalistes, dont son président Yehya Kallache, accusés d'avoir abrité deux reporters recherchés par la police pour avoir appelé à manifester.

A la réduction significative des libertés, s'ajoutent pour les Egyptiens d'autres motifs de frustration: l'incapacité des autorités à surmonter la crise économique et à mettre fin à l'insurrection jihadiste ayant causé depuis 2013 la mort de centaines de policiers et de soldats dans la péninsule du Sinaï.  

"Il y a chez une majorité de citoyens une certaine rancoeur concernant la politique économique" du gouvernement, souligne Mustafa Kamel Al-Sayyed, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire.

AFP

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