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Nigeria: l'inflation contraint la population

Ifeoma Ibeh, une mère de famille de Lagos, était en train de préparer son traditionnel ragoût pour le dîner, lorsqu'elle a remarqué que le piment, les oignons et les tomates avaient étrangement disparu. Un voisin s'était introduit chez elle pour lui dérober de la nourriture. 

Le coupable a reconnu son acte et a avoué qu'il n'avait plus assez d'argent pour s'acheter ces ingrédients. 

"Je n'avais pas d'autre choix que de lui pardonner. Il m'a dit qu'il avait faim et plus rien à manger", raconte Mme Ibeh à l'AFP, dans sa maison d'Oworonshoki, une banlieue est de la mégalopole économique nigériane. 

"Pour une casserole de ragoût, il faut compter 6.000 nairas environ (25 euros). Avant, c'était la moitié". 

Comme les habitants d'Oworonshoki, l'immense majorité des Nigérians souffrent d'une inflation galopante qui s'est envolée à 15,6% le mois dernier, un record, ces 6 dernières années. 

Et cela ne devrait pas s'améliorer avec la décision des autorités, la semaine dernière, de laisser flotter la monnaie après en avoir maintenu le cours artificiellement élevé pour tenter de garder des prix bas. 

Conséquence de cette dévaluation de fait, qui devrait à terme redonner du souffle à l'économie de la première puissance du continent africain, le naira a perdu 40% de sa valeur face au dollar en une seule journée, lundi. 

En mai déjà, tous les produits alimentaires importés avaient augmenté de 18,6% et le prix de l'essence avait grimpé de 67% en avril - conséquence de la chute du prix du baril qui a entrainé un manque de devises étrangères pour le 11e producteur de brut mondial. 

Le Nigeria couvre normalement 70% de son budget grâce à ses revenus pétroliers mais la chute mondiale des cours de l'or noir a plongé l'Etat dans une grave crise financière, le gouvernement manquant de devises et se retrouvant incapable de payer ses fonctionnaires.  

Les travailleurs du secteur public sont en grève dans la plupart des 36 Etats qui composent le Nigeria, certains attendant leur salaire depuis six mois. Le principal syndicat du pays, le National Labour Congress (NLC), réclame aussi une hausse du salaire minimum de 18.000 (80 euros) à 56.000 nairas (250 euros), affirmant que les salaires des fonctionnaires ne sont "plus réalistes" par rapport au coût de la vie. 

- Stratégies de survie -

Le secteur privé non plus n'est pas à l'abri de la crise.

Amaechi Abaje, assis devant sa petite échoppe du marché d'Oke-Arin sur Lagos Island, se lamente. 

"Les clients ne peuvent plus payer. Les prix sont trop élevés", reconnaît-il. 

Un sac de riz de 50kg, qui coûtait il n'y a pas si longtemps 8.000 nairas, se vend désormais près du double à 15.000 nairas (66 euros).

Il en va de même pour les haricots, le mil, la farine de manioc et de blé, l'huile et même le savon, énumère le marchand.  

"Mon magasin est presque vide. Je n'ai pas assez d'argent pour remplir les rayons, car mon capital a été érodé par la chute du naira", confie M. Abaje. 

Le président Muhammadu Buhari, élu l'an dernier sur la promesse de transformer le Nigeria, a reconnu cette semaine que le pays traversait des temps douloureux, expliquant qu'il fallait en passer par là pour remettre l'économie sur les rails. 

Un argument qui ne convainc pas vraiment Mary Idowu, restauratrice dans le quartier populaire d'Obalende. 

"Ce n'est pas le changement que l'on attendait quand on a voté" pour M. Buhari, lance-t-elle en référence à son slogan de campagne. "Les difficultés, là, c'est trop". 

Les Nigérians sont pourtant habitués aux temps difficiles. Face aux pénuries régulières d'essence, au manque chronique d'électricité ou encore à des services publics quasi-inexistants, ils ont toujours su adopter des stratégies de survie au quotidien. 

Aujourd'hui encore, ils n'ont pas failli à leur réputation. Ceux qui utilisaient leur voiture prennent désormais le bus. Et ceux qui prenaient le bus marchent pour éviter la hausse des prix des transports.  

On s'organise aussi entre voisins pour faire du covoiturage et diviser les frais. On saute aussi le repas de midi...

Pour James Adeola, un habitant d'Abule-Egba, un quartier proche de l'aéroport, "la priorité, c'est la nourriture, les frais de scolarité pour les enfants et la facture d'électricité".

AFP

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