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Au Caire, un ramadan éprouvant sous des températures accablantes

A 71 ans, rien n'empêche Abdallah Mohamed de jeûner pour le ramadan. Surtout pas son pénible emploi de balayeur de rue au Caire, et encore moins la chaleur accablante qui sévit en Egypte.

Avec les jours d'été les plus longs et des températures qui dépassent cette année allègrement les 40 degrés Celsius, voire 50 au soleil, le mois de jeûne sacré musulman est très éprouvant pour les fidèles, qui ne mangent ni ne boivent du lever au coucher du soleil.

"C'est vrai qu'à partir de 16H00, je commence à avoir soif", reconnaît le frêle Abdallah en poussant laborieusement sa charrette brinquebalante dans laquelle il accumule les monceaux de déchets et de poussière ramassés sur une place animée du centre du Caire. "Alors quand je rentre chez moi, je dors, et je me lève une demi-heure avant l'iftar", la rupture du jeûne, soupire-t-il.

Tous les jours après sa prière de l'aube, le septuagénaire au teint halé emprunte les transports en commun bondés pour deux heures de trajet entre son village de Dahchour et le centre de la tentaculaire capitale égyptienne peuplée de plus de 20 millions d'âmes.

Huit heures durant, il balaye les rues poussiéreuses, où des automobilistes n'hésitent pas à jeter par la fenêtre paquets de chips, canettes vides et même leurs sacs de poubelles, pour gagner un salaire quotidien équivalent à 2,5 euros.

"On prend l'habitude de ne pas avoir faim et de ne pas avoir soif", affirme le vieil homme qui, pour le souhour, le repas précédant le jeûne, doit se contenter de pain et de fromage, de pastèque ou de raisin.

"Celui qui a l'habitude de jeûner, il va le faire même au milieu des flammes", ajoute-t-il comme pour se donner du courage.

A quelques mètres de là, devant un restaurant de grillades, le chef Fathi dispose des poulets sur un gril, essuyant d'un revers de manche les gouttes de transpiration qui perlent sur son front, au milieu des volutes de fumée qui attisent la faim.

"Chez nous tous le monde jeûne, même les enfants", annonce fièrement le cuisinier de 37 ans.

Le respect du jeûne est imposé à tous les croyants qui ont passé l'âge de la puberté et même si les enfants en sont dispensés, il est recommandé de les y habituer progressivement.

Chez Fathi, les employés arrivent tôt le matin, mais commencent à préparer les viandes vers midi, soit sept heures avant l'iftar. Quand retentit l'appel à la prière annonçant la rupture du jeûne, ils ne peuvent pourtant pas se rassasier tout de suite. "Le plus important, c'est de servir les clients", explique Fathi.

- 'Doublement récompensés' -

Chaque année le début du mois sacré est avancé de 11 jours, puisque le calendrier de l'Hégire, auquel les musulmans se réfèrent, est calqué sur le cycle lunaire. Cette année, le ramadan tombe durant la période de l'année où les jours sont les plus longs --15 à 16 heures-- et les plus chauds.

"Depuis le début du ramadan, il y a des vents venus du désert oriental et de la péninsule arabique, où il fait très chaud en ce moment, donc on a constaté une hausse des températures et de l'humidité", explique Wahid Saoudi, un responsable de la Météo.

De quoi donner plus de sens à un hadith --ces paroles attribuées au prophète Mahomet-- qui veut que "ceux qui jeûnent en pleine chaleur soient doublement récompensés, en raison des difficultés de surmonter la soif".

Dans sa pharmacie du quartier populaire de Sayeda Zeinab, Mohamed Ibrahim assure cependant que des clients déshydratés se plaignent tous les jours de "maux de tête, de baisses de tension et de vertiges".

"Chaque jour, j'injecte des analgésiques à des patients de tous âges qui souffrent à cause du jeûne mais ne veulent pas le rompre", raconte-t-il. "Ils se plaignent de la chaleur et des longues heures de jeûne et me demandent comment gérer la fatigue".

Alors dans son atelier de mécanique, Reda Mohamadein se montre plus compréhensif avec ses employés car "avec ce temps, ils peuvent travailler maximum deux, trois heures par jour" "Et les gens ne sortent pas durant la journée. Tout est calme, très calme", lâche-t-il.

AFP

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