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Des femmes fuient des combats sur la route entre Goma et Bukavu, en novembre 2012. TONY KARUMBA / AFP
Des femmes fuient des combats sur la route entre Goma et Bukavu, en novembre 2012. TONY KARUMBA / AFP

Si des fillettes de 18 mois sont violées, pourquoi leurs agresseurs restent en liberté?

Dans l'est de la République démocratique du Congo, des dizaines de fillettes sont violées mais leurs agresseurs ne sont pas inquiétés.

Les récits d'atrocités commises dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) évoquent parfois la série Game of Thrones, où le viol est une arme de guerre. Mais en bien pire. Car en RDC tout est vrai et des milliers de vies sont chaque jour définitivement brisées. 

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La région du Kivu est ravagée depuis des années par les violences commises par des milices qui affrontent sporadiquement l'armée congolaise à la frontière rwandaise. Ces soldats sans foi ni loi laissent derrière eux des crimes sanglants: meurtres et viols de masse sont légions. Les villes de Bukavu et Kavumu sont particulièrement touchées. 

«Selon des militants des droits de l'homme, Kavumu cumule un taux de criminalité très élevé et un taux d'alphabétisation au plus bas. La ville traîne aussi une effroyable réputation: ces deux dernières années, elle a été le théâtre de plusieurs dizaines de viols de petites filles, parfois encore bébés, écrivait sur Slate.fr Lauren Wolfe, journaliste et directrice de Women Under Siege, une ONG qui documente les violences sexuelles au Kivu. 

Les footballeurs avant les victimes

Sur Slate Afrique, nous rapportions également comment les abus sexuels de masse avaient attiré de nombreuses ONG dans l'est du pays, et certaines d'entre elles ont clairement fait du viol «une industrie» en gonflant notamment les chiffres d'agressions sexuelles pour attirer toujours plus de donateurs et d'argent...

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Mais l'un des plus gros problèmes demeure l'impunité dont bénéficient les hommes coupables de viols. Pour les femmes victimes d'agression sexuelles, il est très difficile de voir son statut de «victime» reconnu par l'Etat. Et il est encore plus difficile d'obtenir une réparation financière de la part des autorités. Comme nous le racontions ici, le gouvernement congolais n'hésite pas à dire qu'il n'a pas les fonds nécessaires pour verser une réparation financière aux victimes de viols, mais dans le même temps, il offre des voitures neuves et rutilantes à une équipe de football victorieuse. 

«Le juge local est trop occupé»

Dans ce cadre, Lauren Wolfe rapporte dans les colonnes du journal britannique The Guardian une nouvelle affaire choquante. 

À Kavumu,  des hommes, par groupes de deux ou trois, ont violé ces derniers mois au moins 50 enfants âgés de 18 mois à 11 ans. Le procédé est souvent le même: ils droguent les parents avec des plantes et profitent de leur sommeil pour enlever les enfants en pleine nuit. L'un des suspects a été identifié par les autorités, mais aucune action en justice n'a été menée contre lui.

«J'ai passé plusieurs mois à essayer de comprendre les causes du retard de l'arrestation de cet homme et de ses complices, en vain. Je me suis entendu dire de nombreuses fois: "le juge local est trop occupé" ou "le dossier est toujours en cours de transfert entre deux administrations". Les rumeurs qu'un mandat d'arrêt avait été émis se sont transformées en rumeurs qu'aucun mandat n'avait été signé», raconte Lauren Wolfe dans The Guardian. 

À lire aussi sur Slate.fr: A Kavumu, petite ville du Congo, des dizaines de petites filles se font violer

Au moins deux enfants sont morts à la suite de sévices sexuels. Et les fillettes violées sont toutes très jeunes, extrêmement pauvres et mal nourries. 

«Leurs blessures étaient si atroces qu'un docteur très expérimenté de l'hôpital de Panzi, célèbre pour les soins qu'ils apportent à de très nombreuses femmes violées dans la région, m'a confié qu'il s'était évanoui devant celles d'une jeune fille», ajoute Lauren Wolfe.

Un enfer sur Terre. 

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Mise à jour du 22 juin 2016: La journaliste Lauren Wolfe a rapporté que suite à la publication de son article dans le journal britannique The Guardian, le principal suspect accusé d'être à l'origine de nombreux kidnappings et viols sur des enfants dans le région de Kavumu a été «soudainement arrêté» dans la nuit du 21 au 22 juin. 67 hommes qui agissaient sous ses ordres ont également été arrêtés. «Après que j'ai révélé ce que je savais, le gouvernement a réagi», poursuit Lauren Wolfe.

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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