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Une sculpture de gorille au zoo de Berlin, le 2 septembre 2013. ODD ANDERSEN / AFP
Une sculpture de gorille au zoo de Berlin, le 2 septembre 2013. ODD ANDERSEN / AFP

Derrière la polémique de la mort du gorille Harambe se cache aussi du racisme

On se rappelle du nom du gorille mais pas des enfants victimes de crimes racistes aux Etats-Unis.

Samedi 28 mai, la presse a rapporté la mort du gorille Harambe, un mâle de 17 ans pensionnaire du zoo de Cincinnati, abattu après qu'un garçonnet de 4 ans a chuté dans l'enclos. L'annonce s'est accompagnée de la vidéo sidérante, tournée par un visiteur, sur laquelle on voit le gorille attraper l'enfant avant de l'entraîner dans l'eau. Par sécurité pour la vie de l'enfant, l'animal a été abattu par le service de sécurité du zoo. Ce qui a déclenché une polémique entre experts pour savoir si la vie de l'enfant était menacée ou non par le singe, explique Slate.fr.

Mais les plus violentes critiques se sont portées sur les parents de l'enfant tombé dans l'enclos. 

«Deonne Dickerson et Michelle Gregg, les parents du petit garçon, font donc l'objet de vives critiques. La presse tabloïd s'est ainsi empressée de dresser le portrait de parents forcément défaillants en exhumant d'anciennes affaires criminelles impliquant le père, tout en consentant mollement que ce dernier semblait s'être rangé depuis quelques années», note Nadia Daam sur Slate.fr, en concluant que les parents ne peuvent pas être omnipotents et surveiller le moindre geste de leur enfant, surtout si celui-ci glisse sous des barrières pas assez sécurisantes. 

Des noms oubliés

Mais pour la journaliste Kirsten West Savali du site The Root, les critiques contre les parents de l'enfant tombé dans l'enclos cachent quelque chose de plus grave: du racisme. Après avoir noté que les tabloïds américains aient pleuré le sort du gorille sans se préoccuper des éventuelles blessures de l'enfant, elle critique la position des parents blancs qui ont plusieurs fois défendu des policiers ayant abattu par erreur des enfants ou adolescents noirs aux Etats-Unis ces dernières années, et qui prennent cette fois la défense du gorille plutôt que celle de l'enfant.

«Il y a des personnes blanches qui voient un gorille et son pelage noir et un enfant dans ses griffes et se prennent de compassion pour l'enfant; puis ils voient la peau métisse de la mère de l'enfant et deviennent méprisants. Ils regardent ensuite la peau noire du père et voient en lui un criminel (alors que ses délits sont anciens)», analyse t-elle.

Avant de poursuivre:

«Alors qu'on attend des personnes noires qu'elles pardonnent ceux qui les tuent, nous devons maintenant dire d'un gorille qu'il ne mérite pas de mourir pour prouver notre humanité. Nous devons l'appeler par son nom, quand les mêmes personnes qui sanglotent sur son sort ne connaissent même pas les noms des femmes et filles noires qui sont tuées et violées par des officiers de police...»

Un mème raciste en Australie

L'Agence France-Presse (AFP) a également rapporté qu'une photographie du gorille avait été détournée de manière raciste en Australie. Les administrateurs d'une page Facebook dédiée au football australien, AFL Meme, ont en effet repris une image du gorille avec l'enfant tombé à ses pieds pour la détourner avec le nom de la star du foot australien, Adam Goodes, un sportif qui a des origines aborigènes et a régulièrement subi des remarques racistes tout au long de sa carrière. 

Devant le tollé général provoqué par ce post, les gérants du compte ont posté un message d'excuse assez bizarre, tout en supprimant le premier post. «Nous postons tout ce qui nous semble drôle, afin que les gens puissent rire avec nos posts. Ces deux memes que nous avons postées hier nous ont été envoyés par un fan. Nous les avons postées parce que 80 % des gens rigolent avec ça. Si quelqu’un s’est senti offensé, nous sommes vraiment désolés. Il s’agissait juste d’une blague.»

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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