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En Sierra Leone, le redoutable défi des sages-femmes de campagne

Dernière session d'examens à l'école de sages-femmes de Masuba, dans le centre-nord de la Sierra Leone. Dans quelques semaines, 70 nouvelles accoucheuses fraîchement diplômées seront déployées à travers le pays qui connaît la plus forte mortalité maternelle au monde.

Créée en 2010, l'école, tout au bout d'une piste de terre cahotante et poussiéreuse, à plusieurs heures de voiture de la capitale Freetown, est seulement le deuxième centre spécialisé dans la formation de sages-femmes de ce pays de sept millions d'habitants.

Bien que la rémunération soit faible selon les critères locaux - environ 800.000 leones (175 euros) par mois, la demande est supérieure au nombre de places disponibles, dans une région où l'emploi est rare.

Le défi est pourtant écrasant: assurer la survie des mères et de leurs bébés, dans des localités reculées où le soupçon pèse sur les professionnels de santé et où le planning familial existe à peine.

Après l'épidémie d'Ebola, dont le pays est tout juste sorti cette année et qui a mis à l'épreuve un système de santé déjà précaire, la statistique nationale est de 1.360 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes. Un triste record, que le pays espère mettre à mal si davantage de sages-femmes sont formées.

"A l'endroit de ma première affectation, à Kabala (dans le nord du pays), les gens ne faisaient pas confiance aux hôpitaux", raconte Aminata Kanu, 23 ans, assise dans sa salle de classe avec des dizaines d'autres élèves sages-femmes en uniforme bleu et bonnet blanc.

"On les conseille, on leur explique l'importance d'être dans un hôpital", précise la jeune femme, découragée de voir que de nombreuses mères refusent encore de mettre leurs enfants au monde ailleurs qu'à la maison, en présence d'une accoucheuse traditionnelle.

Mais l'école insiste sur une approche respectueuse des sensibilités culturelles afin de pouvoir communiquer avec des patientes attachées aux techniques ancestrales.

A titre d'exemple, une des formatrices, Cecelia Lausana, montre un échantillon d'instruments traditionnels de contrôle des naissances utilisés dans certains villages: plumes à mettre dans les cheveux, bracelets en coton tressés...

Pour elle, ce serait une erreur de vouloir convaincre les femmes d'y renoncer, il faut plutôt leur montrer l'intérêt de les compléter par le planning familial. "Si nous rejetons les méthodes traditionnelles, nous n'arriverons pas à les amener aux méthodes modernes", explique-t-elle en souriant.

- Susceptibilités culturelles -

Il suffit d'une erreur culturelle pour compromettre tous ces efforts, prévient Halima Shyllon, une des instructrices principales. "Je reviens d'une localité majoritairement musulmane. Ils avaient envoyé un homme sage-femme ! Il se retrouve obligé de travailler avec l'accoucheuse traditionnelle et donner ses recommandations à travers la porte".

Là encore, mieux vaut s'attirer les bonnes grâces de ces accoucheuses rurales plutôt que de vouloir les supplanter, même si certaines d'entre elles gardent jalousement leur place, parfois au prix de morts maternelles supplémentaires, expliquent les formatrices.

Certaines communautés ne s'embarrassent pas de ces susceptibilités. Le village de Makali, au nord de Masuba, a interdit les accouchements à domicile, sous peine de se voir infliger une amende de 50.000 leones (environ 11 euros) par enfant.

Dans une salle de classe de l'école des sages-femmes, trône "Jessica" - du nom de la directrice - un mannequin grandeur nature de femme enceinte, don des Pays-Bas, qui permet aux élèves d'étudier dans de meilleures conditions.

C'est là que les formateurs ont pu montrer concrètement aux élèves de l'école comment l'excision, qui concerne près de 9 femmes sur 10 en Sierra Leone, provoquait des complications au moment du travail.

De tels accessoires restent rares. Il y a quatre ans, avant l'arrivée de "Jessica", les démonstrations se faisaient avec un outil rudimentaire: une paire de collants au milieu desquels était pratiquée une ouverture par laquelle sortait une peluche pour simuler l'accouchement.

A ce dénuement s'ajoute le problème des transports, aussi bien pour les praticiens que les patientes, souligne Halima Shyllon.

"Il y a des secteurs où la population est si éparse qu'il faut parcourir de longues distances pour arriver d'une localité à une autre", indique-t-elle. "Nous sommes encore loin d'un système d'ambulance dans ce pays".

AFP

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