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"Sam l'Africain", le Libanais pro-Gbagbo qui veut être député en Côte d'Ivoire

"Etre élu député de Côte d'Ivoire". C'est le rêve fou qu'affiche depuis son retour de la Cour pénale internationale, l'Ivoiro-Libanais "Sam l'Africain", qui a gagné un statut de vedette en témoignant à visage découvert pendant trois semaines au procès de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo à La Haye. 

Ses répliques d'une fausse naïveté qui prêtait parfois à rire, mais aussi ses pleurs en évoquant l'aide de Gbagbo à sa mère, son physique rondouillard et son boubou ont fait sensation au procès où son ancien mentor est poursuivi pour crimes contre l'humanité.

Dans les zones pro-Gbagbo, les gens suivaient régulièrement les témoignages de Sam Mohamed Jichi, retransmis en léger différé sur la chaîne panafricaine Africa24, notamment.

"Pour aider à la réconciliation, je serai candidat aux élections législatives et municipales en Côte d'Ivoire", prévues en fin d'année, affirme à l'AFP Sam l'Africain, président de la Nouvelle alliance de la Côte d'Ivoire pour la patrie (Nacip), un petit parti qu'il a pris en main en 2012. 

Commerçant faisant de l'import-export pour les uns, "magouilleur" pour les autres, Sam finance lui-même ses activités politiques. Il a prévu d'organiser une "grande marche pour la réconciliation" le 21 mai à Yopougon, quartier populaire pro-Gbagbo d'Abidjan, où un appel à la libération de M. Gbagbo sera lancé.

Le "Libanais de Gbagbo" a enchainé les tournées depuis son retour des Pays-Bas le 19 mars, avec pour point d'orgue une visite à Mama (ouest), village natal de Laurent Gbagbo.

D'origine libanaise, Sam Mohamed Jichi est né il y a 53 ans au Liberia avant d'immigrer très jeune avec ses parents en Guinée et de passer son adolescence en Côte d'Ivoire où il s'est marié avec une Ivoirienne avec laquelle il a eu quatre enfants.

Comme la plupart des "Libanais" de Côte d'Ivoire, il se lance dans le commerce, avant d'être piqué par le virus de la politique. Avec 80.000 personnes, la communauté libanaise de Côte d'Ivoire, est la plus importante d'Afrique. Installés parfois depuis quatre générations, ces Libanais sont majoritairement originaires du sud du Liban.

En 2012, il transforme en parti politique la Nacip, un mouvement proche de l'Alliance des jeunes patriotes de Charles Blé Goudé jugé avec Laurent Gbagbo à La Haye.

Les deux hommes répondent de "crime contre l'humanité" lors de la crise postélectorale 2010-2011 qui a fait 3.000 morts, après le refus de M. Gbagbo de céder le pouvoir à Alassane Ouattara, reconnu vainqueur par la communauté internationale de l'élection présidentielle de fin 2010.

- +Témoin des faits+ -

Dans sa maison de Marcory résidentiel, un quartier chic d'Abidjan, Sam trône dans un immense fauteuil rouge et or et explique sans détour son voyage à La Haye ainsi que ses ambitions politiques.

"Je suis allé me présenter comme un +témoin des faits+ de la crise" postélectorale, affirme-t-il. Pendant ses auditions, il a plutôt défendu Gbagbo alors que le parquet le présentait comme un "témoin à charge" et que certains partisans pro-Gbagbo l'avaient qualifié de "traître" avant son passage à la barre, craignant qu'il critique l'ancien président. 

"Je cautionne la CPI: je suis d'accord qu'on poursuive ceux qui ont commis des crimes. Mais je constate que cette Cour n'est pas libre et indépendante. La politique y a fait intrusion", déplore-t-il.

Alors que plusieurs personnes ont témoigné le visage caché et la voix brouillée pour les protéger, Sam l'Africain martèle "qu'un témoin n'a pas besoin de se cacher. celui qui vient dire la vérité, qui a vécu les faits doit parler à visage découvert".

"Je me sens libéré, j'ai l'impression d'avoir enlevé un fardeau de mon dos", avoue-t-il, invitant les autres témoins à avoir "ce courage au nom de la paix".

"Je circule sans garde de corps. Mon audition à la CPI a libéré les Ivoiriens. Je vais jouer ce rôle de réconciliation" affirme-t-il, très satisfait de sa prestation à La Haye, pour expliquer sa candidature.

"J'ai confiance, mon parti aura des députés et des maires", lance-t-il, habillé d'un grand boubou aux couleurs bigarrées. 

A ses détracteurs qui l'accusent de "jouer le jeu de certains politiciens, d'amuser la galerie voire d'être un opportuniste cherchant à profiter de sa nouvelle célébrité, il répond seulement: "Yalla! J'avance!" 

AFP

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