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Tchad: Idriss Déby Itno, un guerrier en politique

Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, le président du Tchad Idriss Déby Itno, réélu pour un 5e quinquennat, reste un guerrier dans l'âme, ennemi implacable des jihadistes, mais n'est pas parvenu à sortir de l'extrême pauvreté la population tchadienne.

Portant le boubou, le costume trois-pièces ou le treillis, le regard souvent masqué par des lunettes teintées aux fines montures, celui qui assure la présidence en exercice de l'Union africaine (UA) a été réélu à la tête du Tchad au 1er tour, organisé le 10 avril, avec 61,56% des voix, selon les résultats provisoires publiés jeudi soir par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Après 26 ans de pouvoir.

Ces dernières années, il a acquis une stature de premier plan sur le continent grâce à sa redoutable armée.

En première ligne aux côtés des soldats français, ses troupes sont parties à l'assaut des jihadistes du Nord-Mali en 2013, puis sont intervenues en 2014 en Centrafrique avant de se retirer suite à des accusations d'exactions. Et début 2015, l'armée tchadienne lance une vaste offensive au Cameroun, au Nigeria et au Niger contre les islamistes de Boko Haram. Idriss Déby qualifie le groupe ayant rallié l'organisation Etat islamique (EI) de "horde d'illuminés et de drogués".

Cette détestation de longue date des jihadistes est d'ailleurs un trait de caractère du président tchadien, musulman, dans un pays où les chrétiens forment plus d'un tiers de la population.

A l'heure de la mobilisation internationale contre les groupes jihadistes, ses interventions lui valent de solides appuis chez les Occidentaux, particulièrement en France, ancienne puissance coloniale et alliée de longue date. "C'est un homme clé (...) c'est un des rares qui ait une vision" dans la région, souligne un haut responsable français.

- Pas de retraite pour le guerrier -

Mais à N'Djamena, ce soutien plus qu'appuyé inquiète certains. Dès 2014, le chef de file de l'opposition, Saleh Kebzabo - arrivé 2e à la présidentielle du 10 avril et qui a qualifié les résultats de "hold-up électoral" - demandait "instamment aux partenaires économiques du Tchad, en particulier la France, d'être de plus en plus exigeants sur la gouvernance économique, le respect des droits humains" face à un "régime qui a acculé la population à une paupérisation croissante et excelle dans la gestion patrimoniale de l'Etat".

Illustration de la lassitude et du malaise social dans une partie de la population, ces dernières semaines des manifestations - interdites - de la société civile l'avaient appelé à ne pas se représenter.

Mais pour le chef de guerre, pas question d'envisager la retraite, ni sa succession. "Il prépare d'autant moins la suite qu'il est convaincu d'être immortel, il se comporte comme un guerrier", explique une source française.

Pour le président, la vie est une succession de combats depuis sa naissance en 1952 à Berdoba (nord-est) dans une famille zaghawa, une branche du groupe gorane, présente de part et d'autre de la frontière tchado-soudanaise.

- Destin croisé avec Habré -

Le jeune Déby se destine rapidement au métier des armes. Baccalauréat en poche, il entre à l'école d'officiers de N'Djamena puis décroche en France son brevet de pilote.

Rentré au pays, il lie son destin à celui d'Hissène Habré - actuellement en attente du verdict de son procès à Dakar pour crimes contre l'humanité - qui prend le pouvoir en 1982. Commandant en chef des armées, Idriss Déby voit son aura croître avec la guerre de "reconquête" qui permet au Tchad de reprendre le Nord occupé par les Libyens.

Conseiller militaire du président, il est accusé de complot en 1989 et s'enfuit en Libye, puis au Soudan. Il y fonde sa propre armée, le Mouvement patriotique du salut (MPS).

En décembre 1990, ses troupes prennent N'Djamena. Au pouvoir, il ouvre le pays au multipartisme. Elu en 1996 et réélu depuis, l'opposition lui reproche des fraudes électorales, malgré son entrée en 2003 dans le club des pays producteurs de pétrole, et l'extrême pauvreté du peuple.

Au fil des ans, Déby déjoue complots et attaques ou "rezzous" de rebelles qui arrivent aux portes du palais présidentiel en février 2008.

De source militaire, la France avait alors proposé au président de l'évacuer. Il avait refusé, jurant de garder le pouvoir, ou de mourir, armes à la main.

Cette attaque est l'une des ombres du long parcours du président-soldat: dans la confusion de l'après-combat, un des principaux opposants, Ibni Oumar Mahamat Saleh, avait été arrêté par les forces de sécurité. Il est depuis donné pour mort.

AFP

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