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Port Elizabeth, la ville sud-africaine qui fait trembler l'ANC du président Zuma

Dans son bidonville de Port Elizabeth, Kwanele Mpehlo se sent "abandonné par le gouvernement" sud-africain: il ne votera plus pour l'ANC au pouvoir, lors des municipales d'août, un scrutin à haut risque pour le président Jacob Zuma, affaibli par plusieurs scandales.

En ouvrant la porte branlante de la cabane en bois où il vit, à Veeplaas, dans la banlieue de Port Elizabeth (sud), ce gardien de sécurité âgé de 39 ans ne cache pas son amertume envers le parti de Nelson Mandela qui a libéré l'Afrique du Sud du régime ségrégationniste de l'apartheid, en 1994.

"Nous n'avons pas d'eau, pas de toilettes. Des représentants de la mairie nous promettent qu'ils vont nous reloger mais on n'a toujours rien vu. On se sent abandonnés (...) par ce parti qui était censé représenter le peuple noir et nous sortir de la pauvreté", déplore-t-il.

Le Congrès national africain (ANC) règne sans partage depuis 1994 sur les grandes villes d'Afrique du Sud, hormis le Cap (sud-ouest), où le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), est aux affaires.

Mais ces dernières semaines, les scandales qui ont ébranlé Jacob Zuma, reconnu coupable d'avoir violé la Constitution en utilisant de l'argent public pour rénover sa résidence privée, ont donné espoir à l'opposition. 

Avec 36% de la population et près d'un jeune sur deux sans emploi, Port Elizabeth connaît le plus fort taux de chômage parmi les grandes villes sud-africaines.

Surfant sur ces résultats décevants, le candidat de la DA pour les municipales du 3 août est persuadé que, dix ans après le Cap, une deuxième grande ville du pays peut basculer dans l'opposition.

"Nous sommes convaincus que les résultats de l'ANC en matière de services publics, leur mauvaise gouvernance, les accusations massives de corruption seront des facteurs qui vont aggraver leur déclin", espère Atholl Trollip. 

Cet agriculteur blanc de 52 ans, qui parle aussi bien l'afrikaans de la minorité blanche que le xhosa de la majorité noire, défiera Danny Jordaan, l'actuel maire et ancien organisateur en chef du Mondial de football de 2010.

En 2011, lors des dernières municipales, la DA avait réuni 40% des voix à Port Elizabeth, onze points seulement derrière l'ANC qui avait conservé une courte majorité absolue. 

Trois ans plus tard, l'écart s'était resserré lors des élections générales, avec 48% pour l'ANC contre 42% pour la DA dans la métropole.

Consciente de la menace qui plane sur cette ville de l'Océan indien, l'ANC a choisi mi-avril le stade de la sixième ville d'Afrique du Sud avec plus d'un million d'habitants pour lancer sa campagne des municipales, en présence de Jacob Zuma.

Même si le parti au pouvoir n'a pas réussi à remplir l'enceinte de 46.000 places, ses cadres assurent que la ville de "P.E" ne peut leur échapper.

- Une partie loin d'être gagnée -

"Nous pensons que nous n'allons perdre aucune municipalité. Les gens connaissent nos résultats et ont confiance en notre expérience et en notre vision", a assuré dans le stade le ministre de l'Intérieur, Malusi Gigaba, interrogé par l'AFP. 

"L'opposition cherche désespérément tout ce qu'elle peut trouver pour combattre l'ANC", a renchéri la présidente du parlement sud-africain, Baleka Mbete. 

La partie est effectivement loin d'être gagnée pour l'opposition. A Wells Estate, au nord de Port Elizabeth, une foule dense de plusieurs centaines de personnes vêtues aux couleurs jaunes et vertes de l'ANC s'est massée pour attendre l'arrivée du président Zuma. 

Bain de foule, discours enflammé en xhosa, ovation: malgré les scandales le chef de l'Etat jouit toujours d'une bonne cote de popularité dans les quartiers pauvres.

L'approvisionnement en eau et en électricité est encore chaotique, mais l'ANC y a construit de nombreuses maisons en dur, données gratuitement aux habitants les plus pauvres.

"Ce quartier a commencé son développement en 2002 et en ce moment 1.280 logements sont en construction", se félicite la conseillère municipale ANC du township, Nondikho Gana.

Au plus haut niveau du parti, les instances dirigeantes font officiellement bloc autour du président Zuma mais une défaite le 3 août, à Port Elizabeth dans la province natale de Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid, serait un camouflet pour le chef de l'Etat. 

Selon des analystes, la question de la suite de son mandat qui doit s'achever en 2019 pourrait alors être remise en question.

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