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Upper Omo Valley, Ethiopia. Crédit photo: Rod Waddington via Flickr, licensed by CC
Upper Omo Valley, Ethiopia. Crédit photo: Rod Waddington via Flickr, licensed by CC

Il faut sauver les forêts éthiopiennes pour continuer à boire du café

L'une des solutions: avoir recours aux communautés locales pour assurer l’avenir du café sauvage.

Le café est consommé chaque jour par des millions de personnes. Seconde marchandise la plus échangée au monde, il nous vient d’Éthiopie, mais dans ce pays d’Afrique certains territoires essentiels à sa culture son menacés.

L’Éthiopie n’est pas uniquement composée de déserts poussiereux, loin de là. Le pays abrite aussi de hautes terres accidentées et des forêts tropicales luxuriantes. L’arabica pousse ici dans sa forme sauvage. C’est à ce titre que les forêts du sud-ouest éthiopien sont considérées comme le berceau du café et le cœur de sa diversité génétique.

Mais ces espaces forestiers qui constituent un authentique réservoir génétique sont sous pression: au cours de ces 40 dernières années, la déforestation a entraîné la perte d’un tiers de la couverture forestière du sud-ouest. Si rien n’est fait, cette perte pourrait devenir totale dans les prochaines décennies.

La protection de ces forêts est donc essentielle, car le café destiné à la consommation a été sélectionné au fil des ans pour assurer des rendements élevés et d’autres caractéristiques utiles à sa commercialisation. Mais il repose aujourd’hui sur un nombre restreint de plantes : il s’agit donc d’une gamme génétique relativement étroite – représentant seulement 10 % de la diversité présente à l’état sauvage. Cette situation rend le café cultivé plus vulnérable aux parasites – menace à laquelle s’ajoute celle du changement climatique.

Crédit photo: AndreDea via FLickr, licensed by CC.

Le «château d'eau» du Nil

Le café sauvage présente, lui, une plus grande diversité génétique, ce qui augmente ses chances de pouvoir s’adapter aux nouveaux défis et réduit la probabilité de son extinction. Il s’agit ainsi d’une sorte d’assurance pour le café de plantation au cas où les souches exploitées seraient gravement endommagées.

Ces forêts jouent également un rôle essentiel en tant que «château d’eau» du Nil et également comme lieu de stockage du carbone permettant de stabiliser le climat et de renforcer les précipitations en amont dans les régions montagneuses du nord éthiopien souvent touché par la sécheresse.

Mais le maintien de ces écosystèmes forestiers est difficile. Les précipitations dans le sud-ouest éthiopien sont bonnes et le sol y est fertile : il y existe dans ces zones une longue tradition de personnes se déplaçant, notamment en provenance du nord du pays sec et densément peuplé, pour venir cultiver. Quand on ajoute à cela l’appétit des plantations de café et de thé pour de nouvelles terres, les parcelles agricoles empiètent de plus en plus sur la forêt. Cette dernière est devenue un espace ouvert sans personne pour la protéger.

Dans une tentative pour assurer une meilleure protection des ressources forestières du pays, le gouvernement éthiopien a adopté un plan national de gestion forestière participative (PFM), qui confère des responsabilités de gestion aux communautés vivant près des forêts auxquelles elles ont traditionnellement accès.

Une vidéo de présentation du projet Wild Coffee Conservation.

Gestion communautaire

Dans le cadre de ce plan, les communautés élisent des «groupes de gestion forestière», incluant les femmes, pour administrer le peu de territoire forestier pour lequel elles ont obtenu des droits permanents garantis par le gouvernement. Ces groupes peuvent ainsi contrôler l’accès à la forêt et prévenir la déforestation. En contrepartie de droits fonciers et de droits d’usage sécurisé, la communauté doit veiller à ce que la forêt naturelle soit maintenue.

Ce travail de surveillance prend du temps, une ressource très précieuse pour l’agriculture de subsistance. Les droits sur le café, le miel, les épices et autres produits forestiers fournissent donc un moyen de subsistance supplémentaire en guise d’indemnisation pour la protection de l’espace forestier. De la sorte, protéger la forêt présente un intérêt qui dépasse des appétits agricoles. C’est une manière efficace de motiver les populations à protéger ces précieuses ressources.

Ces six dernières années, le projet Wild Coffee Conservation a ainsi travaillé avec 55 groupes de gestion forestière pour assurer la protection de près de 60 000 hectares de forêts dans le cadre du PFM. À ce jour, les résultats sont encourageants : dans la zone concernée par le projet, la déforestation a été ramenée à un douzième de celle relative aux zones non protégées.

Un café de haute qualité

Les coopératives locales qui commercialisent les produits forestiers produisent en outre un café de haute qualité à partir des pieds sauvages présents en forêt. Ce café est vendu sur le marché international trois fois plus cher que celui commercialisé habituellement.

Si cette initiative est rassurante, il faudra fournir des efforts supplémentaires pour obtenir un avantage concurrentiel sur l’agriculture. D’autres paiements écosystémiques (qui rétribuent les propriétaires fonciers en échange de la gestion de leurs terres en préservant les ressources naturelles), contribuant au maintien de la biodiversité et au stockage du carbone sont nécessaires. Il est également essentiel de développer des réseaux de commercialisation pour le miel et les épices.

Avoir recours aux communautés locales pour assurer l’avenir du café sauvage et des forêts permet de protéger ces écosystèmes forestiers tout en garantissant des compléments de revenus aux populations. Un tel système est durable – contrairement à beaucoup d’autres approches protectionnistes telles que les réserves de biosphère qui reposent sur la fluctuation des fonds publics et excluent les gens. Or nous avons besoin d’eux: il faut leur donner la responsabilité de la forêt pour qu’ils la sauvent en préservant sa diversité génétique. Car c’est ainsi que nous pourrons continuer à déguster lattes et cappuccinos…

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Par Researcher, Centre for Sustainable and Resilient Communities, University of Huddersfield

The Conversation

La version originale de cet article a été publiée le 13 avril sur The Conversation.

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