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Burundi: des intellectuels dénoncent la "chape de plomb" qui s'est abattue sur le pays

Une soixantaine d'intellectuels du monde entier ont dénoncé mercredi la "chape de plomb" qui s'est abattue sur le Burundi, donné en exemple hier mais aujourd'hui en crise, dans une lettre ouverte publiée mercredi par le dernier journal indépendant burundais.

"A l'Université du Burundi, qui pourrait être un rempart face à la résurgence de la violence et des manipulations idéologiques (...), la peur a réduit à néant l'espace de débat et d'analyse", dénonce cette tribune. 

Intitulée "Que reste-t-il de la liberté de pensée au Burundi?", elle est signée dans le journal Iwacu par 61 "chercheurs et enseignants" en lien avec le Burundi et en provenance de prestigieuses universités africaines, américaines ou européennes.

Les collègues burundais "qui marquent ouvertement leur désaccord" avec l'une ou l'autre partie "sont intimidés et parfois disparaissent", alors que ceux qui "ont fui le pays craignent que la moindre déclaration critique ne mette en danger leurs proches restés au Burundi", s'insurgent-ils, constatant qu'"une chape de plomb s'est abattue sur le pays".

Pour ces intellectuels, le Burundi "présenté depuis plus de 10 ans comme un modèle de consolidation de la paix, et de la liberté d'opinion et d'expression", est devenu "en l'espace de quelques mois (...) un pays où les gens se taisent de peur de devenir la cible de violences à cause de ce qu'ils sont ou de ce qu'ils pensent".

Le Burundi est plongé depuis près d'un an dans une crise politique profonde, née de la volonté du président Pierre Nkurunziza de se maintenir au pouvoir pour un troisième mandat, qu'il a obtenu en juillet.

Les violences, désormais armées, ont déjà fait plus de 400 morts et poussé plus de 250.000 personnes à quitter le pays, alors que l'ONU et les organisations des droits de l'Homme ont dénoncé de nombreux cas d'arrestations arbitraires, de torture, de disparitions forcées, d'exécutions extrajudiciaires, ainsi que l'existence de fosses communes.

Ces intellectuels "condamnent" donc "une pensée unique qui s'installe, refusant le débat et la contradiction, et qui manifeste ce refus avec la plus grande violence". "Le Burundi a plus que jamais besoin de citoyens critiques et de décideurs capables de s'appuyer sur une analyse nuancée de la situation", estiment-ils au contraire.

Les principales radios indépendantes ont été détruites alors qu'une centaine de journalistes, la dynamique société civile de ce pays et la quasi-totalité des leaders d'opposition ont fui en exil. 

Ces intellectuels "exhortent" le gouvernement burundais à garantir "un espace de débat et de réflexion" et appellent la communauté internationale à "se mobiliser pour défendre (...) la liberté de pensée et d'expression" au Burundi.

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