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Des soldats ougandais patrouillent à Obo en Centrafrique, le 11 mai 2014. Crédit photo: AFP Stringer
Des soldats ougandais patrouillent à Obo en Centrafrique, le 11 mai 2014. Crédit photo: AFP Stringer

En Centrafrique, la radio comme arme contre la LRA

Dans le sud-est de la Centrafrique, les habitants, loin de tout combattent, la LRA de Joseph Kony avec une tactique bien particulière.

«Charlie six, ici India one... La ronde va commencer!». Dans la petite salle de radio, vouté au-dessus du micro, Joanick, l'opérateur, appelle les hameaux alentour depuis Obo, dans le sud-est de la Centrafrique. Le rendez-vous est quotidien: aux aurores, chacun doit signaler à la base s'il a subi une attaque des rebelles ougandais de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA).

Obo, petite ville tout en tons ocre dont les routes de latérite sont bordées de huttes en terre, est nichée près de la frontière sud-soudanaise. Elle n'a connu ni les exactions des ex-rebelles de la Séléka, ni celles des milices anti-balaka, qui ont ravagé le reste du pays. Ici, le danger est tout autre. La LRA, rébellion créée en Ouganda à la fin des années 1980, s'est désormais installée dans cette région. Tapis dans la forêt, ses combattants n'en sortent que pour attaquer les convois routiers, piller les villages, enlever femmes et enfants.

Les habitants vivent en quasi-autarcie, sans contact avec la lointaine capitale, Bangui. Le nouveau président, Faustin Touadéra, y a effectué une visite fin mars à la demande des Américains qui traquent depuis des années le sinistre chef de la LRA, Joseph Kony. C'était le premier déplacement d'un président à Obo depuis l'indépendance en 1960.

Discussions codées au son des tam-tam

Le petit contingent des Forces armées centrafricaines (FACA) ne dispose que de matériel vétuste et n'a pas été relevé depuis un an. Alors la population a pris en main sa propre sécurité, communiquant par rythmes codés de tam-tam ou de sifflets. Et depuis 2010, l'organisation américaine Invisible Children équipe les chefs de village de radios haute fréquence et de téléphones satellite.

Soudain, Dembia, à quelques kilomètres à l'ouest, rapporte une attaque. Un groupe d'assaillants est entré dans le village, dévalisant les boutiques et brûlant des maisons. «Maisons brûlées, OK», répète Joanick. «Kidnappings?», interroge-t-il: «ils ont capturé trois éleveurs», confirme l'opératrice, précisant que ceux-ci ont été relâchés par la suite.

Aussitôt, l'alerte est relayée aux trois forces basées à Obo pour contrer la LRA: l'armée ougandaise, principal contingent d'une mission régionale de l'Union africaine, des soldats centrafricains, et une unité d'élite américaine qui fournit un soutien logistique.

«Dès que nous sommes informés, les trois armées se réunissent pour définir un plan d'action», détaille le capitaine centrafricain Pétro Koni Zézé. C'est l'unité qui dispose d'effectifs au plus proche du point attaqué qui interviendra. 

La LRA opère par petits groupes dans une immense étendue de forêt au Soudan du Sud, en Centrafrique et en République démocratique du Congo. «Ils sont bien armés et, surtout, doués pour se cacher dans la forêt», explique le capitaine. Ni les avions et hélicoptères de combat américains qui effectuent des rondes et transportent les soldats, ni les véhicules tout terrain ne parviennent à les neutraliser.

«Les chefs ont tous une radio dans la brousse»

La population opte à nouveau pour une approche différente. Un réseau de radios FM, soutenues par des organisations comme Invisible Children et Catholic Relief Services, diffuse des émissions sur la LRA, dont certaines sont destinées à ses combattants. 

«En allant chercher des fagots, prenez la fuite. En allant puiser de l'eau, prenez la fuite», martèle un de ces messages, en ajoutant que les déserteurs seront pris en charge. «Les chefs ont tous une radio dans la brousse», confirme Solange, 17 ans, arrivée à Obo après cinq ans de mariage forcé à un chef de la LRA: «ils nous réunissaient autour du poste pour nous dire que ce sont des mensonges, mais personne n'était dupe».

C'est en partie grâce à ces messages qu'elle a trouvé le courage de s'enfuir. 

Depuis janvier, plus de 200 personnes ont été capturées par la LRA en Centrafrique, selon l'ONG The Resolve, le double que durant toute l'année 2015. Dominic Ongwen, un de ses commandants les plus redoutés, a été remis à la CPI. Il doit répondre de 70 accusations de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Selon l'ONU, la LRA a tué plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60.000 enfants d'abord dans le nord de l'Ouganda, puis au gré de son exil dans les pays voisins.

Slate Afrique avec AFP

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