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Nigeria: une radio locale se joint

Après l'offensive l'année dernière des islamistes de Boko Haram sur un village isolé du nord-est du Nigeria, à la frontière avec le Niger, les habitants terrorisés avaient fui massacres et pillages et trouvé refuge dans le maquis.

Livrés à eux-mêmes, le désespoir les avait poussés à appeler une station de radio située à des centaines de kilomètres, à Kano, la grande ville du nord du pays.

"Les villageois affolés nous ont contactés depuis un téléphone portable et nous ont fait part de leur détresse", explique Umar Said Tudun-Wada, directeur de la radio locale Dandal Kura. "Les informations qu'ils nous ont fournies ont permis aux forces de sécurité d'aller les secourir".

La radio Dandal Kura, premier média consacré au conflit, émet trois heures par jour depuis début 2015 dans les zones sous le joug de Boko Haram depuis sept ans. 

Trente personnes y travaillent, dont 11 reporters répartis sur les rives du lac Tchad, où vit la majorité de la population kanouri : au nord-est du Nigeria, au nord du Cameroun, au sud-ouest du Tchad et au sud du Niger.

"Les 9 millions de Kanouri qui vivent autour du lac Tchad, notamment dans l'Etat de Borno, au nord-est du Nigeria, ont besoin d'une voix pour soutenir l'offensive contre Boko Haram, car ce sont eux les plus persécutés", poursuit le directeur de la radio.

Les studios de Dandal Kura sont situés dans un immeuble qui abrite également Radio Liberté, une radio privée dont Umar Said Tudun-Wada a été le directeur général.

Mais elle compte déménager à Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno et berceau de Boko Haram, une paix relative semblant revenir dans cette ville durement frappée par les combats. 

Le mouvement Boko Haram, né en 2002 à Maiduguri, se base sur des affinités ethniques et linguistiques pour enrôler de jeunes Kanouri.

Leur colère face à la pauvreté, au chômage et à l'analphabétisme est le meilleur argument de Boko Haram pour les convaincre de rejoindre leurs rangs.

- Sensibiliser la population -

Dandal Kura, qui signifie "grande place" en Kanouri, ambitionne de devenir une plateforme d'échanges pour les villageois touchés par les combats.

Pour la responsable des réseaux sociaux à Dandal Kura, Yagana Kachallah, la radio a un rôle particulier à jouer face au nombre important d'attentats à la bombe ou d'attentats suicides dans la région.

"Il faut sensibiliser la population du nord-est, les victimes de violences, et leur expliquer comment riposter aux attaques de Boko Haram. Pour cela, il faut leur parler dans leur langue", précise-t-elle. 

C'est pour cela, par exemple, que des clercs musulmans prennent l'antenne un quart d'heure par jour pour contrer l'idéologie islamiste et dissuader de potentielles recrues de rejoindre Boko Haram.

La radio diffuse également des conseils sur la façon de réagir en cas d'approche par un recruteur de Boko Haram, ou sur les moyens de repérer un kamikaze et d'agir en cas d'attaque.

"Ces conseils ont déjà permis de sauver des vies: après un attentat, les populations, désormais averties des risques de répliques, ne se rassemblent plus autour du lieu de l'explosion" déclare Umar Said Tudun-Wada.

Selon Yagana Kachallah, de nombreux auditeurs réagissent pendant les émissions sur les réseaux sociaux. "Nous recevons en moyenne 120 messages par semaine", précise-t-elle, un taux qui a beaucoup surpris Dandal Kura.

Pour les populations musulmanes du nord du Nigeria, où le taux d'analphabétisme est très élevé, la radio est le média privilégié pour s'informer.

D'autres radio comme la BBC, Radio France Internationale (RFI) ou Voice of America (VOA), suivent ce mouvement et ont ouvert des antennes locales en langue haoussa, dominante dans le nord du pays.

"Si l'on obtient suffisamment de dons, on voudrait ouvrir des stations dans d'autres pays, notamment autour du lac Tchad, afin de renforcer l'influence de Dandal Kura dans la lutte contre Boko Haram", espère Umar Said Tudun-Wada.

La demande d'une radio en langue kanouri est aussi très forte au-delà de la région du lac Tchad. Récemment, après avoir été sollicités jusqu'au Soudan, Dandal Kura a détaché un correspondant à Khartoum.

AFP

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