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Le rap des insurgés libyens

«Plus de silence, plus de peur, plus de mensonges, plus de larmes, plus de violence, plus de cris.» Les paroles de l’album des FB 17 résonnent dans les rues de Misrata comme un véritable hymne. Les rebelles de ce groupe de rap sont devenus de véritables stars dans la ville assiégée et sur le front des insurgés, rapporte ce vendredi 1er juillet 2011 le Guardian.

La naissance de FB 17, qui chante en anglais et en arabe, est intrinsèquement liée avec celle du mouvement de contestation contre Mouammar Kadhafi. Plusieurs membres du groupe avaient rejoint la rébellion en février, et troqué par la suite leurs roquettes contre guitares et micros:

«Les gens se battent avec leurs armes, nous nous battons avec nos voix», explique Mohammed Derrija, 22 ans, surnommé «Modee».

Les cinq jeunes Libyens ont choisi FB 17 en référence à la «journée de la colère» du 17 février 2011, jour de l’explosion de la rébellion, réprimée par le régime, faisant au moins huit morts et une dizaine de blessés.

Leur album, No More Lies («Plus de mensonges», dont le single éponyme à écouter par ici), a été réalisé entre mars et avril 2011, alors que les insurgés tentaient de repousser les chars des forces pro-Kadhafi de Misrata. Les champs de bataille sont leur principale source d'inspiration:

«On écrit juste ce qu’on voit devant nous», résume Modee pour expliquer ce travail de témoignage.

Un avis partagé par Nidal Hassen, un journaliste de Radio Misrata:

«Après la révolution, beaucoup de groupes sont nés à Benghazi, il y en a des centaines; mais à Misrata il n’y en a qu’un. Leurs chansons, ce ne sont pas que des mots. Ils saisissent tout ce qu’on ressent.»

Après la censure sous Kadhafi, c’est l’effusion des mots et des idées pour FB17:

«Avant on ne pouvait rien faire, on ne pouvait rien écrire, raconte Abdullah. On avait des idées mais Kadhafi nous disait de n’écrire que sur sa famille ou son armée, et c’est tout.»

Si l’absence de liberté d’expression est levée, il reste néanmoins beaucoup de difficultés techniques —ce qui ne fait pas pour autant dévier ces passionnés de leur mission. Entre les coupures de courant et les coups de feu, dans un studio pas plus grand qu’une cabine téléphonique, FB 17 prépare un nouvel album en hommage aux morts de la rébellion.

«On inspire les combattants, on leur donne le courage de se battre», s'enthousiasme Modee.

Lu et entendu sur le Guardian