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Mohsen Marzouk, l'ex-directeur de campagne du président tunisien, au coeur des révélations de Inkyfada. Photo: FETHI BELAID/AFP
Mohsen Marzouk, l'ex-directeur de campagne du président tunisien, au coeur des révélations de Inkyfada. Photo: FETHI BELAID/AFP

En Tunisie, les révélations du «Panama Papers» ne passent pas

Le site d’information tunisien Inkyfada qui a participé à l’enquête «Panama papers» a été victime d’un piratage informatique suite à des révélations le 5 avril.

Dans les filets du «Panama Papers», on retrouve le nom d'un proche du président tunisien: Mohsen Marzouk, qui a pris contact avec le cabinet panaméen Mossack Fonseca pour ouvrir une société offshore en plein entre-deux-tours de l'élection présidentielle tunisienne en décembre 2014 alors qu'il était directeur de campagne de Caid Essebsi.

C'est le site d'information tunisien Inkyfada, l’un des 109 médias dans le monde ayant participé à l’enquête «Panama papers», qui a révélé ce scoop, en partenariat avec le Réseau africain des centres pour le journalisme d'enquête (Ancir), mardi 5 avril. Mais quelques heures après ces révélations, Inkyfada a annoncé, via un message posté sur le réseau social Twitter, avoir été piraté. L'article n'est désormais plus visible sur le site d'information tunisien qui est temporairement fermé, mais est toujours visible sur le site de l'Ancir.

Dans un communiqué, l'ONG Reporters sans frontières a affirmé qu'elle dénonçait «vigoureusement cette cyber-attaque qui démontre combien le journalisme d’investigation fait encore peur en Tunisie. Le pays a pourtant plus que jamais besoin de ces publications courageuses qui renforcent le droit et la liberté d’information et donnent l’exemple dans la région».

Monia Ben Hamadi, directrice éditoriale d'Inkyfada a précisé à RSF que «l'attaque a été menée à partir de plusieurs lieux, et que le site a pour le moment identifié les postes, mais pas les personnes à l'origine du piratage.»

L'équipe du site Inkyfada a également posté un message sur Facebook pour revenir plus longuement sur ce piratage et sur les révélations autour de Mohsen Marzouk. «Au sujet de l'article sur Mohsen Marzouk, quelques contrevérités ont circulé: nous n'avons jamais accusé M. Marzouk d'être dans l'illégalité, nous disons que son nom apparaît dans des mails échangés avec le cabinet Mossack Fonseca, en expliquant le niveau d'implication des différents acteurs. Nous avons évidemment cherché à avoir des explications de l'intéressé, à de nombreuses reprises, comme cela est précisé dans l'article, mais il n'a jamais donné suite à nos demandes d'interviews», note Inkyfada.

 

Le site d'Inkyfada subit depuis hier soir une attaque,faisant suite aux deux premières publications concernant l'affaire...

Posté par inkyfada sur mardi 5 avril 2016

«Je suis un particulier qui voudrait créer une société offshore»

Mais que révèlent exactement les fichiers de Mossack Fonseca qui mentionnent Mohsen Marzouk, l'ex-directeur de campagne du président tunisien?

Comme on peut le lire sur le site de l'Ancir, Mohsen Marzouk écrit à Mossack Fonseca en décembre 2014, entre les deux tours de la présidentielle tunisienne donc, pour constituer une compagnie offshore aux Îles Vierges. 

«Il demande explicitement à ce que lui soient fournis les documents nécessaires à la procédure de création et les honoraires pour chaque acte. Le courrier électronique de réponse lui demande de se présenter et de présenter la compagnie MM Business, mais également ce qu’il sait à propos de Mossack Fonseca et par quel biais il a eu connaissance de l’activité du cabinet. Il lui est aussi demandé s’il travaille à Genève ou ailleurs et si il est une "regulated person": un professionnel», révèle l'Ancir.

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Mohsen Marzouk répond, le 10 décembre 2014 : “MM” sont ses initiales et il utilise cette adresse e-mail pour le travail.

«Je suis un particulier qui voudrait créer une société offshore pour moi-même et je suis résident en Tunisie», écrit notamment Mohsen Marzouk dans sa réponse. L'échange entre Mossack Fonseca et l'ex-directeur de campagne du président tunisien se poursuivra avant de se stopper en janvier sans que Mohsen ne donne suite. 

«Difficile de savoir quelles étaient donc les finalités des mails de Mohsen Marzouk mais sa seule prise de contact avec le cabinet et ses différents emails nécessitent de la part de l’intéressé des explications, lui qui veut s’imposer comme réformateur et leader dans la scène politique tunisienne», conclut l'Ancir.

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Parmi les membres fondateurs de Nida Tounes, le parti du président Béji Caïd Essebsi, Mohsen Marzouk a été secrétaire général du parti Nida Tounes pendant six mois, avant de démissionné pour créer sa propre formation. Il est revenu sur la scène politique en 2016 en lançant un nouveau parti: le Harakat Machroû Tounes (Mouvement du projet de la Tunisie) le 20 mars 2016.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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