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La place Tahrir le 24 janvier 2016. Crédit photo: KHALED DESOUKI / AFP
La place Tahrir le 24 janvier 2016. Crédit photo: KHALED DESOUKI / AFP

«Comment je suis passé de leader de la révolution égyptienne à employé au salaire minimum aux USA»

Ahmed Salah, l'un des leaders de la révolution égyptienne en 2011, raconte dans un livre son tragique destin.

C'est un destin d'anti-héros à l'opposé de celui de Wael Ghonim, ingénieur pour Google devenu l'un des symboles de la révolution égyptienne en 2011. Auteur du livre «La révolution 2.0», ce dernier a quitté son emploi chez Google après la destitution d'Hosni Moubarak pour créer une ONG spécialisée dans les nouvelles technologies qui lutte contre la pauvreté et pour l’éducation. Avant cela, il avait passé douze jours en détention au secret en Egypte au coeur de la révolution en raison du rôle qu’il avait joué dans la mobilisation de la jeunesse égyptienne sur Internet. Il avait fait pleurer le pays entier en racontant sa détention sur une chaîne de télévision privée.

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Ahmed Salah, lui, pleure seul les nuits où il travaille comme réceptionniste dans une résidence à San Francisco. Il a rejoint la Californie en 2012, en tant que réfugié politique. Activiste pour les droits de l'homme en Egypte dès 2004, il raconte son histoire dans une chronique publiée sur le site Priceonomics et tirée de son livre «Vous êtes en état d'arrestation pour être l'un des leaders de la révolution égyptienne».

«Pendant des années, j'ai mené des mouvements de protestation, organisé des manifestations, survécu à une grève de la faim, à la torture, la prison et formé des activistes à diriger des rassemblements pour le jour de la révolution. Tout cela a culminé lors d'une journée, la plus belle de ma vie: le 11 février 2011, quand Hosni Moubarak a quitté le pouvoir et que les Egyptiens ont chanté et tiré des feux d'artifice dans la rue», raconte t-il.

De la lutte pour la liberté aux parts de pizzas

Mais sa vie a ensuite viré au cauchemar. 

«Lors des trois années suivantes [à partir du 25 janvier 2012], j'ai vécu un exil, que je me suis imposé, à San Francisco. J'avais fui les tentatives d'assassinat et les unes des journaux qui me qualifiaient de traître. J'ai trouvé la sécurité, mais aussi la douleur de la déperdition et de la perte de sens de ma vie.»

De son exil américain, il raconte avoir observé les hommes politiques jetés en prison pour corruption suite à la révolution, revenir ensuite au pouvoir par la grande porte. Pendant que lui luttait pour survivre après avoir pourtant participé à conduire son pays vers une nouvelle voie. «Mon but était de libérer l'Egypte. Maintenant, chaque jour je lutte pour gagner assez d'argent pour m'offrir une part de pizza. Mon but est d'éviter de finir dans la rue.»

En Egypte, le pouvoir est revenu, quelques dizaines de mois après la révolution, dans les mains de l'armée. 

«La situation des droits humains s'est dégradée de manière continue et dramatique après la destitution du président Mohamed Morsi, en juillet 2013. Le gouvernement a imposé des restrictions sévères à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Des milliers de personnes ont été arrêtées et placées en détention lors d'une vague de répression qui s'est abattue sur l'opposition; certaines ont été soumises à une disparition forcée», affirmait l'ONG Amnesty International dans son dernier rapport sur les droits humains dans le pays.

Grillé par Wikileaks

«À cause de mon statut de leader – et spécialement de mon rôle majeur dans les discussions avec les diplomates américains, ce qu'a révélé Wikileaks en 2011 –, j'étais une cible majeur des services de sécurité égyptien et des médias. Des journaux influents m'ont présenté comme un traître payé par la CIA pour affaiblir l'Egypte», raconte Ahmed Salah

Il a quitté Le Caire le 25 janvier 2012 et ne sait pas quand il reviendra. «La vérité est que je ne sais pas. Je suis perdu, et la seule raison qui fait que je ne suis pas un sans-abri est que j'ai des amis généreux à San Francisco qui m'ouvrent leurs portes».

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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