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Le développement de Djibouti lié

Sous la présidence d'Ismaël Omar Guelleh, qui brigue dimanche un nouveau mandat, Djibouti a lié son destin à celui de son voisin éthiopien, avec lequel il a multiplié les infrastructures communes, pour beaucoup financées par la Chine, soucieuse de renforcer son implantation dans la région.

Guelleh a succédé à son mentor Hassan Gouled Aptidon en 1999, au beau milieu de la guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée (1998-2000). Pendant ce conflit, Addis Abeba dépendait du port de Djibouti pour son approvisionnement en armes.

Au sortir de la guerre, tous les échanges commerciaux par voie maritime de l'Ethiopie, seul pays enclavé de la corne de l'Afrique, ont commencé à transiter par Djibouti, qui bénéficie d'une position stratégique à l'entrée de la mer Rouge.

Dans la décennie suivante, l'Ethiopie a connu une forte croissance économique. Ses importations, tirées par son marché intérieur - 97 millions d'habitants -, se sont accrues, ce dont a profité Djibouti.

En 2015, l'Ethiopie comptait ainsi pour 86% du trafic des ports djiboutiens, en pleine croissance (19,8%). Un deuxième port, le terminal conteneur de Doraleh, a été ouvert en 2009 par Djibouti.

Ces dernières années, Djibouti (875.000 habitants), qui ambitionne de devenir une plateforme régionale d'échanges commerciaux et de services, a décidé d'accélérer encore l'intégration avec son voisin.

"Même si le pays a une très bonne position stratégique, il y a la nécessité pour de petites économies comme la nôtre de s'inscrire dans un développement intégré au niveau régional", justifie son ministre des Affaires étrangères, Mahamoud Ali Youssouf.

- Un modèle pour la sous-région -

En 2011, Djibouti a été relié au réseau électrique éthiopien. Deux autres lignes d'interconnection sont prévues, dont une pourrait même mener l'électricité éthiopienne jusqu'au Yémen.

Une voie ferrée de 752 km reliant Djibouti-ville à Addis Abeba va ouvrir très prochainement. Une deuxième ligne est prévue pour exporter la potasse de Mékélé dans le nord de l'Ethiopie, via le nouveau port de Tadjourah à Djibouti.

Un oléoduc de 550 km de long doit aussi être construit pour le transport des produits pétroliers raffinés depuis les ports de Djibouti vers la ville d'Awash, au centre de l'Ethiopie.

Un gazoduc, avec une usine de liquéfaction et un terminal d'exportation situés à Damerjog (Djibouti), permettront à l'Ethiopie d'exporter du gaz naturel.

Enfin, un pipeline est pratiquement achevé pour l'adduction d'eau potable en provenance d'Ethiope vers Djibouti.

"Notre relation prend de l'ampleur", explique le porte-parole du ministère des Affaires étrangères éthiopien, Tewolde Mulugeta, qui voit dans l'intégration économique entre les deux pays "un modèle pour l'ensemble de la sous-région".

Un avis partagé du côté djiboutien. "L'essentiel c'est que ce développement profite non seulement à ces deux pays, mais aussi aux autres pays de la sous-région", estime le ministre de l'Energie, Ali Yacoub Mahamoud. "C'est pourquoi nous devons conjuguer nos moyens, nos efforts, nos idées".

- La Chine, seul partenaire -

Les deux pays se voient ainsi comme une "locomotive" pour le renforcement de la coopération et l'intégration régionale via l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), qui regroupe Djibouti, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, la Somalie, le Soudan et le Soudan du Sud.

Ce rapprochement est encouragé par la Chine, qui espère s'ancrer encore plus fermement en Afrique de l'Est. Djibouti a 14 projets d'infrastructures pour un montant estimé à 14,4 milliards de dollars, essentiellement financés par des banques chinoises.

"Ce sont des investissements très lourds", constate Mahamoud Ali Youssouf, en expliquant que la Chine a été "le seul partenaire qui nous a accompagnés sur cette voie."

La nouvelle ligne de chemin de fer a ainsi été financée par Pékin. Le gaz naturel tiré du méga-projet gazier sera essentiellement à destination de la Chine. Un accord a aussi été signé au début janvier sur la construction d'une zone franche de 48 km² à Djibouti-ville.

La contrepartie est pour Djibouti le risque de dépendance vis-à-vis de son créancier chinois. L'endettement public, qui s'est élevé à 60% du PIB en 2015, pourrait atteindre les 80% en 2017, selon le FMI.

"C'est un dilemme", admet son ministre des Affaires étrangères. "Plus on est endetté, plus on est dépendant de son créancier. Mais en même temps, quelle est l'autre voie? Les pays ne se développent que lorsqu'ils ont des infrastructures. Et beaucoup de pays ont développé ces infrastructures sur la base d'un endettement."

AFP

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