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Tunisie: le marché de la sécurité en plein essor

Entre l'instabilité post-révolutionnaire, le sentiment latent d'insécurité et la menace jihadiste, le lucratif marché de la sécurité et de la surveillance est en plein essor en Tunisie.

"Depuis la révolution (de 2011), la demande d'appareils et de services liés à la sécurité et à la surveillance électronique (...) a augmenté, rendant le marché tunisien attractif", affirme à l'AFP Mourad Slaoui, président de la Chambre syndicale des entreprises nationales de sécurité électronique (CSENSE).

Signe de cette croissance, une centaine d'exposants ont participé ces derniers jours dans la capitale tunisienne au 2e Salon international des équipements et services de sécurité ("Security Expo North Africa 2016").

Ils étaient deux fois moins nombreux pour l'édition inaugurale de 2012, selon Imed Bouafif, organisateur de cet évènement qui se tiendra désormais tous les deux ans. Le nombre de visiteurs est lui passé de 2.500 à 7.800 en quatre ans.

L'intérêt pour ce secteur dépasse même les frontières de la Tunisie, avec "des visiteurs de Libye, d'Algérie, du Maroc et de Jordanie", se félicite M. Bouafif.

Cette année, 70% des visiteurs étaient des professionnels, et 30% des citoyens ordinaires, ajoute-t-il.

 - Caméras, fouilles, portiques -

Chez les particuliers, "l'intérêt est en augmentation", confirme Moez Labben, directeur technique de Next Distribution, en évoquant la demande accrue en "caméras de surveillance". D'après lui, "depuis la révolution, les Tunisiens ne se sentent plus rassurés".

Pour une caméra classique, les prix varient de 400 à 800 dinars (175 à 350 euros). Pour celles dites "intelligentes", qui envoient des alertes sur téléphone, les acheteurs doivent débourser de 700 à 3.000 dinars (305 à 1.310 euros), selon M. Labben.

Après le soulèvement populaire de 2011, qui a mis fin à une dictature policière de 23 ans, la Tunisie a connu une période d'instabilité politique et sociale. Depuis, le pays a aussi été victime d'attaques jihadistes, qui ont au départ ciblé les forces de l'ordre dans les montagnes avant de frapper touristes, policiers et militaires dans les villes.

En grande difficulté depuis les attaques contre le musée du Bardo et un hôtel de Sousse, respectivement en mars et juin 2015, le secteur touristique tente de faire revenir la clientèle. Désertés, des dizaines de complexes ont été contraints de fermer cet hiver.

Au cours de l'année passée, de nombreux supermarchés ont imposé des fouilles à l'entrée, tandis que plusieurs hôtels et centres commerciaux se sont équipés de portiques de sécurité.

Devant les principales institutions de l'Etat ainsi que certaines ambassades, des barrages en béton ou barbelés ont été installés. Des rues ont été fermées aux piétons comme aux voitures, par ailleurs filtrées à l'entrée de certains parkings.

 - 500 sociétés -

Dans le domaine de la sécurité, un nouveau marché est en train de se créer dans le pays, explique Jean-Eric Lange, un exposant français pour la société "Prodige Technologies".

Auparavant en Tunisie, la sécurité était surtout l'apanage des aéroports et des sites sensibles, "mais maintenant, on impose de plus en plus des équipements sur les sites touristiques. Cela ouvre de nouveaux marchés aux industriels", dit-il à l'AFP.

Aujourd'hui la demande provient des casernes militaires, prisons, douanes, ministères et administrations publiques, hôtels, moyens et grands magasins, mais aussi de citoyens à travers le pays, énumèrent MM. Slaoui et Labben.

Pour Moez Labben, cette hausse de la demande a été particulièrement sensible "ces deux dernières années", y compris pour les fils barbelés "intelligents", qui alertent à la moindre tentative de manipulation.

En conséquence, la Tunisie compte désormais "environ 500 sociétés actives dans le secteur de la sécurité", enchaîne Mourad Slaoui.

Récemment, deux sociétés tunisiennes ont fusionné et remporté un contrat visant à équiper la douane d'un système de surveillance électronique dans les ports de La Goulette et Radès, près de Tunis, ainsi qu'au point de passage de Ras Jedir, à la frontière avec la Libye. Son montant: six millions de dinars, soit quelque 2,6 millions d'euros, selon leurs responsables Karim Elleuch et Nidhal Jerbi.

AFP

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