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Côte d'Ivoire: rituels de "purification" sur la plage "souillée" de Grand-Bassam

Après l'enquête et le deuil, les pratiques traditionnelles ont pris le relais cette semaine pour "purifier" la terre de Grand-Bassam, station balnéaire ivoirienne "souillée" par l'attentat jihadiste du 13 mars.

Tout de rouge vêtus, de petits groupes d'adeptes d'un groupe religieux traditionnel "lié au génie de la mer" convergent sur la plage de Grand-Bassam, théâtre d'une attaque qui a fait 19 morts sous le feu des jihadistes qui ont fauché baigneurs et clients des hôtels.

A l'ombre des cocotiers, les fidèles attendent le début de la cérémonie. Pieds nus, vêtu d'un tee-shirt blanc qui marque sa différence, Antoine Edoukou Amichia, membre de la Cour royale, débute la cérémonie en s'avançant sur la plage avec une bouteille de liqueur et un petit verre.

"J'implore la mer et les génies de Bassam, de tout faire pour que ces personnes qui ont fait couler le sang sur la terre de Bassam soient appréhendées et châtiées", lance-t-il face à l'océan Atlantique, en versant à chaque phrase des gouttes de la boisson sur le sable.

Quinze personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'enquête sur cette attaque revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), en réponse à l'opération antijihadiste au Sahel menée par la France et ses alliés régionaux. 

En Côte d'Ivoire, des royautés (régionales) traditionnelles cohabitent avec le système moderne, dont l'organisation administrative est similaire à celle en Europe. Ces rois et leur cour bénéficient d'une grande aura et sont respectés pour leur sagesse ancestrale. Les hommes politiques rendent souvent visite à ces leaders locaux avant de prendre ou d'annoncer des décisions. 

De plus, environ 20% de la population ivoirienne est animiste et certains membres des deux religions principales (chrétienne et musulmane, à 40% chacune) pratiquent un syncrétisme piochant dans les traditions.

Ainsi, sur la plage où s'est joué le drame, le "prophète" Ahoua Konin II, un prêtre traditionnel, poursuit la cérémonie qui vise à conjurer l'acte "démoniaque" des jihadistes.

Au milieu de ses fidèles, il profère des incantations avant de lever vers le ciel un verre d'eau dont il asperge le sable.

Deux béliers blancs sont ensuite égorgés sur la plage sous les regards surpris de gamins qui jouent à la balançoire.

- 'Mieux que les discours politiques' -

"Nous avons demandé aux ancêtres que l'acte ne se reproduise plus jamais", explique Ahoua Konin II sanglé dans une tunique rouge.

La cérémonie de "purification" a débuté il y a une semaine sous l'égide de sa majesté Amon Tanoé, le roi de Grand-Bassam. 

Des "komians", les féticheuses traditionnelles, tout de blanc vêtues et le corps couvert de kaolin (argile pur), avaient parcouru les bordures de mer pour implorer les mânes avant la cérémonie finale.

"Ces pratiques ancestrales visent de nos jours à chasser les mauvais esprits", explique le cinéaste ivoirien Roger Gnoan M'Bala, Grand prix 1992 du Fespaco et originaire de Grand-Bassam. 

Pour lui, "il faut que la terre de Grand-Bassam retrouve son calme et sa vitalité d'antan (...) afin de rassurer les Ivoiriens qui veulent reprendre goût à la vie". "Si vous n'exécutez pas ces pratiques, la suite est imprévisible", assure-t-il, habillé dans un ensemble en pagne.

Les hommages officiels aux victimes de l'attaque jihadiste avaient débuté dès le jour de l'attentat avec une visite des autorités. Trois jours après, le président ivoirien Alassane Ouattara avait présidé un conseil des ministres extraordinaire dans l'ancienne capitale coloniale française en Côte d'Ivoire. 

Quelque 2.000 personnes avaient assisté dans la semaine à une cérémonie dans le stade de la ville, sous haute protection policière.

Seule commune ivoirienne inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco  depuis 2012, la vieille ville centenaire accueille chaque année en novembre la fête de "l'Abissa". A la fois une fête religieuse traditionnelle mais aussi un carnaval avec des concerts et des parades, elle rassemble durant une semaine plusieurs centaines de milliers de festivaliers venus des quatre coins du pays.

"L'Abissa (2016) doit être l'élément final pour rassurer tout le monde", estime le cinéaste Roger Gnoan M'Bala. "Ces pratiques traditionnelles, qui valent mille discours politiques, nous aident davantage".

AFP

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