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Des soldats sénégalais lors d'un exercice le 24 février 2016 à Thies. Crédit photo: SEYLLOU / AFP
Des soldats sénégalais lors d'un exercice le 24 février 2016 à Thies. Crédit photo: SEYLLOU / AFP

Du Sénégal à la Libye, l'itinéraire d'un combattant de Daech qui effraie Dakar

Sadio Gassama, docteur en médecine qui a rejoint les rangs de l'Etat islamique, symbolise l'attractivité accrue de l'idéologie djihadiste au Sénégal.

Sadio Gassama. Un nom qui cristallise les inquiétudes au Sénégal. Après les attaques terroristes revendiquées par Al-Qaïda au Maghreb islamique à Bamako, Ouagadougou et Grand-Bassam ces derniers mois, Dakar craint d'être à son tour frappé par l'horreur djihadiste. Et ce jeune étudiant en médecine qui a rejoint les rangs de l'Etat islamique en Libye symbolise la nouvelle menace qui plane sur un pays qui ne connaît le terrorisme qu'à la télé.

À lire aussi sur Slate.fr: Entre islam radical et frontières poreuses, le Sénégal craint la contagion terroriste

En décembre dernier lors d'un voyage au Sénégal où j'ai réalisé un reportage sur le risque terroriste au Sénégal, Henri Ciss, le porte-parole de la police nationale, m'avait confié que Sadio Gassama, ce «jeune docteur en médecine», était un nom qui inquiétait. «Notre plus grosse crainte est d’avoir une cellule de dix à vingt djihadistes sur notre sol», confiait Henri Ciss, qui savait déjà que plusieurs jeunes sénégalais avaient rejoint les rangs de l'EI, dont Hassane Diène et Seydou Bâ, tous deux tués en Syrie

 

«Le Sénégal est chanceux»

Sur son compte Facebook, Sadio Gassam se présente comme médecin et ex-étudiant de l'université de Cheikh Anta Diop, par où il est passé. Le jeune homme affiche en photo de profil une arme posée sur ce qu'on devine être son uniforme de combattant brodé à son nom. Il s'est récemment confié via le réseau social à l'agence de presse Reuters, qui lui a consacré un portrait ce mercredi 30 mars

«Le Sénégal est chanceux. J'étais en train de planifier des attaques là-bas au nom de l'Etat islamique avant que l'un de leurs contacts m'aide à rejoindre la Libye. J'ai quitté le Sénégal un an après avoir embrassé l'idéologie de l'Etat islamique. Les rejoindre était relativement facile et accessible. Je voulais contribuer à l'instauration d'un califat en Libye», a t-il notamment confié à Reuters, qui explique n'avoir pas réussi à le contacter à nouveau depuis. 

Sadio Gassama s'était également exprimé à travers un message publié sur son compte Facebook le 7 novembre. «Salamou aleykoum pour ceux qui veulent une nouvelle de moi qu'ils sachent que je suis en vie Alhamdulillah ("grâce à Dieu"). Maintenant je suis médecin djihadiste dans l'Etat islamique en Libye. Wa lillahi hand».

Entre dix et trente Sénégalais en Libye

Des propos qui doivent donner des frissons aux forces de sécurité sénégalaises. 

Selon Reuters, «le parcours de Gassama montre comment la pénétration du salafisme islamique couplé avec l'argent du golfe persique et la propagande de militants permet d'attirer des recrues, même dans le démocratique et stable Sénégal».

Dans un sujet consacré aux recrues sénégalaises de Daech (acronyme arabe de l'EI), l'hebdomadaire Jeune Afrique avançait que selon différentes sources à Dakar, «entre dix et trente Sénégalais se battent actuellement au sein de l’État islamique en Libye». Comme Sadio Gassam,  ils empruntent les filières clandestines de migrations pour rejoindre la côte libyenne et la ville de Syrte, le bastion de Daech dans le pays.

«Ils constituent une menace, comme tous les ressortissants étrangers qui se battent pour l’État islamique et qui sont susceptibles de revenir dans leurs pays d’origine», a confié un ministre sénégalais à Jeune Afrique

Selon Andrew Lebovich, consultant pour le Conseil européen des relations étrangères interrogé par Reuters, «la Libye est plus proche et plus facile à atteindre que la Syrie pour une large partie des combattants djihadistes africains, et le désarroi politique libyen ouvre grand la porte aux combattants pour y opérer».

Sadio Gassama est le symbole de cette porosité des frontières dans le Sahel et de l'attractivité toujours plus grande de Daech parmi les milieux radicaux au Sénégal. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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