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Manifestation de soutien à Tshisekedi, le dirigeant du parti d'opposition, l'UDPS. Kinshasa, 2006.REUTERS/David Lewis.
Manifestation de soutien à Tshisekedi, le dirigeant du parti d'opposition, l'UDPS. Kinshasa, 2006.REUTERS/David Lewis.

RDC: Pourquoi l’opposition risque de se prendre une raclée

Malade de ses divisions, l'opposition congolaise ne paraît pas en mesure d'empêcher la facile réélection du président Joseph Kabila.

Mise à jour du 29 novembre: Le dépouillement des votes a débuté ce matin au lendemain du scrutin marqué par la violence. A Lubumbashi, capitale de la province du Katanga (sud est), deux policiers et une électrice ont été tués dans l'attaque d'un bureau de vote, et un convoi chargé de matériel électoral a été la cible d'une attaque armée dans laquelle sept à huit assaillants ont été tués par la police.

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A l’approche de la présidentielle du 28 novembre prochain en République démocratique du Congo (RDC), le Président Joseph Kabila gagne du terrain avec une campagne qui se déroule sans peine et vante un bilan positif de son action à la tête du pays. Mais l’opposition reste très divisée à quelques jours de la date fatidique.

Dangers de l’élection à un tour

La dernière révision constitutionnelle en RDC a fait passer l’élection présidentielle de deux à un seul tour. Sera élu à l'issue du scrutin du 28 novembre prochain, celui qui obtiendra le plus de suffrages, sans avoir besoin d'atteindre les 50%. Avec ce système à un tour, «l’opposition a tout à gagner si elle présente un candidat commun», affirme le professeur Mwayila Tshiyembe, docteur en Sciences politiques, à Paris, Lubumbashi et Kisangani. Même les candidats issus de l’opposition ont tous un moment envisagé cette solution pour apporter le changement.

«Dans la situation du Congo, la pluralité des candidatures est un risque évident pour une élection à un tour. Il y a donc intérêt pour l’opposition d’accorder ses violons et de présenter un seul candidat. S’ils partent en ordre dispersé, leur chance de victoire est périphérique, voir faible», explique Mwayila Tshiyembe.

Alliance des tickets gagnants

Sur le terrain, l’équation n’est pas si simple. L’actuel président de la République, Joseph Kabila, a reçu le soutien du Palu, le Parti Lumumbiste unifié d’Antoine Gizenga, le 7 octobre. En 2006, cette alliance a été déterminante pour porter le président actuel au pouvoir. Antoine Gizenga qui était dans la course présidentielle, avait donné la consigne de vote au second tour en faveur de Kabila. La magie de 2006 pourra-t-elle encore opérer cette année? Difficile à dire parce qu’en 2006, l'Union pour la démocratie et le progrès social (l’UDPS) d’Etienne Tshisekedi n’était pas de la partie.

Une chose est sûre, l’alliance entre le Palu et la Majorité présidentielle est scellée. Joseph Kabila joue son va tout et accroît son capital confiance pour être l’homme de la situation. Il effectue des déplacements à Kinshasa et en province, visite aussi des chantiers. Visibilité présidentielle oblige.

Guerre de gouvernance dans l’opposition

L’opposition congolaise, quant à elle, n’est pas parvenue à s’accorder autour d’un candidat commun, au risque de se prendre une raclée le 28 novembre. «Alors qu’elle a tout intérêt à éviter la dispersion des voix», lance Placide Mabaka, professeur de Droit public à l’Université Catholique de Lille.

Au moment du dépôt de candidatures pour la présidentielle, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a retenue 11 candidats. Parmi eux, plus de trois se réclament de l’opposition. Les plus connus sont Etienne Tshisekedi de l’UDPS, Vital Kamerhe de l'Union pour la nation congolaise (l’UNC), ancien président de l’Assemblée nationale, et Léon Kengo wa Dondo de l'Union des forces du changement (UFC), actuel président du Sénat.

Après une brève lueur d’espoir, Jean-Pierre Bemba, candidat malheureux à la présidentielle de 2006 du Mouvement de libération du Congo (MLC), n’a pas pu présenter sa candidature. Il est actuellement jugé à la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’auraient commis ses troupes en République centrafricaine entre 2002 et 2003.

Fin août, deux camps voient le jour au sein de l’opposition, l’aile de Sultani, nom de l’hôtel qui servait de cadre aux négociations, et l’aile de Fatima (Paroisse Notre dame de Fatima à Kinshasa), qui va s’aligner derrière la candidature d’Etienne Tshisekedi.

Négociations de la dernière chance

Pour accroître ses chances, l’opposition congolaise a tenté en vain d’ultimes négociations.

Etienne Tshisekedi qui avait annoncé en août dernier la fin des négociations avec d’autres partis de l’opposition, a rencontré fin septembre à Bruxelles Léon Kengo wa Dondo, sans toutefois renier ses déclarations.

«Je maintiens que les négociations entre partis sont finies, mais pas entre candidats», a-t-il précisé.

Pendant cette rencontre, un projet de société, selon l’UDPS, de gouvernement d’après l’UFC, a été remis à Léon Kendo en vue des prochaines discussions à Kinshasa. Comme l'a précisé le Président du Sénat lors de cette rencontre:

«La politique est un art du compromis. Tout peut arriver en politique. Tout! Rien n’est figé, rien n’est campé. La roue tourne

Jusqu’à ce jour, la roue continue de tourner sans aucun compromis entre les candidats de l’opposition congolaise.

Tshisekedi v. Kengo

Alors que l’opinion attendait des négociations entre Etienne Tshisekedi et Léon Kengo wa Dondo, le samedi 8 octobre, une nouvelle plate-forme politique, «Forces de l’opposition réunies au Congo» (Foreco), a vu le jour à Kinshasa et soutient la candidature de Kengo à la présidentielle.

L’une des membres de cette plate-forme, Angèle Makombo, présidente de La Ligue des démocrates congolais (Lidec) a même lancé un appel aux autres partis de l’opposition. Elle les invite à «se désister au profit de Léon Kengo wa Dondo». Difficile à croire qu’elle sera entendue. Entre temps, une rencontre au sommet entre Etienne Tshisekedi et Vital Kamerhe annoncée à Kinshasa n’a pas eu lieu. L’espoir est toujours permis et certaines personnes attendent toujours le tête-à-tête entre le dirigeant de l’UDPS et de l’UNC.

Dans un reportage diffusé sur RFI, Guillaume Bonga, représentant du parti de Kamerhe dans le Sud-Kivu affirme que,

«la population du Sud-Kivu a de la peine à oublier la présence de monsieur Tshisekedi à côté des agresseurs, vers les années 1998-99, même 2000. On l’a vu défiler, on lui a déroulé un tapis rouge à Kigali [Rwanda], quand la population était en train de mourir.» 

L’ombre du rapprochement de Tshisekedi du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) plane encore dans les esprits. L’opposant historique continue tout de même ses concertations à l’étranger. Il vient d’effectuer sa deuxième tournée en Europe et en Amérique. Ses partisans le voient déjà président de la République. Dernière étape de sa tournée, l’Afrique du Sud. Dans ses déplacements, il a même eu droit aux honneurs militaires, comme en Belgique et le 9 octobre à Paris. Un proche de son entourage affirme que «même sans le soutien de Vital Kamerhe et de Léon Kengo, l’Udps vaincra», faisant écho au slogan de ce parti.

A quelques jours de la présidentielle en RDC, la guerre des égos n’est pas encore terminée au sein de l’opposition. Si elle se poursuit jusque dans les urnes, le dernier recours sera la contestation des résultats par l'opposition qui voit déjà l’ombre du trucage du scrutin.

Jacques Matand

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Jacques Matand

Journaliste congolais, spécialiste de la région des grands lacs en afrique. Rédacteur en chef adjoint du site grandslacsTv.com.

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