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La CPI juge Bemba coupable de crimes contre l'humanité en Centrafrique

La Cour pénale internationale (CPI) a reconnu lundi l'ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba coupable de crimes contre l'humanité pour des meurtres et des viols commis par sa milice en Centrafrique en 2002-2003, un jugement "historique" pour le procureur et des ONG.

"La chambre déclare Jean-Pierre Bemba coupable en tant que personne faisant effectivement fonction de chef militaire", a affirmé la juge Sylvia Steiner, expliquant qu'il "agissait de fait en tant que commandant militaire et avait le contrôle effectif de ses troupes".

Ancien chef rebelle du nord de la République démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba était en effet poursuivi, non en tant qu'auteur ou co-auteur mais en vertu du principe de la "responsabilité du commandant".

Il s'agit du premier jugement condamnant un commandant militaire et le premier de la CPI à condamner l'utilisation de viols et violences sexuelles en tant que crimes de guerre.

La sentence sera prononcée à une date ultérieure. Il risque jusqu'à 30 ans de détention ou la prison à perpétuité, si les juges estiment que l'"extrême gravité du crime" le justifie.

"Je crois que c'est un jour très important pour la justice pénale internationale surtout en ce qui concerne les crimes sexuels", a affirmé à l'AFP Fatou Bensouda, ajoutant que ce jour était "historique".

Agé de 53 ans, l'ancien homme d'affaires, vêtu d'un costume sombre et d'une cravate lie-de-vin, semblait tendu en écoutant le prononcé du jugement. 

"Je pense qu'il était déçu", a affirmé à l'AFP son avocat, Peter Haynes."Je dois lire le jugement et voir s'il peut être critiqué et si c'est le cas, nous nous retrouverons devant la chambre d'appel assez rapidement".

A Kinshasa, des militants de son parti, le Mouvement de libération du Congo (MLC) se sont dits "tristes" de ce verdict, certains affirmant "douter de la crédibilité de la CPI" qui "s'acharne contre les Africains, particulièrement  les Congolais".

Jean-Pierre Bemba avait plaidé non coupable lors de l'ouverture de son procès en novembre 2010, deux ans après son arrestation à Bruxelles, en vertu d'un mandat d'arrêt de la CPI. Il était accusé de trois crimes de guerre et de deux crimes contre l'humanité: meurtres, viols et pillages.

Quelque 1.500 hommes en armes de l'ancien chef rebelle s'étaient rendus en Centrafrique en octobre 2002 pour soutenir le président Ange-Félix Patassé, victime d'une tentative de coup d'Etat menée par le général François Bozizé.

Là, ils ont violé, pillé et tué, a assuré la juge, égrenant une longue liste de viols, souvent accompagnés d'autres violences, commis par les troupes de Jean-Pierre Bemba.

- "L'important besoin de justice" -

Ce jugement "est un rappel vibrant aux supérieurs - militaires et civils - qu'ils ont la responsabilité d'éviter et de faire cesser les attaques commises par leurs soldats sur des civils", a assuré Géraldine Mattioli-Zeltner, de l'organisation Human Rights Watch. 

"Ce premier verdict coupable à la CPI pour violences sexuelles met en lumière l'utilisation du viol comme arme de guerre", a-t-elle ajouté, évoquant "l'important besoin de justice" pour ces crimes en République démocratique du Congo, d'où Jean-Pierre Bemba est originaire.

Pour Amnesty International, le jugement est également "historique". "Le jugement est un message clair que l'impunité pour des violences sexuelles en tant qu'outil de guerre ne sera pas tolérée", a affirmé Samira Daoud dans un communiqué.

Selon la défense, il n'y avait "aucune preuve d'un ordre venant de M. Bemba vers ses troupes en Centrafrique" mais les juges ont estimé que par téléphone, radios ou téléphone satellite, Jean-Pierre Bemba était en "contact constant" avec ses troupes.

"Il avait une ligne directe de communication, il pouvait émettre des ordres et c'est ce qu'il a fait", a affirmé la juge Steiner.

Plus de 5.200 victimes ont été reconnues dans cet affaire, le plus grand groupe dans l'histoire de la CPI.

François Bozizé avait finalement renversé Ange-Félix Patassé en 2003 avant d'être lui-même renversé en mars 2013 par la rébellion à dominante musulmane de la Séléka, ce qui a précipité la Centrafrique dans un cycle de violences intercommunautaires. 

Elles ont culminé fin 2013 par des massacres à grande échelle et le déplacement forcé de centaines de milliers de personnes.

Le procès a été entaché d'accusations de subornation de témoins, menant même à l'arrestation de plusieurs proches de M. Bemba.

AFP

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