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Niger: sur les traces d'un cheval légendaire sur l'hippodrome poussiéreux de Niamey

Une vieille tribune poussiéreuse, une piste de sable mal délimitée mais de fiers chevaux de course et des jockeys improbables : c'est l'univers de l'hippodrome de Niamey où, malgré la pauvreté des moyens, on entretient la flamme des courses hippiques.

Eleveurs et parieurs se souviennent encore que le légendaire étalon nigérien Dokin Iska Dan Filingué a couru devant la reine d'Angleterre il y a plus de 50 ans.

Les paris officiels sur les courses de chevaux du pays ont cessé il y a longtemps mais la passion renaît tous les week-ends sur le stade défraichi qui date des années 1970. "La fortune aux gagnants, les bénéfices à la Nation", souligne un vieux panneau publicitaire pour la loterie.

Dokin Iska Dan Filingué, "c'était un cheval imbattable", raconte Abdoulaye Mohamed, secrétaire permanent de la Fédération nigérienne de sports équestres (Feniseq), en s'installant au bord de la piste sur un fauteuil pliant avec ses jumelles.

Selon la légende célébrée par une chanson du griot haoussa Ibrahim Narambada (décédé en 1960), ce cheval, un Arewa autochtone, remportait toutes les courses au Niger. Célèbre au-delà des frontières du pays, il avait été invité à disputer une course exceptionnelle au Nigeria devant la reine d'Angleterre, en visite officielle. Évidemment, le "Cheval du vent fils de Filingué" (ville du Niger) en haoussa l'avait emporté haut-la-main, impressionnant la reine. 

"On raconte ensuite que le cheval avait été envoyé en Angleterre où il gagnait toutes les courses. C'est faux. Des racontars... Le cheval était revenu au Niger. Pour ses vieux jours, on lui avait construit un enclos ici et les gens lui rendaient visite", se souvient M. Mohamed.

- 'Je suis pauvre' -

Les chevaux sur la piste de sable de Niamey n'auront sans doute jamais la gloire de leur célèbre aîné mais plusieurs centaines de spectateurs non payants sont venus ce samedi-là pour assister aux deux courses de l'après-midi.

Sur le bord de la piste, Soulemane Ali, dit 'Papa Jockey', 46 ans et 1,64 m, se prépare. Il enfile des bottes en plastique qu'il rembourre avec du tissu, glisse une cravache - un bout de bois entouré de scotch noir - dans la poche arrière de son jean et le voilà prêt!

Ni casque, ni protection. Pas peur de la chute? "Je suis léger", répond-il avant d'expliquer: "Je suis pauvre, à l'image de tout ce qu'il y a ici. On voit les courses en Europe à la télé: ils ont tout. Ici, on n'a rien. Qu'on m'envoie là-bas pour courir!"

Une vingtaine de jockeys vivent de leur art à Niamey. Leurs revenus dépendent de leurs résultats. A chaque course, une enveloppe, issue des paris, est offerte au 1er et au 2e. Son contenu varie entre 20 et 40.000 francs CFA (30 et 60 euros) pour les courses hebdomadaires.

Certains jockeys ont la chance d'être salariés d'un éleveur qui les fait courir. Les meilleurs peuvent gagner jusqu'à 300.000 FCFA par mois (environ 450 euros), une belle somme au Niger, un des pays les plus pauvres du monde. D'autres ont du mal à joindre les deux bouts.

"Les rivalités sont fortes. On joue parfois des coudes", reconnaît Papa Jockey.  

"Ils n'ont pas de retraite. Ils courent tant qu'ils peuvent le faire... Ils ne sont enregistrés nulle part", regrette Alio Daouda, magistrat, éleveur et membre de la Feniseq.

Il cherche des investisseurs pour relancer le complexe. "On a de l'espace, on pourrait construire un hôtel, une salle de conférences, organiser les courses, institutionnaliser tout ça, pour créer des emplois. Là, tout est à l'abandon", souligne-t-il.

- Bonnet orange à pompons -

Le départ de la course est donné pour huit chevaux qui se battent dans la ligne opposée, soulevant des nuages de poussière et suscitant les cris de la foule. Des dizaines d'enfants tentent de mieux voir en se plaçant sur la piste elle-même tandis que les chevaux terminent le virage et abordent la ligne droite finale au grand galop. 

C'est le jockey Noura Idi qui l'emporte avec sa monture. On le reconnaît de loin avec son porte-bonheur, un bonnet orange à pompons. Sa journée a été bonne, il a terminé 2e de la première course et remporté la deuxième.

Encore tremblant de nervosité, il explique qu'il faut savoir gérer les chevaux: "parfois, il faut le retenir", pour garder du ressort pour la fin.

"J'ai commencé avec mon père tout jeune. Comme je gagnais beaucoup de courses en brousse, on m'a fait venir à Niamey", explique fièrement Noura Idi.

Il dispose de vraies bottes d'équitation. Mais à chaque pas, le talon de l'une d'elles se décolle de la semelle.

AFP

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