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Une femme déplacée dans le camp de Malakal, au Soudan du Sud, le 26 février 2016. Crédit photo: AFP/Gonzalez Farran
Une femme déplacée dans le camp de Malakal, au Soudan du Sud, le 26 février 2016. Crédit photo: AFP/Gonzalez Farran

Au Soudan du Sud, le gouvernement a autorisé des soldats «à violer les femmes en guise de salaire»

C'est ce qu'affirme l'ONU dans un rapport.

Depuis son indépendance du Soudan à l'été 2011, le Soudan du Sud est un pays maudit. Troupes gouvernementales et rebelles se disputent les champs de pétrole dans le nord du pays, aucun Etat digne de ce nom n'a émergé, et les exactions plus atroces les unes que les autres sur les civils s'empilent au fil des mois. Dans un rapport publié le 11 mars, les faits rapportés par les équipes de l'ONU sur place dépassent l'entendement. 

La situation des droits de l'Homme au Soudan du Sud est «parmi les plus horribles» dans le monde, s'est indigné l'organisation onusienne, indiquant que des combattants alliés au gouvernement avaient été autorisés «à violer les femmes en guise de salaire».

«Il s'agit d'une situation des droits de l'Homme parmi les plus horribles dans le monde, avec une utilisation massive du viol comme instrument de terreur et comme arme de guerre», a déclaré le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.

«L'échelle et le type de violences sexuelles - qui sont principalement le fait des forces gouvernementales SPLA (Armée populaire de libération du Soudan, ndlr) et des milices qui leur sont affiliées - sont décrits avec des détails épouvantables et dévastateurs, tout comme l'attitude - presque désinvolte mais calculée - de ceux qui ont massacré les civils et détruit des biens et des moyens de subsistance», a-t-il ajouté.

Des crimes contre l'humanité

Dans son rapport, l'ONU assure notamment que «selon des sources crédibles, des groupes alliés au gouvernement sont autorisés à violer les femmes en guise de salaire», au nom du principe «faites ce que vous pouvez et prenez ce que vous voulez». Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan en juillet 2011 après des décennies de conflit avec Khartoum, a sombré dans la guerre civile en décembre 2013 lorsque le président Salva Kiir a accusé son ancien vice-président Riek Machar de fomenter un coup d'État. Plus de 2,3 millions de personnes ont été chassées de chez elles et des dizaines de milliers tuées par la guerre et les atrocités dont les deux camps se sont rendus coupables.

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Le rapport contient des témoignages sur des civils soupçonnés de soutenir l'opposition, y compris des enfants et des personnes handicapées, qui ont été assassinés, brûlés vifs, asphyxiés dans des conteneurs, tués par balle, pendus à des arbres ou découpés en morceaux.

«Etant donné l'ampleur, la profondeur et la gravité des allégations, leur cohérence, leur répétition et les similarités observées dans le mode opératoire, le rapport conclut qu'il existe des motifs raisonnables de penser que ces violations pourraient constituer des crimes de guerre et/ou des crimes contre l'humanité», a affirmé le Haut-Commissariat de l'ONU.

D'après les Nations unies, «l'immense majorité des victimes civiles ne semblent pas résulter d'opérations de combat mais d'attaques délibérées contre des civils»«A chaque fois qu'une zone change de main, les personnes responsables tuent ou déplacent le plus grand nombre de civils possible, sur la base de leur appartenance ethnique», explique-t-il.

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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