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Au Caire, guerre des pare-chocs entre taxis et VTC

Circuler dans les dangereux taxis brinquebalants et crapoteux relève du parcours du combattant au Caire, la capitale égyptienne aux 25 millions d'habitants paralysée par les embouteillages et sur-polluée. Mais depuis l'arrivée récente des plate-formes de type Uber, bien des usagers respirent.

Dans tous les sens du terme: les conducteurs de ces véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC) actionnent leur climatisation et s'abstiennent de fumer, quand leurs rivaux des impopulaires taxis officiels blanc et noir pompent cigarette sur cigarette ignorant vos suppliques.

Malgré les compteurs, il faut négocier le prix de la course avec des chauffeurs très souvent grossiers, refusant de les mettre en route, ou s'empressant de le faire quand ils sont trafiqués.

Puis, après de longues minutes pare-choc contre pare-choc à respirer les épaisses volutes des pots d'échappement, arrive le très accidentogène périphérique du Caire, où le taxi se lance dans une course effrénée avec ses collègues, entre camions-épaves surchargés et bus et minibus qui déboulent de tous côtés. Quand il ne faut pas éviter de justesse une carriole tirée par un âne, les piétons traversant les deux fois six voies ou un véhicule à contresens...

Les quelque 70.000 chauffeurs de taxi égyptiens n'ont pas bonne presse. Aussi, fin 2014, lorsque la californienne Uber et l'émiratie Careem sont arrivées sur le marché, les Cairotes se sont empressés de télécharger leurs applications.

- "Sûreté, confort, propreté" -

"Mes collègues et amis eux aussi pensent que ces applications leur ont facilité la vie: certains envoient leurs enfants à l'école avec Uber", plaide Hani, un trentenaire qui utilise fréquemment ces VTC dont les prix sont souvent inférieurs à ceux des taxis. 

"Les taxis négocient la course, fument, mettent la radio à fond", déplore Marianne Farag, comptable qui ne jure que par ces nouveaux services comme beaucoup d'Egyptiens des classes moyennes et aisées.

"On offre au client la sûreté, le confort, la propreté", résume Ahmed Mahmoud, chauffeur Uber qui gagne plus de 8.000 livres par mois (environ 940 euros), un bon salaire pour l'Egypte où le minimum légal est de 1.200 livres et le traitement d'un petit fonctionnaire à mi-parcours dépasse rarement les 3.000.

Mais ce camionneur reconverti de 53 ans ne porte plus sa casquette Uber. Car des taxis excédés leur tendent des pièges et organisent des manifestations, qui ont peu d'écho, pour réclamer la fermeture des VTC, les accusant de ne pas payer les impôts dont eux doivent s'acquitter. 

"Ils mangent notre pain, on tourne des heures sans trouver de clients", déplore Adel, taxi de 48 ans qui dit avoir déboursé environ 50.000 livres (6.000 euros) pour obtenir sa licence. "La plupart" de ses collègues ne mettent pas en marche le compteur "parce qu'il ne rapporte rien", reconnaît ce père de trois enfants. "Il faut augmenter les tarifs officiels", se lamente-t-il.

- Statut légal incertain -

Installée depuis novembre 2014 avec le statut d'"entreprise de technologie", Uber a signé des partenariats avec des centaines de sociétés de VTC locales.

"Uber en Egypte crée des opportunités d'emplois pour plus de 2.000 conducteurs par mois. Plus de 40% de nos chauffeurs étaient au chômage avant", affirme Abdel Latif Wakid, directeur des opérations, assurant que la compagnie a enregistré au Caire sa "croissance la plus rapide", devant les capitales d'Europe, du Moyen-Orient et d'Afrique.

Même son de cloche chez Careem, qui opère dans une vingtaine de ville du Moyen-Orient. "Ces trois dernières années, elle a connu une forte croissance mensuelle de plus de 30% sur ses principaux marchés: Emirats Arabes Unis, Arabie saoudite et Egypte", selon son site Internet.

Mais un haut responsable de l'Autorité du trafic affirme à l'AFP que les deux entreprises opèrent "dans l'illégalité", utilisant des voitures de particuliers qui ne sont pas immatriculées --donc taxées-- comme véhicule de transport.

Faux, rétorque Hossam Ossama, propriétaire d'une compagnie de VTC partenaire d'Uber, qui gère entre 400 et 500 véhicules, dont 70% appartiennent à des particuliers. Ils ont légalement le droit de travailler en VTC tant qu'ils payent les impôts afférents, assure-t-il.

Le flou juridique semble donc avéré et un comité inter-ministériel a été formé pour étudier la question. M. Ossama reconnaît un "malentendu" avec les autorités: trois de ses véhicules ont été brièvement confisqués.

Alors que les taxis peinent à mobiliser, les réseaux sociaux s'enflamment en faveur des VTC, remplis de commentaires sévères à l'égard des taxis. "J'ai demandé au chauffeur d'éteindre sa cigarette pour mes enfants, il m'a répondu qu'il y a de la pollution partout et nous a fait descendre sur un pont", a ainsi tweeté la chanteuse égyptienne Samia Jaheen.

AFP

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