mis à jour le

Des ruines à Mogadiscio, la capitale somalienne, le 11 août 2015. Crédit photo: ABDIWAHAB MOHAMED / AFP
Des ruines à Mogadiscio, la capitale somalienne, le 11 août 2015. Crédit photo: ABDIWAHAB MOHAMED / AFP

Pourquoi il faut connaître l'identité des 150 Somaliens tués par les Américains

Selon les autorités américaines, des frappes de drones ont tué 150 shebab qui préparaient une attaque de grande ampleur le 5 mars.

Le 7 mars, le Pentagone annonçait avoir réalisé une frappe de drone deux jours auparavant, le 5 mars, sur un camp d'entraînement Shebab en Somalie, à 200km de Mogadiscio. Bilan de l'opération selon les Américains: «plus de 150» combattants djihadistes tués. 

À lire aussi sur Slate.fr: Les drones tuent des civils, mais sans eux ce serait pire

Selon les informations données par les autorités américaines, les combattants du groupe Al-Shabab étaient réunis en masse à l’occasion d’une cérémonie de «remise de diplômes» faisant suite à leur entraînement et s’apprêtaient à quitter leur base pour mener une opération de «grande ampleur», comme le rapporte Le Monde.

Mais dans cette histoire, il y a un hic: personne n'a pu vérifier les faits, et tout repose donc sur les assertions de l'armée américaine. 

Que des citations d'officiels

«La plupart des articles de médias américains ne contenaient rien de plus que des citations d'officiels américains sur ce qui s'est passé. Les médias ont rapporté cela de manière non-critique et sans scepticisme sur la véracité des faits», analyse ainsi le site d'informations The Intercept, spécialiste des questions de contre-terrorisme. L'auteur de l'article ajoute une phrase tirée d'un article du New York Times sur l'attaque pour illustrer son propos: «Les combattants étaient rassemblés pour ce que les officiels américains pensaient être une cérémonie de remise de diplômes et le prélude à une attaque imminente contre des troupes américaines». On le voit clairement ici, tout repose sur les dires de sources militaires. 

À lire aussi: En secret, des drones américains opèrent dans de nombreuses régions d'Afrique

Souvent surnommé le «président des drones» pour avoir multiplié les frappes au Yémen au Pakistan et donc également en Somalie, Barack Obama est régulièrement critiqué pour le manque de transparence de ces frappes militaires. Le président américain a d'ailleurs annoncé, lundi 7 mars, la publication d’ici à quelques semaines d’un bilan des frappes antiterroristes menées par les Etats-Unis, avec mention du nombre de morts chez les non-combattants.

Le «2001 Authorization for Use of Military Force»

Pour The Intercept, qui avait précédemment révélé les frappes secrètes réalisées par les Etats-Unis en Afrique, le fait que le Congrès américain n'a jamais déclaré la guerre à la Somalie, pousse de manière perverse le gouvernement à déclarer que les cibles et victimes de ses frappes sont des terroristes qui menacent directement les intérêts américains. Car si les parlementaires américains n'ont jamais autorisé d'opérations militaires américains en Somalie, le gouvernement américain peut depuis 2001 mener des frappes sur un sol étranger sans l'accord du Congrès grâce à ce qui est nommé le «2001 Authorization for Use of Military Force». Mais pour cela, les cibles doivent être des membres d'Al-Qaïda ou des combattants «affiliés». Ce que sont les Shebab en Somalie.

Alors, on ne connaît pour le moment pas l'identité des victimes de la frappe de drone du 5 mars. Mais en l'absence d'informations fiables – hors sources officielles –, on ne peut écarter l'hypothèse que l'armée américaine présente une version des faits qui lui est favorable, sans être tout à fait véridique. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: Emel Mathlouthi: «Ce n’est pas le Printemps arabe qui m’a inspiré, mais la condition d’avant»  Le football africain a un sérieux problème avec l'argent  PHOTOS. Le Maghreb sous la neige à Noël 

drones

Afrique du Sud

Au large des plages de Cape Town, des drones surveillent les requins

Au large des plages de Cape Town, des drones surveillent les requins

AFP

Rwanda: des drones livreurs de sang pour sauver des milliers de vies

Rwanda: des drones livreurs de sang pour sauver des milliers de vies

Dura lex, sed lex

Au Ghana, faire voler un drone sans permis est passible de 30 ans de prison

Au Ghana, faire voler un drone sans permis est passible de 30 ans de prison

Etats-Unis

Investiture

Par sa pratique du pouvoir, Trump pourrait ressembler à certains dirigeants africains

Par sa pratique du pouvoir, Trump pourrait ressembler à certains dirigeants africains

AFP

Soudan: les Etats-Unis vont lever quelques sanctions économiques

Soudan: les Etats-Unis vont lever quelques sanctions économiques

Etats-Unis

Le futur secrétaire d'Etat de Trump a une longue histoire avec le pétrole africain

Le futur secrétaire d'Etat de Trump a une longue histoire avec le pétrole africain

shebab

AFP

Les shebab restent la principale menace en Somalie

Les shebab restent la principale menace en Somalie

AFP

Somalie: les shebab occupent une ville stratégique

Somalie: les shebab occupent une ville stratégique

AFP

Kenya: six tués dans une attaque attribuée aux islamistes shebab

Kenya: six tués dans une attaque attribuée aux islamistes shebab