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Une affiche publicitaire de McDonalds dans une rue de Brooklyn à New York en 2013. Crédit photo: SPENCER PLATT/AFP
Une affiche publicitaire de McDonalds dans une rue de Brooklyn à New York en 2013. Crédit photo: SPENCER PLATT/AFP

En Afrique, l'insécurité alimentaire mène aussi à l'obésité

L’insécurité alimentaire résulte du fait d’être trop pauvre pour pouvoir produire ses propres aliments ou en faire l’achat.

C’est la zone du monde qui connaît la plus forte insécurité alimentaire : 220 millions de personnes environ souffrent d’une alimentation inadéquate en Afrique sub-saharienne. La nature même de ce problème évolue rapidement, et l’apparition du surpoids et de l’obésité en sont autant de nouvelles formes, tandis que la malnutrition persiste. On constate cependant que les politiques de santé publique des pays concernés ne s’adaptent guère à cette nouvelle donne.

L’insécurité alimentaire résulte du fait d’être trop pauvre pour pouvoir produire ses propres aliments ou en faire l’achat. Mais nous ne parlons pas ici de n’importe quel type d’aliments. Selon la FAO, chaque individu a besoin d’« une nourriture suffisante, saine et nourrissante pour mener une vie saine et active ». Les politiques actuelles concentrent leurs efforts sur une production alimentaire et un accès accrus à la nourriture. Mais elles ne font pas grand cas des aspects systémiques qui guident les choix des individus. Or ceci pourrait bien constituer un facteur aggravant.

La réflexion sur la question de la sécurité alimentaire en Afrique est au point mort, même si des voix toujours plus nombreuses réclament des approches plus nuancées. On pense en effet généralement que ceux qui souffrent le plus de cette situation sont les pauvres, les affamés, ceux qui ne peuvent s’acheter à manger. Une autre conception erronée veut que les personnes obèses soient en surpoids et en mauvaise santé à cause de ce qu’elles mangent ; elles seraient ainsi responsables de mal s’alimenter. Cela conduit à penser qu’il suffirait d’éduquer les gens sur le plan nutritif pour les aider à faire les bons choix.

Or ces deux façons de voir les choses sont aussi biaisées l’une que l’autre. Car la sécurité alimentaire répond à des critères économiques et géographiques.

Une vague d’obésité liée à la pauvreté

Dans la zone sub-saharienne, 33 % des adultes sont en surpoids et plus de 11 % sont obèses. Les taux de maladies non contagieuses liées à l’alimentation connaissent une hausse liée à l’urbanisation rapide, à la pauvreté citadine et aux changements rapides de régimes alimentaires.

L’obésité touche autant les riches que les pauvres. Dans les pays développés, les taux d’obésité se stabilisent, tandis qu’ils continuent de croître dans les pays en voie de développement. Ceci a, bien sûr, de graves conséquences : en 2010, le surpoids et l’obésité ont provoqué près de 3,4 millions de décès.

Les taux d’obésité n’ont pas doublé ou triplé ces dernières décennies parce que les gens auraient décidé spontanément et collectivement de faire de mauvais choix alimentaires. Les plus démunis se nourrissent mal pour des raisons économiques. En Afrique du Sud, le système alimentaire est aux mains de quelques grandes entreprises, le Big Food. La libéralisation des échanges a ainsi permis l’importation d’une nourriture industrielle de piètre qualité ; de grandes compagnies privées qui vendent de tels produits peuvent désormais exercer des pressions sur les autorités.

Les alternatives favorables à la santé, comme les aliments peu gras, sont généralement plus onéreuses ; les aliments à la qualité nutritive médiocre, parce que pleins de sucre et de glucides raffinés, sont eux bien moins coûteux. Quant au prix des produits frais, il a connu une hausse plus rapide que celui des aliments industriels.

La logique économique se trouve renforcée par le marketing et la publicité qui envoient des messages contradictoires. Les compagnies vendant des sodas ou les chaînes de restauration rapide s’associent à des événements sportifs et véhiculent une image de vie saine et équilibrée ; les écoles qui promeuvent des régimes alimentaires équilibrés, abritent aussi des magasins de friandises vendant de la junk food.

Les plus pauvres ont également des capacités limitées pour stocker et conserver les aliments au froid, ce qui réduit d’autant leur choix alimentaire.

Quelle attitude adopter ?

Tenir les plus démunis responsables de répondre logiquement à un problème d’ordre systémique n’aide en rien la situation, et l’éducation nutritionnelle ne pourra pas à elle seule changer la façon dont les gens se nourrissent. Les gouvernements doivent déplacer leur attention des individus aux systèmes dans lesquels ces derniers évoluent. Il faut également savoir tirer les conséquences de situations où des politiques sanitaires vertueuses se trouvent écartées au nom de la croissance économique privilégiant des produits industriels.

Le ministre des finances sud-africain, Pravin Gordhan, a récemment déclaré que le pays mettrait en place une taxe sur les boissons sucrées à partir de 2017. L’industrie du sucre a déclaré qu’il s’agissait là d’une décision qui aurait des conséquences économiques désastreuses et pénaliserait les plus pauvres. C’est en partie vrai.

Vouloir contrôler les aliments néfastes à la santé sans un système d’incitation à consommer des aliments plus sains n’avance à rien. De même, si les questions d’accès, de conservation, de réfrigération et de transports ne sont pas traitées, les efforts pour influencer les choix de produits alimentaires par le prix ne sera qu’une taxe supplémentaire pour les plus pauvres.

L’insécurité alimentaire en Afrique doit être considérée dans un système alimentaire plus vaste, de la même manière que l’alimentation est liée à l’économie et à d’autres facteurs. Il est donc nécessaire de reconfigurer les politiques de santé publique pour se concentrer sur la nature et la dynamique des systèmes alimentaires. Sans quoi, on risque juste d’accélérer la transition d’une forme d’insécurité alimentaire à une autre.

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Par , Researcher in Urban Food Security, University of Cape Town

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

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