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Botswana - Légalisez la prostitution!

L'ancien président du Botswana, Festus Mogae, a lancé le débat sur la légalisation de la prostitution, après avoir plaidé pour la dépénalisation de l’homosexualité.

Actuellement directeur du Conseil national sur le sida, Festus Mogae veut non seulement mettre fin à la traque incessante des prostituées par la police, mais aussi abaisser le taux d’infection au VIH, l’un des plus importants au monde. En effet, un adulte botswanais sur quatre est atteint de la maladie.

Pour Mogae, «décriminaliser le marché du sexe ne signifie pas qu’on l’encourage. Au contraire, cela pourrait ouvrir la voie à des politiques qui protègent les personnes contraintes de se prostituer». Il explique comment cette mesure pourrait aider à la lutte contre le sida:

«Les prostituées pourront signaler les individus qui les ont exposées volontairement aux risques de transmission du virus du sida, et les hommes qui font appel à leurs services ne pourront plus abuser d’elles comme c’est le cas actuellement».

Il est vrai que les grands axes routiers vers l’Afrique du Sud ont longtemps été perçus comme des vecteurs de transmission de la maladie. Les routiers se paient les services de prostituées qui les attendent au bord des routes. Thato Serite est l’une d’entres elles. Elle témoigne:

«Les prostituées sont soumises au refus de certains clients de payer, ou de se protéger». Dans ce genre de situation, elle ne peut pas se tourner vers la police :«La police nous traque en permanence et nous sommes constamment en train de fuir ou de nous cacher.(…) Il arrive même que des agents peu scrupuleux proposent de nous relâcher en échange d’une passe gratuite».

La proposition de l'ex-chef d'Etat Festus Mogae a reçu le soutien du leader de l’opposition, Botsalo Ntuane, et de l’ONG de lutte contre le sida Bonela (Botswana Network on Ethics, Law and HIV/Aids). Mais pour l'instant, le Parti démocratique du Botswana au pouvoir, qu’a dirigé l’ancien président, ne s'est pas encore exprimé sur le sujet.

Mogae a quelque peu irrité les sensibilités conservatrices des groupes religieux très influents dans ce pays. Pour le porte-parole de l’Eglise catholique, père William Horlu,

«selon les valeurs chrétiennes, le sexe est réservé au couple marié, dans le but de procréer», et «payer pour avoir une relation sexuelle est tabou. J’espère que le Botswana, étant un pays chrétien, n’autorisera pas la décriminalisation de ce marché».

Cette opposition à la légalisation a été relayée dans certains médias, à l'image de The Botswana Gazette qui titre: «Nous ne pouvons pas légaliser la prostitution».

Lu sur AFP, The Botswana Gazette

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