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Le président sud-africain Jacob Zuma, sous pression, survit

Le parlement sud-africain a rejeté mardi une motion de censure visant le président Jacob Zuma, dont le deuxième mandat est marqué par de virulentes attaques de l'opposition qui demande sa démission, des dissensions au sein de son parti et des ennuis judiciaires.

Sans surprise, la motion qui accusait le président Zuma d'avoir causé "des dommages irréparables à l'économie" n'a pas obtenu mardi la majorité des suffrages nécessaires. Elle a recueilli 99 voix pour et 225 voix contre, dans un parlement largement dominé par le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994.

Dans sa motion, le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), dénonçait "le leadership irrationnel, irresponsable et dangereux qui a causé des dommages irréparables" à la première économie industrialisée d'Afrique, dont la croissance est en berne à 1,3% en 2015.

"La quête de notre président pour le pouvoir ne s'est jamais faite dans le but de créer une Afrique du Sud plus prospère mais seulement dans le but de créer un Jacob Zuma plus riche", a affirmé le leader du DA, Mmusi Maimane, en présentant la motion.

Le président Zuma est particulièrement dans le collimateur de l'opposition depuis sa décision brutale en décembre de remplacer son ministre des Finances, le respecté Nhlanhla Nene, par un député inexpérimenté, David van Rooyen, un changement qui avait fait chuter la devise sud-africaine.

Face à l'affolement des marchés, Jacob Zuma avait été contraint de nommer Pravin Gordhan, qui avait déjà occupé ce poste de 2009 à 2014. En quatre jours, l'Afrique du Sud avait connu trois ministres des Finances.

Malmené sur le terrain politique, le président sud-africain est également inquiété par la justice, et une affaire de corruption qui l'embarrasse depuis près de dix ans pourrait également le rattraper. 

Mardi, le DA a présenté devant un tribunal de Pretoria ses arguments pour réengager des poursuites à l'encontre du président dans ce scandale. L'audience doit se poursuivre mercredi.

Inculpé pour corruption, racket et fraude fiscale en décembre 2007, quelques jours seulement après avoir ravi la tête de l'ANC, Jacob Zuma était soupçonné d'avoir sollicité des pots-de-vin pour l'attribution d'un marché public d'armement de plusieurs millions de dollars.

- Fragilisé comme jamais -

Il attend également une décision de la Cour constitutionnelle qui doit indiquer prochainement s'il doit ou non rembourser une partie des 246 millions de rands d'argent public (20 millions d'euros de l'époque) utilisés pour rénover sa résidence privée de Nkandla. Un scandale qui empoisonne sa présidence.

Longtemps présenté comme un homme de réseaux et fin négociateur, Jacob Zuma apparaît aujourd'hui fragilisé comme jamais.

"Zuma a déjà été sous pression dans le passé, mais cette fois-ci cela vient de plusieurs fronts. On est vraiment dans une situation sans précédent", a déclaré à l'AFP Susan Booysen, professeur à l'université sud-africaine du Wits et auteur de plusieurs livres sur l'ANC.

Et si l'union sacrée au sein de l'ANC derrière le président reste d'actualité au Parlement, elle semble se fissurer en coulisses, depuis quelques mois. 

La semaine dernière, des dissensions sont apparues entre l'ANC et le président Zuma sur le soutien apporté au ministre des Finances Pravin Gordhan, qui s'est plaint d'avoir reçu des "intimidations" de la part des Hawks, l'unité d'élite de la police.

"Avoir Gordhan qui est un homme intransigeant à ce poste dérange Zuma et ses réseaux", estime Judith February, chercheur à l'Institut des études de sécurité (ISS), sous-entendant que l'ombre du chef de l'Etat plane sur l'action des Hawks.

Le puissant secrétaire général de l'ANC, Gwede Mantashe, a immédiatement assuré le ministre du "total soutien du parti", regrettant des "initiatives qui visent à saper son travail". 

Dans une position délicate, le président a dû se fendre d'un communiqué pour assurer qu'il n'était pas en guerre avec son ministre des Finances.

"L'ANC est profondément divisée mais Jacob Zuma va exploiter ces divisions pour se protéger. C'est un stratège et nous n'avons pas atteint le point où il pourrait être destitué", avance toutefois Judith February à l'AFP. 

L'ANC devra affronter cette année le verdict des urnes avec les élections locales, où de grandes villes comme Port Elizabeth (sud) et Pretoria sont menacées par l'opposition. 

Le mandat de Jacob Zuma à la tête de l'Afrique du Sud doit s'achever en 2019 mais, dès 2017, l'ANC élira un nouveau président pour le parti.

AFP

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