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Une classe de l'école Bialik-Rogozin, mars 2011. REUTERS/Bialik Rogozi.
Une classe de l'école Bialik-Rogozin, mars 2011. REUTERS/Bialik Rogozi.

Israël: L'école qui redonne espoir aux immigrés africains

L'école Bialik-Rogozin à Tel-Aviv rassemble 800 élèves de 48 nationalités, dont une centaine d'enfants originaires de la Corne de l'Afrique. Leur histoire est au centre de «Strangers no More», qui a remporté l'Oscar du meilleur court métrage documentaire.

Dans la cour de récréation de l'école Bialik-Rogozin, située au sud de Tel-Aviv, l'effervescence est palpable. Ce vendredi matin, une classe de maternelle, composée de réfugiés africains, d'enfants de travailleurs philippins, ou de citoyens israéliens de condition modeste, met la dernière main à son spectacle. Les élèves entonnent une comptine en langue hébraïque. Au-dessus du foyer central se déploient les drapeaux des 48 pays dont sont originaires les 834 élèves de cet établissement public israélien. Près d'une centaine sont des ressortissants du Darfour, d'Érythrée ou du Soudan qui ont fui la misère, la guerre, le génocide... Bialik-Rogozin est la seule école du pays à rassembler une aussi forte proportion de migrants africains.

Un lieu mis en lumière au cinéma

Elle est montrée en exemple pour avoir su redonner espoir à ces réfugiés et demandeurs d'asile. Ce tour de force revient à Karen Tal, qui a pris les commandes de Bialik-Rogozin voilà six ans. Née au Maroc et élevée dans un quartier difficile de Jérusalem, cette éducatrice de 46 ans collectionne les prix d'excellence. Fin juin, Bialik-Rogozin a été désignée comme l'école israélienne la plus performante de l'année par le ministère de l'Education nationale. Karen Tal a reçu en septembre le prix Charles Bronfman, qui récompense le représentant d'une cause humanitaire. Surtout, l'établissement de Tel-Aviv s'est fait connaître dans le monde entier grâce à «Strangers No More», qui a remporté en 2011 l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire.

Le film, réalisé par Karen Goodman et Kirk Simon, retrace les histoires parfois dramatiques vécues par les enfants de Bialik-Rogozin. Pendant quinze mois, les cinéastes ont suivi trois élèves et leur combat pour s'acclimater à leur nouvelle vie. Mohammed, un réfugié de Darfour venu en Israël à l'âge de 16 ans, a assisté au meurtre de sa grand-mère et de son père, avant de s'échapper seul à travers l'Égypte en Israël; Johannes, né voilà 12 ans en Éthiopie, a passé la plupart de son enfance dans les camps de réfugiés d'Érythrée et du Soudan; Esther, 9 ans, a fui l'Afrique du Sud avec son père, après l'assassinat de sa mère à Johannesburg. «Nous nous sommes rendus en Israël, car c'est la terre de Dieu», confie la fillette dans un anglais parfait. «La plupart des réfugiés n'ont jamais été scolarisés dans un cadre formel, souligne Karen Tal. Leur intégration ne passe pas seulement par l'apprentissage de la langue».

Tel-Aviv, terre d'immigration

Dans l'enceinte du complexe Bialik-Rogozin, qui va de la maternelle à la Terminale, moins de 30% sont des élèves juifs nés en Israël. Près de 44% sont des enfants de travailleurs étrangers; 11% des réfugiés africains chassés par le confit soudanais ou fuyant l'enrôlement militaire forcé; 7% des immigrants venus des anciens pays du bloc soviétique; 6,5% des citoyens arabes israéliens. Terre d'immigration, le pays est rompu à ce genre de situations. Mais ces quatre dernières années, l'État hébreu a été confronté à un nouveau phénomène: une immigration clandestine de masse avec l'arrivée d'environ 35.000 migrants de la Corne de l'Afrique, venus en majorité d'Érythrée et du Soudan. A Tel-Aviv, l'une des deux villes israéliennes —avec Eilat— à concentrer le plus grand nombre de migrants africains, leurs enfants fréquentent tous des écoles publiques, en vertu de la loi sur la scolarisation obligatoire, quel que soit le statut des parents.

Ces nouveaux venus ne peuvent pas pour autant se projeter dans l'avenir. Certes, en vertu de sa propre histoire, Israël offre sa protection à ceux qui fuient les persécutions. Mais le gouvernement israélien n'a pas encore adopté une législation adéquate relative au statut des réfugiés. De sorte que la situation des migrants africains varie au cas par cas.

«A leur arrivée en Israël, précise la chercheuse du CNRS, Lisa Anteby-Yemini, certains ressortissants de pays considérés par Israël comme "ennemis" peuvent être placés en centre de détention en vertu de la Loi pour prévenir l'infiltration».

Statut de réfugiés?

Mais s'ils parviennent à prouver qu'ils sont originaires d'Érythrée, du Soudan, de Côte d'ivoire  du Congo, ils sont libérés après avoir été identifiés comme demandeurs d'asile ne présentant pas de risque de sécurité.

«Le principe du non refoulement est généralement respecté», précise la chercheuse du CNRS. Pour autant, l'Etat d'Israël n'accorde le plus souvent que des permis de séjour temporaires dans le cadre de la protection collective préconisée par le droit international.

«Du coup, les Erythréens et les Soudanais n'ont pas accès à la procédure de détermination du statut de réfugié», ajoute Lisa Anteby-Yemini.

Ce qui les prive d'un permis de travail ou de l'accès au service national de santé. Malgré tout, c'est à Tel-Aviv, que l'on trouve le plus d'espaces d'accueil, d'ONG de soutien, de commerces ethniques ou de services municipaux accessibles à ces migrants.

«Si l'école publique accueille ces enfants, ma responsabilité est de les protéger», martèle pour sa part Karen Tal. A défaut de pouvoir influencer le législateur, elle espère avoir rempli son contrat. «Tout n'est pas rose. Mais la plupart des élèves ont retrouvé confiance en eux», indique la directrice, qui vient de prendre congé de l'établissement afin de dupliquer le modèle «Bialik-Rogozin», dans le reste du pays. C'est ainsi que Mohammed, le Darfouri, a brillamment achevé ses études secondaires et entamé une formation d'ingénieur automobile. «A mes yeux, conclut Karen Tal, ce qu'il a accompli est plus ambitieux que l'escalade de l'Everest!»

Nathalie Hamou, en Israël

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Nathalie Hamou

Nathalie Hamou. Journaliste française, spécialiste des questions internationales.

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