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Tchad: La contestation anti-Déby s'étend avant la présidentielle

"Une grande première", "du jamais vu!". De mémoire de Tchadiens, jamais une opération "ville morte", organisée mercredi pour demander le départ du président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 26 ans et qui va se représenter en avril pour un 5e mandat, n'avait connu un tel succès.

Marchés déserts, boutiques fermées, circulation réduite, la population a largement suivi, à N'Djamena comme en province, le mot d'ordre "ville morte" lancé par la plate-forme "Ça suffit", réunissant une vingtaine d'associations de la société civile.

Après ce mouvement qui, combiné à celui des lycéens protestant depuis le 15 février contre le viol de la jeune Zouhoura par des fils de dignitaires, ébranle le pouvoir sans partage de M. Déby Itno, le succès de cette opération était encore sur toutes les lèvres dans N'Djamena, aussi bien dans les bureaux que dans les quartiers populaires.

- 'La première fois' -

"C'est la première fois dans l'histoire de ce pays que les gens respectent de façon unanime un mot d'ordre de la société civile", note Issa Moussa, fonctionnaire au ministère de l'Administration du territoire. Dans ce pays où les gens craignent de s'exprimer publiquement de peur d'être inquiétés par la police, il sera le seul des interlocuteurs de l'AFP à ne pas demander l'anonymat.

"Les gens sont mécontents et la réussite de cette +ville morte+ s'explique aussi par l'accumulation de frustrations subies par les gens depuis 25 ans", renchérit un autre fonctionnaire du ministère de la Justice.

Aux raisons politiques, liées aussi à la grande pauvreté de la population malgré la rente pétrolière, s'ajoute aussi une colère provoquée par le viol de Zouhoura, commis par trois fils de généraux et celui d'un ministre, qui ont publié la photo de la jeune fille, nue et en larmes, sur Facebook.

"Nous avons respecté le mot d'ordre à cause de l'humiliation faite à la famille de Zouhoura", témoigne un commerçant du marché central, qui, mercredi, avait comme tous les autres cessé toute activité.

S'y ajoute le phénomène d'usure d'un pouvoir sans partage, en place depuis 26 ans. "Il y a un changement de génération et de mentalité qui est en train de s'opérer", estime un sociologue pour expliquer l'ampleur du mouvement.

"En vérité, l'affaire Zouhoura n'est qu'un prétexte, la petite étincelle qui a mis en branle cette majorité silencieuse qui commence à dire non", estime l'éditorialiste de l hebdomadaire Le Pays.

Les lycéens, dont deux des leurs ont été tués ces derniers jours par la police et l'armée au cours de manifestations, poursuivent leur grève des cours.

- Interdiction et répression -

Face à ce mouvement interne qui ne faiblit pas, le pouvoir guerrier d'Idriss Déby Itno, qui a su réduire ces dernières années les rébellions venues de l'est du pays et qui continue d'exporter son savoir-faire militaire contre les jihadistes du Sahel et Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, répond par l'interdiction et la répression.

Interdiction de manifester pacifiquement dans la rue faite ces derniers jours aux lycéens, puis mardi à l'opposition politique menée par son chef de file Saleh Kebzabo, coupure des réseaux sociaux, très actifs notamment sur Facebook depuis le viol de Zouhoura, censure de l'opération ville morte sur la radiotélévision nationale...

L'accès aux réseaux sociaux est coupé par l'Autorité de régulation de communication électronique et des postes (ARCEPT).

Dans un communiqué reçu vendredi par l'AFP, l'opposition politique apporte son "soutien sans faille à la jeunesse tchadienne qui ne fait que réclamer ses droits".

Et, dans la perspective du premier tour de la présidentielle le 10 avril, elle lance un appel aux Tchadiens afin "de tourner cette sombre page de leur histoire en opérant un changement par des voies légales et pacifiques, seul gage pour sortir le pays de ses ornières".

AFP

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