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Le retour de la médecine traditionnelle au Zimbabwe

Sur le continent africain, la médecine traditionnelle a encore de beaux jours devant elle. Au Zimbabwe, l’accès souvent limité aux médicaments et aux soins entraîne la recrudescence des «médecines indigènes», rapporte l’hebdomadaire sud-africain Mail & Guardian

Et de préciser qu'avec la «crise du secteur médical, les hôpitaux refusent des patients à cause de la pénurie de médicaments». Nombreux sont ceux qui décident donc de se tourner vers des recettes ancestrales à base de plantes et autres décoctions aux vertus thérapeutiques.

En dehors des difficultés d’approvisionnement en aspirine et en morphine, le Mail and Guardian souligne la problématique liée au «départ des professionnels de santé qui ont quitté le pays ces dix dernières années pour toucher de meilleurs salaires à l’étranger». L’usage des soins traditionnels a d'ailleurs largement dépassé le cadre rural, puisque de nombreux citadins y recourent également. Comme l'affirme Pamire, qui souffre d’hypertension depuis des années:

«Les herbes traditionnelles sont devenues la seule alternative pour moi, même si je préfèrerais aller à la clinique. Il vaut mieux que j'aille à l’inyanga [appellation locale des guérisseurs traditionnels, ndlr] si je ne veux pas mourir en attendant d’être soignée.»

L’Association des guérisseurs traditionnels du Zimbabwe (Zinatha) dénonce le manque d’intérêt du gouvernement vis-à-vis de la médecine traditionnelle, pourtant utilisée par 80% de la population. Une négligence qui n’est pas sans conséquence. Pour le Dr Rashai Mbudzi, président du Zinatha, «la quasi-absence de standardisation et de règlementation concrète alimente le risque posé par l’usage des pratiques traditionnelles».

Pour mettre un terme à la diabolisation de ces pratiques millénaires, le sommet de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (qui s'est tenu à Tokyo le 7 décembre 2010) a officialisé le lancement d’un programme mondial de classification des soins traditionnels. D’après l’Organisation:

«Les plantes médicinales constituent la forme la plus lucrative de médecine traditionnelle, dégageant des milliards de dollars de revenu. […]

(A contrario) les produits à base de plantes contrefaits, de mauvaise qualité ou modifiés que l’on trouve sur les marchés internationaux constituent des menaces sérieuses pour la sécurité des patients […]

La classification internationale de la médecine traditionnelle ira de pair avec une plate-forme interactive basée sur le Web qui devrait permettre aux usagers de tous les pays de documenter les termes et les concepts utilisés en médecine traditionnelle. D’autant plus que près de 100 pays possèdent déjà leur propre base de données.» 

Certains scientifiques défendent le rôle des plantes médicinales traditionnelles dans le cadre de traitements contre des maladies mortelles. Le site britannique SciDev (Science et Développement) reprend les travaux de Kelly Chibale, professeur de chimie organique à l’Université du Cap :

«La biodiversité de l’Afrique pourrait constituer une ressource importante pour le développement de produits pharmaceutiques destinés au traitement des maladies endémiques comme le paludisme, la tuberculose et le VIH/Sida.»

Lu sur Mail & Guardian, Who.int, SciDev.net