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Niger: Issoufou brigue un deuxième mandat lors d'une présidentielle tendue

Quelque 7,5 millions de Nigériens votent dimanche pour élire leur président, le chef d'Etat sortant Mahamadou Issoufou briguant un deuxième quinquennat face à une opposition qui agite le spectre de la fraude après une campagne tendue.

Les 25.000 bureaux de vote doivent ouvrir à 08h00 (07h00 GMT) et fermer à 19h00 dans ce pays de 19 millions d'habitants parmi les plus pauvres de la planète et sous la menace des groupes jihadistes sahéliens et des islamistes armés de Boko Haram.

Exception notable : la zone de Diffa (sud-est) où sévit Boko Haram verra les bureaux ouvrir à 05h00 et fermer à 17h00, officiellement en raison d'une luminosité différente. 

"Il n'y a pas de risque zéro mais nous nous organisons pour tenir le pari de la sécurité le jour du vote", affirme le ministre de l'Intérieur Hassoumi Massaoudou.

Des forces de sécurité "patrouillent avec 1.000 véhicules 24 heures ur 24 sur l'ensemble du territoire (1,3 million de km2) avec au moins un véhicule pour 25 villages", dit-il.

- "Un coup KO" - 

La présidentielle est couplée à des législatives (un tour à la proportionnelle par région) et les résultats seront annoncés dans les cinq jours suivant le scrutin. 

Le président Issoufou, 63 ans, surnommé le "lion", annonce une victoire par "un coup KO" dès le premier tour alors que l'opposition, divisée, a promis de s'unir au second tour.

Elle accuse le président de préparer un "hold-up" électoral. La crainte de troubles post-électoraux a commencé à gagner les esprits.

"Si Issoufou gagne au premier tour, c'est qu'il a triché. Dans ce cas là, on va gréver (faire la grève) et il y aura bagarre", proclame sous couvert de l'anonymat un militant de Hama Amadou, un des favoris du scrutin auquel participent 15 candidats. 

M. Amadou est incarcéré depuis novembre, accusé de trafic d'enfants dans un dossier de "droit commun" selon le pouvoir mais "politique" selon le candidat qui espère aller "de la prison à la présidence". 

La campagne a été marquée par des échauffourées entre partisans du président et opposants. Elle a été précédée de l'arrestation de personnalités, de l'annonce d'un putsch raté par le pouvoir, et le fichier électoral est contesté. 

Elu en 2011 lors d'un scrutin organisé par la junte ayant renversé le charismatique Mamadou Tandja (1999-2010), M. Issoufou fait face à trois adversaires principaux : deux anciens Premiers ministres, Seïni Oumarou, de l'ex-parti du président Tandja, et Hama Amadou, ainsi que Mahamane Ousmane, premier président démocratiquement élu (1993-1996).

La lutte contre la misère aggravée par les effets du réchauffement climatique est l'un des grands enjeux du scrutin.

Avec une démographie galopante due au plus fort taux de fécondité de la planète, le Niger fait face à la désertification de ses campagnes et à l'afflux de familles dans les centres urbains.

En 2016, deux millions de personnes auront besoin d'une assistance alimentaire, selon l'ONU.

- "On nie, on gère, c'est le Niger" -

En outre, le Niger a dû multiplier par 10 ses dépenses de sécurité afin de contenir les attaques incessantes de Boko Haram et les menaces jihadistes dans un pays à 98% musulman où sont apparus des signes de radicalisation. 

Le pays est aussi gangréné par la corruption. 

"On nie, on gère, c'est le Niger", résume en une formule un étudiant de l'université ("gérer": magouiller). 

Ibrahim Yacouba, figure de la société civile et outsider du scrutin, réclame des "Etats généraux des ressources minières" (uranium, or, fer) qui "sont mal gérées" pour permettre au pays "de se développer".

Le président Issoufou assure lui vouloir capitaliser sur son bilan et poursuivre son programme "Renaissance".

"J'ai tenu toutes mes promesses", assure-t-il, affirmant avoir construit routes, échangeurs, ponts et un chemin de fer attendu "depuis 60 ans". Il dit avoir "créé des milliers d'emplois" et assuré "qu'aucun Nigérien ne meurt de faim" grâce à son programme "3N" (Les Nigériens nourrissent les Nigériens). 

En face, les principaux opposants ont signé un accord prévoyant d'appeler à voter pour celui d'entre eux qui sera le mieux placé au premier tour. 

"Jamais un président nigérien n'a gagné au premier tour lors d'élections démocratiques", analyse le Dr Amadou Hassane Boubakar, juriste constitutionnaliste.

AFP

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